CHELTEN(MAN) N°14 Novembre 2025 | Willie Mullins: Partie 2

PARTIE 2 Les alliances gagnantes

Willie Mullins c’est aussi la force de collaborations avec certaines des plus emblématiques casaques d’ Angleterre et d’ Irlande. Qu’ elles soient vert et or, grenat et blanc, rouge et bleu, rose et vert, vert et bleu ou jaune et noir, il est impossible de les dissocier de la réussite du maître irlandais.

Par Loic Stercher Chocron

GIGGINSTOWN HOUSE STUD

PDG de Ryanair, Michael O’ Leary est un Irlandais de 64 ans et l’ un des principaux propriétaires de chevaux d’ obstacles sur l’ île d’ Émeraude. L’ un de ses premiers succès d’ importance remonte à 2002, année durant laquelle Tuco a gagné un Groupe 3 à Naas, alors entraîné par David Wachman. Trois ans plus tard, arrive la victoire de War of Attrition dans la Cheltenham Gold Cup. Suivra celle de Don Cossack en 2016. La collaboration entre l’ homme de Gigginstown et celui de Closutton commence en 2011 et prend fin en septembre 2016 en raison d’ un désaccord sur les prix des pensions. Une perte relativement lourde pour Willie Mullins, ayant compté jusqu’ à 60 pensionnaires de la casaque grenat, étoile blanche et remporté 17 Groupes 1. L’ homme d’ affaires est connu pour ses annonces-chocs, comme en 2019 lorsqu’ il déclare avoir acheté son dernier cheval. L’ objectif, à l’ époque, était de tout arrêter d’ ici 2024 pour passer plus de temps avec sa femme et ses quatre enfants. Michael O’ Leary, qui possède le haras de Gigginstown House dans le comté de Westmeath en Irlande, est depuis revenu sur sa décision et est toujours propriétaire, notamment chez Willie Mullins.

APPLE’ S JADE

Appelez-la Madame! Apple’s Jade est la grande dame de Michael O’ Leary (Gigginstown House Stud). Née en 2012, élevée par Ronny Coveliers, la fille de Saddler Maker a débuté sa carrière sportive en France chez Emmanuel Clayeux. Elle gagne d’ emblée sur les haies de Vichy au printemps de ses 3 ans puis est vendue au patron de Ryanair. La belle est entraînée par Willie Mullins pour qui elle s’ affirme de course en course. Lauréate de deux Groupes 1 pour le maître irlandais et dauphine d’ Ivanovich Gorbatov, un représentant d’ Aidan O’ Brien, dans le JCB Triumph Hurdle (Gr.1) de Cheltenham, elle restera également comme l’ un des chevaux symboles d’ un des plus gros divorces (propriétaire-entraîneur) de l’ histoire des courses. En 2016, la presse en fait ses choux gras. 6 ans plus tard, le duo se reformera. Entretemps, Apple’s Jade s’ offre Groupe 1 sur Groupe 1 pour Gordon Elliott. En 2020, alors pleine de Walk In The Park, la jument refait parler d’ elle. Elle a fait tomber le record pour une jument d’ obstacle à 530 000 € sur le ring de Goffs. La sœur d’ Apple’s Shakira (qui avait vengé sa sœur dans le Triumph Hurdle) est alors achetée par Bective Stud. La jument d’ une vie pour ses nouveaux propriétaires, Noël et Valerie Moran.

SIR DES CHAMPS

Encore un « FR » et encore un AQPS. Né en 2006, Sir des Champs est un élève de Dominique Clayeux issu du top croisement Robin des Champs/Vidéo Rock. On ne peut pas dire que sa carrière a commencé sous les meilleurs auspices. Seulement troisième en quatre sorties en plat, il a pris une tout autre valeur sous l’ entraînement d’ Emmanuel Clayeux après ses débuts réussis sur les obstacles d’ Auteuil à l’ occasion du Prix de l’ Yonne, dans lequel il battait un autre futur lauréat de Groupe 1, Sous les Cieux. Une fois sous la houlette de Willie Mullins, Sir des Champs devient une véritable machine à gagner et s’ est illustré notamment dans les Gold Cup, ayant fait siennes celles de Punchestown et de Leopardstown. Il finit également deuxième de Bobs Worth, en 2013, dans la Gold Cup de Cheltenham, un meeting qui lui a souvent réussi puisque lauréat de Groupe 1 et 2 lors des éditions précédentes.

