CHELTEN(MAN) N°14 Novembre 2025 | Seite 59

PARTIE 1: WILLIE MULLINS ET SES MULTIPLES TALENTS À LA UNE
GALORAMA. Willie pouvez-vous nous décrire l’ une de vos journées de travail?
Willie Mullins. J’ ai environ deux cents chevaux à l’ entraînement, divisés en quatre lots le matin. Nous débutons plus tard que chez beaucoup de mes confrères puisque le premier lot est en piste à 8 heures. Nous maintenons un terrain très souple sur toutes les pistes, car le site est vraiment plat, je n’ ai pas de colline pour entraîner en montée. Grâce aux pistes profondes, les chevaux travaillent sans stress pour leurs jambes et sans avoir à galoper trop longtemps. L’ hiver, ils rentrent aux écuries en marchant dans un ruisseau, ce qui lave et refroidit leurs membres. Après le deuxième lot, nous faisons une pause de 20 minutes. Après le quatrième lot et le déjeuner, je vais généralement aux courses.
Le soir j’ aime faire le tour de mes chevaux avec ma femme Jackie, entre 19 et 21 heures en général, lorsque tout est calme, que nous sommes seuls avec eux. Il n’ y a pas d’ interférence et c’ est le bon moment pour observer leur comportement.
Mon fils Patrick est mon assistant et se charge des « mariages » entre cavaliers et chevaux, ce qui n’ est pas une mince affaire car il y a au moins cinquante chevaux dans chaque lot et un cavalier n’ en monte jamais plus de quatre. C’ est une mission qui le passionne et que je lui laisse bien volontiers! David Casey, un ancien très bon jockey, m’ assiste également depuis plus de trente ans. Il s’ occupe plus particulièrement des engagements des chevaux. Dick Dowling est le très efficace responsable du site depuis vingt-cinq ans. En fait, la plupart de mes proches collaborateurs travaillent avec moi depuis plusieurs décennies.
G. Pour entraîner deux cents chevaux, vous devez vous appuyer sur une équipe pléthorique?
W. M. Nous avons quatre-vingts personnes ici à Closutton. L’ ensemble de la planète est représenté! Outre l’ Angleterre et l’ Irlande, nous avons des cavaliers qui viennent d’ Europe de l’ Est, de Suède, d’ Australie, du Pakistan … Nous avons la chance de recevoir de nombreuses candidatures spontanées. Il y a une quinzaine de Français dans l’ équipe et je dois dire que j’ apprécie énormément le savoir-faire de ces cavaliers, la qualité de leur équitation et la façon dont ils prennent soin des chevaux. Ils sont calmes en selle, ont un bon équilibre, agissent en douceur. Je dis souvent aux responsables de nos écoles des courses qu’ ils devraient s’ inspirer du modèle français.
G. La France justement … on a le sentiment que vous l’ aimez beaucoup!
W. M. En effet! J’ ai découvert votre pays dans les années 1970 en accompagnant mon père Paddy( N. D. R. L: sacré meilleur entraîneur en Irlande à dix reprises). J’ ai monté des courses à Évry, cet hippodrome qui a fermé ses portes. Je suis tombé amoureux de la façon de faire les choses « à la française ». Vous avez un nombre incroyable d’ hippodromes et j’ espère que vous pourrez en conserver un maximum. Songez qu’ en Irlande nous n’ avons que vingt-six champs de courses, dont vingt-trois mixtes! Nous n’ avons aucun hippodrome entièrement dévolu à l’ obstacle comme l’ est Auteuil.
Lorsque mon père a envoyé la fabuleuse Dawn Run 1 courir en France, en 1984, Pierre Boulard était notre référent chez Jack-Hubert Barbe, à Maisons-Laffitte où la jument était stationnée. Nous sommes restés en contact et lorsque je lui ai demandé s’ il pouvait me conseiller pour acheter des chevaux en France, il m’ a répondu qu’ il s’ installait justement comme courtier! Le timing idéal. Nous avions vu, de notre côté de la Manche, l’ entraîneur François Doumen pointer le bout de son nez avec ses chevaux français qui semblaient excellents … Mes collègues Martin Pipe et Paul Nicholls ont commencé à en importer. En Irlande les prix des stores et des point-to-pointers étaient exorbitants. Nous cherchions un autre marché, et orienter nos achats vers la France nous a semblé évident. Pierre est très doué pour y dénicher de jeunes talents. Au fil du temps, nous avons eu la chance de tisser des liens étroits avec le monde de l’ obstacle dans votre pays. Nous avons des relations très sympathiques avec les éleveurs, entraîneurs, jockeys …
« J’ AI EU BEAUCOUP DE CHANCE AVEC MES CHEVAUX FRANÇAIS »
G. Quelles qualités recherchez-vous chez les chevaux français?
W. M. Je suis plus sensible à leurs performances qu’ à leur conformation ou à leur origine, même si certains étalons sont gage de qualité, comme Doctor Dino ou No Risk At All. Mais nous avons acquis des chevaux issus de reproducteurs méconnus qui ont donné pleinement satisfaction,
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