MARIE & JOE DONNELLY

Ancien bookmaker, Joe Donnelly est originaire de Cork en Irlande. Ses chevaux courent sous les couleurs de sa femme Marie. Éminents collectionneurs d’ art, ils habitent en France depuis une quinzaine d’ années. Leur casaque à damier noir et jaune est apparue pour la première fois à Cheltenham en 2017 lorsque Melon se classa deuxième du Sky Bet Supreme Novices’ Hurdle (Gr.1). Le couple a eu des gagnants plus régulièrement à partir des années 2015-2016 chez Nicky Henderson et Willie Mullins. Une collaboration plutôt fructueuse avec le maître de Closutton, et pour cause, 23 des 32 titres au plus haut niveau de la casaque ont été acquis par des pensionnaires entraînés par Willie Mullins. Outre l’ exceptionnel State Man, citons les autres gagnants de Gr.1 Salvator Mundi et surtout le champion et double lauréat de la Cheltenham Gold Cup Al Boum Photo.

STATE MAN

« Il est authentique, sans jamais être tape-à l ’œil. » Voilà les mots de Willie Mullins pour State Man, une superstar dans sa discipline. Victime de chutes brutales à Aintree et d’ une autre tout aussi écœurante cette année à Cheltenham, le cheval de 8 ans est revenu plus fort que jamais pour remporter son douzième Groupe 1 dans le Boodles Champion Hurdle de Punchestown 2025, un troisième titre consécutif. Seul le crack Hurricane Fly a fait mieux avec ses quatre succès consécutifs au début des années 2010. Élevé par M. L. Bloodstock, ce fils de Doctor Dino a terminé deuxième du Prix Wild Monarch (Listed) en débutant à Auteuil sous la houlette de Daniela Melé, avant d’ être vendu à Madame Donnelly. Il est également lauréat du Gr.1 Unibet Champion Hurdle Challenge Trophy durant le Festival de Cheltenham, en mars 2024, et sa sœur Statuaire est lauréate, elle aussi, au plus haut niveau.

HAMMER & TROWEL SYNDICATE

Leurs derniers vainqueurs de Groupe 1 ont pour nom Aurora Vega et Facile Vega, deux propres frères et sœurs nés dans la pourpre puisque par Walk In The Park et Quevega. Si le duo d’ associés n’ est pas le plus gros pourvoyeur de partants en Irlande (14 au plus fort en 2009-2010), le pourcentage de réussite est éloquent, atteignant 75% sur la saison 2022-2023 au pays de la Guinness. Une réussite illustrée par Quevega, lauréate de 13 de ses 18 sorties pour l’ entraînement de Willie Mullins. En France, la casaque rouge et bleu a disputé 19 courses, pour 9 podiums et 13 allocations. Tous acquis par Willie Mullins, comme les 12 succès de Groupe 1 en Irlande et les 6 de Groupe en France. Ger O’ Brien, l’ un des deux membres du syndicat, surnommé Hammer (marteau en français) avec son associé Sean Deane, qui porte quant à lui le surnom de Trowel (ou truelle), aimerait que dans 20 ou 30 ans, les commentateurs continuent de parler de Quevega. Et c’ est bien parti pour! La championne française a commencé sa deuxième vie, celle de poulinière au haras national irlandais, sur les chapeaux de roue.

Quevega

Si vous demandez à Willie Mullins son cheval préféré, il vous répondra Quevega. Élevée en France par Pierre Rives, Quevega débute sa carrière en plat à Niort pour l’ entraînement de Bertrand de Watrigant, il faudra attendre sa quatrième tentative pour la voir s’ imposer à Vichy, en septembre de ses 3 ans. Elle alignera deux autres succès en plat avant de rejoindre les boxes de Willie Mullins à la fin de l’ année 2007, une série de victoires qu’ elle continuera lors de ses deux premières tentatives pour son nouvel entourage, effectuant ainsi des débuts victorieux sur les obstacles. Son premier essai au plus haut niveau se solde par un échec. Pour son retour dans l’ Hexagone, elle se classe 3 du Prix Alain du Breil (Gr.1). Elle connaîtra ensuite les joies de la victoire au niveau Groupe 2 dans le David Nicholson Mares’ Hurdle 2009, épreuve qu’ elle remportera 6 fois consécutivement jusqu’ en 2014! De mars 2010 à mai 2014, elle ne courra que deux épreuves par an, ce fameux Mares’ Hurdle durant le Festival de Cheltenham, et le Ladbrokes Series Hurdle de Punchestown, un Groupe 1 dont elle s’ emparera en 2010, 2011, 2012, 2013 avant de s’ incliner en 2014. Elle restera invaincue de mars 2010 à mars 2014.

JP MCMANUS

C’est l’ autre grand nom des courses, principalement d’ obstacles, mais l’ homme, proche des Magnier de Coolmore, possède également un élevage et ses couleurs, à succès, en plat. Né à Limerick en 1951, il a commencé sa carrière professionnelle dans l’ entreprise familiale d’ engins de chantier avant de devenir bookmaker. En 1982, il achète, avec sa femme Noreen, sur ses terres natales, Martinstown Stud, aujourd’ hui un très luxueux haras où résident tous ses champions à la retraite. En 2023, 26 heureux retraités étaient en pension au haras, dont Istabraq, triple lauréat du Champion Hurdle (Gr.1), et Défi du Seuil pour ne citer qu’ eux. JP McManus a remporté les plus belles courses du Royaume-Uni et d’ Irlande dont la Cheltenham Gold Cup à deux reprises. Il est aussi le co-recordman des propriétaires lauréats du Grand National de Liverpool (avec entre autres Gigginstown House Stud) avec 3 succès. Si Nicky Henderson, Gordon Elliott ou encore Gavin Cromwell ont, eux aussi, des représentants de la casaque vert et or, ces dernières années la réussite entre JP McManus et Willie Mullins ne cesse de s’ intensifier. Sur les 30 derniers Groupe 1 remportés par JP McManus, soit de janvier 2023 à mai 2025, 12 d’ entre eux sont à mettre au crédit de Willie Mullins. Un chiffre remarquable sur une durée si courte et quand on sait que ce sont 12 des 17 Groupes d’ une collaboration qui a débuté en 2010. Parmi leurs succès de prestige, le fameux Grand National avec I Am Maximus en 2024, le JCB Triumph Hurdle, l’ Irish Arkle, ou bien encore le Ryanair Chase.

FACT TO FILE

S’ il y avait une autre célèbre casaque à associer à l’ écurie de Willie Mullins, ce serait sans aucun doute celle de JP McManus. L’ ancien bookmaker et actionnaire majoritaire du club de foot de Manchester United, pour ne citer que deux de ses anciennes activités, est une figure de l’ hippisme. Le meilleur représentant du duo Mullins-McManus est pour l’ heure Fact To File. Âgé de 8 ans, cet élève de Michel Pehu n’ a couru qu’ à 12 reprises pour 6 succès. Le fils de Poliglote, acheté 40 000 € yearling sur le ring d’ ARQANA, n’ est autre que le tenant du titre du Ryanair Chase (Gr.1) à Cheltenham. Un an auparavant, Fact To File avait remporté un autre Groupe 1 lors du Festival, le Brown Advisory Novices’ Chase.L’ année prochaine, le maître-entraîneur irlandais pourrait bien viser la Gold Cup avec lui. Rendezvous en mars.

MAJBOROUGH

C’ est le plus jeune de ce club d’ élite. Majborough n’ a que 5 ans et pourtant, il compte déjà un palmarès à faire pâlir de nombreux chevaux. Élevé dans la Sarthe par Hubert Langot, ce fils de Martinborough, lui-même par le crack japonais Deep Impact, a réalisé des débuts victorieux chez Daniela Mélé dans le Prix Grandak à Auteuil à 3 ans. Il a « raté » ses premiers pas irlandais… étant troisième. Voilà bien le seul défaut qu’ on puisse lui trouver avec une autre troisième place ensuite. Pour sa troisième course seulement, il a remporté le très convoité JCB Triumph Hurdle (Gr.1) de Cheltenham. Pour son retour à Prestbury Park cette année, il était le grandissime favori de l’ Arkle Trophy. Maladroit sur les derniers obstacles, ce qui lui a coûté la victoire, il s’ est racheté, à Aintree, en s’ emparant du Gr.1 Barberstown Castle Novice Chase. On a déjà hâte de le revoir en compétition.

I AM MAXIMUS

I Am Maximus est entré dans le club très fermé des chevaux millionnaires en obstacle grâce, notamment, à sa victoire dans le Grand National de Liverpool en 2024 et sa deuxième place cette année, édition durant laquelle Willie Mullins a placé deux de ses représentants aux deux premières places, le laissant en larmes avec la victoire de son fils Patrick. Fils de Authorized, âgé de 9 ans, I Am Maximus est de tous les combats ou presque. Il est également gagnant de Groupe 1 à Fairyhouse, hippodrome sur lequel il a remporté l’ Irish Grand National en 2023. D’ une régularité exemplaire, il n’ est sorti des cinq premiers qu’ à deux reprises, lors de ses deux courses de préparation pour le dernier Grand National. L’ élève de R. Huggins et G. W Tiney avait été acheté 26 000 € yearling à ARQANA.

MUNIR/SOUEDE

Ils étaient tous deux enfants lorsqu’ ils ont découvert les joies et revers des courses hippiques. Simon Munir assistait, avec ses grands-parents, aux courses de Kempton, tandis qu’ Isaac Souede allait le matin à l’ entraînement chez Maurice Zilber, ses parents étant amis avec le maître-entraîneur. Avec Willie Mullins, le duo de propriétaires a connu des grandes joies avec Footpad, Concertista, El Fabiolo, Impaire et Passe et Jasmin de Vaux, tous vainqueurs pendant le Festival de Cheltenham, le plus grand vente pop-up online ARQANA, en avril 2022, après ses débuts victorieux en plat à Nancy. Ce fils de Diamond Boy restera également comme le dernier gagnant du top jockey Daryl Jacob, le 28 décembre 2024 dans un Gr.1 à Limerick. Qualifié d’ excellent sauteur par son entourage, ce cheval de 7 ans, qui s’ est notamment imposé dans le William Hill Aintree Hurdle (Gr.1) – deux jours avant que son compagnon d’ entraînement I Am Maximus enlève le Grand National en avril 2024 – n’ a peutêtre pas fini de nous surprendre. meeting de courses d’ obstacles au monde. Leur politique d’ achat est ouverte pour ces passionnés de courses d’ obstacles, allant même acheter des yearlings de plat. Simon Munir expliquait en 2024: « Intellectuellement, il est plus satisfaisant d’ acheter un cheval à un prix raisonnable plutôt que d’ acheter simplement le cheval le plus cher. Nous élevons également en France, où nous avons 10 à 12 poulinières. » La collaboration Munir / Souede / Mullins a été renforcée ces dernières saisons, un choix que Simon Munir explique clairement: « Willie, en plus d’ être un maître-entraîneur, dispose simplement de la meilleure équipe derrière lui et il est également le meilleur pour déléguer aux courses. Il s’ appuie sur trois personnes très expérimentées qui pourraient être entraîneurs à part entière: David Casey, Ruby Walsh et son fils, Patrick. »

IMPAIRE ET PASSE

Toujours en exercice, Impaire et Passe fait partie des meilleurs éléments du trio Mullins / Munir / Souede. C’ est pourtant en France qu’ il a grandi, élevé par la SCEA Haras de Peyre et Pascale Papon, Impaire et Passe a été vendu 155 000 € par Yannick Fouin à Highflyer Bloodstock lors de la 1ere vente pop-up online ARQANA, en avril 2022, après ses débuts victorieux en plat à Nancy. Ce fils de Diamond Boy restera également comme le dernier gagnant du top jockey Daryl Jacob, le 28 décembre 2024 dans un Gr.1 à Limerick. Qualifié d’ excellent sauteur par son entourage, ce cheval de 7 ans, qui s’ est notamment imposé dans le William Hill Aintree Hurdle (Gr.1) – deux jours avant que son compagnon d’ entraînement I Am Maximus enlève le Grand National en avril 2024 – n’ a peutêtre pas fini de nous surprendre. meeting de courses d’ obstacles au monde. Leur politique d’ achat est ouverte pour ces passionnés de courses d’ obstacles, allant même acheter des yearlings de plat. Simon Munir expliquait en 2024: « Intellectuellement, il est plus satisfaisant d’ acheter un cheval à un prix raisonnable plutôt que d’ acheter simplement le cheval le plus cher. Nous élevons également en France, où nous avons 10 à 12 poulinières. » La collaboration Munir / Souede / Mullins a été renforcée ces dernières saisons, un choix que Simon Munir explique clairement: « Willie, en plus d’ être un maître-entraîneur, dispose simplement de la meilleure équipe derrière lui et il est également le meilleur pour déléguer aux courses. Il s’ appuie sur trois personnes très expérimentées qui pourraient être entraîneurs à part entière: David Casey, Ruby Walsh et son fils, Patrick. »

El FABIOLO

Comme l’a signalé Patrick Mullins, fils de Willie, El Fabiolo pourrait apprendre de son erreur. Tombé lourdement lors de sa dernière sortie en date dans un Gr.1 à Aintree cette année, le hongre de 8 ans enchaîne pourtant les « F », comme fallen ou tombé, en 2025. Mais ce n’ est pas cela que nous retiendrons, non. Ce sont ses éclats sur les pistes comme lors de ses victoires de Gr.1 à Leopardstown, Punchestown et bien sûr Cheltenham lors de son fameux Festival à l’ occasion du Sporting Life Arkle Challenge Trophy Novices’ Chase, où il battait le crack Jonbon, frère de Douvan! Fils de Spanish Moon, El Fabiolo a été élevé par Francis Dunn et envoyé chez Patricia Butel et Jean-Luc Beaunez pour y débuter sa carrière. Septième en plat, puis troisième sur les haies d’ Auteuil dans l’ important Prix Finot (Listed), le poulain est tout de suite repéré par les courtiers. La suite se passe chez Willie Mullins.

Rich Ricci

Né en 1964 dans l’ État du Nebraska aux États- Unis, Rich Ricci, un ancien de chez Barclays, s’ est impliqué dans les courses d’ obstacles en Irlande en 2005 où il s’ est lié d’ amitié avec l’ entraîneur Willie Mullins. À la question du propriétaire cette année-là: « Pourquoi n’ es-tu pas numéro un des entraîneurs? », Willie Mullins a répondu qu’ il n’ avait pas les chevaux de ce calibre. C’ est alors que Rich Ricci lui promit de lui donner les bonnes « munitions ». Depuis, ils sont indissociables. En décembre 2024, Rich Ricci a célébré sa 100 victoire de Gr.1 quand Royale Pagaille, entraîné par Venetia Williams, a remporté un deuxième Betfair Chase consécutif à Haydock. Sur ces 100 succès au plus haut niveau, le maître irlandais a fourni à la casaque rose pois verts… 98 victoires! Un score encore amélioré depuis puisque le tandem a brigué trois nouveaux Groupes 1 en 2025.

FAUGHEEN

surnom: Faugheen, the Machine. Avec un sobriquet pareil, c’ est LE cheval du duo Mullins- Ricci. Véritable star adulée des parieurs, invaincu lors de ses dix premières sorties publiques, dont pas moins de deux Groupes 1 lors du Festival de Cheltenham, Faugheen est le cheval de tous les superlatifs. Lors de sa onzième victoire au plus haut niveau, en février 2020, par ailleurs son avant-dernière sortie à l’ âge de 12 ans, Willie Mullins s’ exprimait en ces termes: « J’ ai eu beaucoup de gagnants auparavant, mais celui-ci était spécial, je pense. » Ce petit-fils de Trempolino avait été acheté aux Land Rover Sales de Goffs à l’ âge de 3 ans pour 12 000 €.

Lossiemouth

t11 mars 2025, Cheltenham. Le célèbre propriétaire Rich Ricci a quitté sa loge et se hâte vers le rond de présentation, sourire aux lèvres. Malgré les lunettes de soleil et le chapeau tombant sur son front qui lui donnent de faux airs de détective privé, une expression de soulagement se lit sur son visage. Sa jument Lossiemouth vient de remporter le Close Brothers Mares’ Hurdle (Gr.1) pour la deuxième fois! Rich Ricci est heureux et pourtant il n’ a rien vu de la course: il était trop stressé pour ouvrir les yeux. Mais il a entendu l’ enthousiasme de ses proches et surtout l’ énorme clameur des tribunes de Cheltenham, une vague grondante sur laquelle Lossiemouth a surfé dans la dernière ligne droite, seulement poussée aux bras par son jockey Paul Townend pour filer vers sa dixième victoire. Si Rich Ricci avait tant le trac, c’ est que Lossiemouth restait sur une chute à Leopardstown un mois plus tôt. Willie Mullins avait donc finalement préféré la diriger vers le Close Brothers Mares’ Hurdle, réservé comme son nom l’ indique aux femelles, plutôt que vers le Champion Hurdle où elle aurait dû affronter les mâles. Mais qu’ importe: l’ extraordinaire Lossiemouth, qui n’ a que 6 ans, affiche déjà trois victoires au Festival de Cheltenham et sept Groupes 1 à son palmarès. La fille de Great Pretender est née à l’ élevage des Vallons, à Brée en Mayenne, où elle a été coélevée par les propriétaires des lieux, Cécile et Nicolas Madamet, et leurs amis écossais Susan et Ian Kellitt. Une histoire d’ amitié: « Nous sommes partenaires depuis trente-cinq ans, raconte Cécile. Ian aimait jouer aux courses et il est tombé sur un prospectus de la Fédération des éleveurs vantant le système français. Nicolas était encore entraîneur, et Ian avait souvent été chanceux en pariant sur ses chevaux, il a donc choisi de travailler avec nous. » Les Kellitt baptisent tous les chevaux élevés avec les Madamet. C’ est ainsi qu’ en tombant dans la paille, une jolie pouliche grise s’ est vue donner le nom d’ une petite ville d’ Écosse… « Elle n’ avait pas un modèle énorme, mais c’ était notre plus beau foal cette année-là, se souvient Cécile Madamet. Elle est passée sur le ring d’ ARQANA yearling mais il n’ y a pas eu une seule enchère! Nous l’ avons donc gardée… » Confiée à l’ entraîneur Yannick Fouin, Lossiemouth s’ est imposée insolemment pour ses débuts dans le Prix Géographie à Auteuil – une victoire par 10 longueurs avant d’ être exportée avec le succès que l’ on sait.

DOUVAN

Un quasi-sans-faute pour Douvan. Né (en 2010), élevé, débourré et pré-entraîné par Doïna et François-Xavier Chaussonnière au Haras de la Faisanderie dans l’ Oise. Et lorsque l’ on admire le joyau produit par leurs soins, force est de constater que la perfection n’ est pas passée loin. Le diamant brut est tout d’abord taillé par Philippe Peltier, pour lequel il débute à Saint-Malo au printemps de ses 4 ans. Il est ensuite vendu après une victoire à Compiègne et c’est là qu’entre en scène Willie Mullins. Douvan remporte, pour sa nouvelle écurie, pas moins de huit Gr.1 dont deux pendant le Festival de Cheltenham, les toujours très prisés Racing Post Arkle Challenge Trophy Chase et Sky Bet Supreme Novices’ Hurdle avant d’ être battu, à Punchestown, par un autre ovni français de Willie Mullins, un certain Un de Sceaux. Douvan restera à jamais comme le tout premier vainqueur de Groupe 1 de son père, le crack étalon Walk In The Park.

Les souvenirs de Pierre Boulard, Jacques Ricou et Élisabeth Allaire, tous aussi grands que le maître-entraîneur.

Romain Laffaiteur, responsable d’élevage

« Galopin des Champs était le dernier pur-sang à être né au GAEC des Champs, avec une origine très modeste. Lorsque nous avons tiré sur les jambes du poulain à sa naissance, nous étions loin d’ imaginer qu’ il deviendrait l’ un des meilleurs chevaux d’ obstacle en Angleterre / Irlande! C’ est un cheval qui emmène tout le monde avec lui, c’ est grâce à lui que j’ ai pris mon premier passeport pour aller le voir courir à Cheltenham et que j’ ai fait mes premiers voyages avec mes patrons. C’ est aussi grâce à lui que nous sommes allés rechercher sa sœur qui était chez nos voisins pour la mettre poulinière et relancer l’ élevage de sauteurs à la maison, au milieu des trotteurs. Cela fait 3 ans qu’ il y a 3 générations de galopeurs de la même souche que Galopin qui sont nés au haras, et le premier présenté aux ventes cette année. C’ est lui qui a remis tout cela en marche et il nous plonge dans l’ actualité des courses que nous suivons avec minutie. Nous sommes éleveurs de trotteurs depuis quinze ans et nous n’ avons pas eu la chance d’ atteindre le niveau Groupe 1… Galopin, lui, l’ a fait 12 fois! Tout le monde nous parle toujours de Galopin et nous sommes très fiers d’ avoir fait naître un cheval d’ une telle qualité. »

Pierre Rives, éleveur

« Quevega a été une jument très facile à élever. Nous sommes un tout petit élevage avec seulement 2 poulinières. Elle est partie chez monsieur Biraben à 2 ans pour participer à un concours d’ élevage à Decize. Elle était petite mais bien faite et lors de sa présentation, elle a fait quelques bonds de gaîté qui, je pense, ont contribué à ce qu’ elle soit bien notée pour sa réactivité. Monsieur Mullins avait eu la gentillesse d’ échanger avec moi sur ce concours et il s’ était montré très humain. Elle a ensuite très bien démarré sa carrière en plat chez Bertrand de Watrigant et s’ est révélée très bonne en fin d’ année de 3 ans. Elle est ensuite partie chez Willie Mullins par l’ intermédiaire de Pierre Boulard. Cela a failli ne pas se faire en raison de sa petite taille, mais je pense qu’ elle lui a beaucoup plu. Quevega a bien débuté à 4 ans et a eu l’ occasion de venir courir en France pour accompagner le champion Hurricane Fly à Auteuil en se plaçant 3 du Prix Alain du Breil (Gr.1), derrière Hurricane Fly. Petite anecdote: les propriétaires avaient fait le déplacement pour cette course et c’ est la propriétaire en personne qui s’ était chargée de la doucher à l’ issue de la course. J’ avais trouvé cela très représentatif de l’ esprit de l’ entraîneur et de l’ engagement des propriétaires autour de la jument. Ensuite, elle s’ est accidentée à Auteuil à 5 ans et j’ avais échangé avec monsieur Mullins. J’ avais trouvé cela très marquant, qu’ un petit éleveur comme moi, soit écouté par un entraîneur d’ une telle pointure. Je pense qu’ il a vraiment compris la jument après son accident, il me disait ne pas la bousculer à l’ entraînement le matin et qu’ il la préparait pour 2 courses dans l’ année. C’ était une jument au grand cœur qui se donnait à 100% sur la piste. Elle avait une échéance à Cheltenham puis à Punchestown. Elle était préparée pour cela et a gagné les 2, plusieurs années de suite! Je suis très reconnaissant qu’ elle ait rejoint un entraînement si prestigieux. La famille est très vive et il est fréquent de passer à côté de ces chevaux-là. Monsieur Mullins a su l’ attendre et exploiter tout son potentiel. C’ était vraiment un grand plaisir de vivre cela en tant qu’ éleveur. Si je devais résumer, je voudrais dire un grand merci car cela a été une aventure formidable qui a duré sept ans et m’ a permis de perpétuer l’ histoire de Vega IV. »

Olivier de Seyssel, co-éleveur

« Vauban, c’ est une belle histoire. Philippe Decouz et moi-même sommes savoyards et nous nous connaissons depuis longtemps, en dehors des chevaux. Lors de son installation à Chazey-sur-Ain, il m’ avait demandé de lui mettre un cheval à l’ entraînement. J’ étais uniquement éleveur de trotteurs à l’ époque. Ne connaissant pas grand-chose au galop, Philippe m’ a proposé de commencer l’ aventure ensemble. Je voulais débuter avec une poulinière et, un jour, Philippe m’ a appelé pour venir voir une jument à l’ écurie, Waldfest, dont le propriétaire était vendeur. Elle est issue de la vieille souche des W en Allemagne, qui a donné un an et demi après Waldgeist, gagnant de l’ Arc. Nous l’ avons rentrée poulinière et l’ avons mise à un jeune étalon qui n’ était pas encore confirmé à l’ époque, Galiway. Vauban est arrivé. C’ était un poulain hyper sympa à élever. Je l’ ai gardé jusqu’ au sevrage et je l’ ai ensuite envoyé chez Pierre de Maleissye. C’ est lui qui l’ a façonné avant qu’il n’ arrive à l’ entraînement chez Philippe. Ce dernier l’ aimait beaucoup. Nous commencions à avoir de telles offres que ce n’ était pas raisonnable de le garder! Pierre Boulard nous a approchés pour savoir si nous étions vendeurs car Willie Mullins était intéressé. Vauban a couru une Listed en France avant son départ et a gagné. Il a ensuite rejoint l’ entraînement de Willie Mullins, cela a été une histoire géniale avec toutes ses performances au plus haut niveau à la fois en plat et à l’ obstacle. Nous sommes allés à Cheltenham et à Melbourne avec Philippe et des amis, ce sont des souvenirs exceptionnels. Il n’ y a plus qu’ à réécrire l’ histoire avec la propre sœur de Vauban, ou son demifrère par Masar qui va bientôt débuter. »

Louise Collet, co-éleveuse

« Élever un cheval comme Footpad est une immense fierté. C’ est un cheval d’ une qualité exceptionnelle, doté d’ une grande classe et d’ un réel courage. À ses débuts, il était entraîné par mon père, Robert Collet, qui a su révéler très tôt tout son potentiel. Après sa vente à messieurs Munir et Souede, il a confirmé ce que nous avions pressenti: il était taillé pour le très haut niveau. Il a remporté des Groupes 1 en France comme en Angleterre. Dès le départ, nous savions qu’ il attirerait les Irlandais: c’ était un vrai sauteur, avec du style, du fond et un mental remarquable. Voir son cheval partir chez Willie Mullins, c’ est vraiment le rêve de tout éleveur. C’ est un maître d’ œuvre, précis, patient, capable d’ amener ses chevaux au sommet. Tous ne réussissent pas à s’ acclimater aux courses outre-Manche, qui sont bien différentes des nôtres: elles demandent une grande dureté mentale et physique, et Footpad possédait parfaitement ces qualités. J’ étais en lien avec son cavalier d’ entraînement, qui m’ envoyait régulièrement des nouvelles. C’ était sympa de garder un œil sur lui malgré le changement d’ écurie et les kilomètres. Je me souviendrai toujours de notre déplacement à Cheltenham en 2018, avec ma mère. Assister en direct à sa victoire de Groupe 1, au cœur de cette atmosphère unique, a été un moment inoubliable. Un mélange intense de stress, de fierté et d’ émotion. Ce jour-là, nous avons vécu l’ un de ces moments qui font battre le cœur de tout éleveur. Footpad nous a offert un vrai rêve devenu réalité. »

À la croisée des chemins avec Ruby Walsh, entre souvenirs et nouveau rôle

RUBY WALSH

Par Cécile Adonias

Galorama. Quel est votre nouveau rôle au sein de l’ écurie?

Ruby Walsh. Je vais deux fois par semaine chez Willie, soit pour monter les chevaux, soit pour les voir à pied avec lui. On voit plus de choses quand on est à pied mais, en tant qu’ ancien jockey, je ressens beaucoup de choses sous la selle. Ça reste important pour moi. Je donne mon opinion quand on me le demande, mais je suis plutôt silencieux. Je regarde les chevaux et je continue d’ apprendre. Je ne suis qu’ un petit rouage dans la grande organisation.

G. Quel regard portez-vous sur les chevaux issus de l’ élevage français?

R. W. J’ ai monté tellement de bons chevaux qui venaient de France. C’ est un mythe que les chevaux français ne sont que précoces. Ils s’ améliorent avec le temps, même à 4, 5 et 6 ans. Willie a prouvé qu’ ils avaient de la longévité. Ce sont des chevaux très sains. Nous avons toujours eu un mix entre des pur-sang et des AQPS. Ces derniers sont des chevaux très durs et également très sains. Nous avons eu tellement de succès avec ces deux races. J’ adore monter les chevaux français, ils sautent très bien. Cela vient certainement de la manière dont ils sont débourrés et pré-entraînés. Ce sont de superbes sauteurs! Ils sautent près des obstacles et ne relèvent pas trop leur dos.

G. Quels sont vos meilleurs souvenirs avec Un de Sceaux et Hurricane Fly?

R. W. Mon meilleur souvenir avec Un des Sceaux restera sa victoire dans le Gr.1 Ryanair Chase à Cheltenham en 2017. C’ était son septième Groupe 1, il était âgé et à la fois si courageux. Sur les six derniers obstacles, il sautait comme un chat; mais nous avions peu de marge. Il a mis son cœur sur la piste pour l’ emporter. C’ était un moment hors du temps! J’ ai tant de bons souvenirs avec Hurricane Fly qu’ il est difficile d’ en choisir un. Nous avons eu tellement de bons jours avec lui. C’ est probablement le meilleur cheval de haies que j’ ai monté. C’ était un sauteur remarquable. Vous étiez sur son dos mais c’ était quand même lui qui prenait ses propres décisions, comme si vous n’ étiez pas là. Il était très intelligent et prenait toujours la mesure de chacun des obstacles. Il ne se prenait jamais les pieds dedans. Vous n’ aviez qu’ à vous assurer d’ aller dans la bonne direction et il faisait le reste. C’ était incroyable, surtout considérant sa taille. En Irlande, nous avons un dicton qui dit « good things come in a small package »