CHELTEN(MAN) N°14 Novembre 2025 | Willie Mullins Partie 3

PARTIE 3 - De la France à Closutton, les héros de Willie Mullins

VICTOIREs DE GR.1 EN FRANCE

Par Paul Casabianca

Des entraîneurs étrangers d’ obstacle, Willie Mullins est de loin celui qui connaît la meilleure réussite dans l’ Hexagone. Fait assez rare, il détient même le record du nombre de victoires d’ un entraîneur en exercice de l’ une des épreuves les plus prisées du temple de l’ obstacle: la Grande Course de Haies d’ Auteuil (Gr.1) avec ses cinq titres, à égalité avec le maître français Georges Pelat et 3 longueurs derrière un autre William – Head celui-ci. Retour sur ses plus belles réussites de Groupe 1 en France.

GRANDE COURSE DE HAIES D’ AUTEUIL

Nobody Told Me

1998 — King’s Theatre x Thats Luck

Nobody Told Me a donné le la

Parce que les premières ne s’ oublient pas, Willie Mullins se rappelle très bien sa première victoire au plus haut niveau à Auteuil, avec Nobody Told Me (King’s Theatre). Ce 14 juin 2003 dans le temple de l’ obstacle, Willie Mullins fut aussi, et surtout, le premier entraîneur irlandais de ce siècle à inscrire son nom au palmarès de ce sommet français disputé sur les haies d’ Auteuil depuis 1874. Battue dans l’ épreuve préparatoire par Karly Flight, considérée comme la jument à battre, Nobody Told Me a pris une éclatante revanche le jour de la belle, causant une grosse surprise à l’ arrivée de cette Grande Course de Haies d’ Auteuil. La protégée de Willie Mullins, double lauréate au plus haut niveau, a mis un terme à sa carrière sportive à l’ automne de ses 5 ans après s’être accidentée.

Rule Supreme

1996 – Supreme Leader x Book Of Rules

Rule Supreme lui offre le doublé

Compétiteur hors pair, Willie Mullins retrouve le théâtre de son dernier exploit avec l’ espoir et l’ ambition de conserver son titre. En 2004, Rule Supreme a cette lourde mission sur les épaules. Comme sa compagne d’ entraînement, le fils de Supreme Leader ne fait pas partie des favoris de l’ épreuve, après sa troisième place obtenue dans « La Barka », la course préparatoire. Trois semaines plus tard, dans la Grande Course de Haies d’ Auteuil (Gr.1), Rule Supreme montre son vrai visage et domine le favori français, un certain Kotkijet (Cadoudal). Willie Mullins déclara après la course: « C’ était un peu comme l’ année dernière avec Nobody Told Me. Nous ne pensions pas gagner, mais il a progressé par rapport à sa dernière course. » L’ entraîneur irlandais marqua un peu plus l’ histoire de cette course légendaire en conservant son titre l’ année suivante. Rule Supreme, lui, remporta ensuite son troisième Groupe 1 à Leopardstown en 2005, avant de tirer sa révérence en 2008.

Thousand Stars

2004 — Grey Risk x Livaniana

Thousand Stars, à jamais dans la légende

Six ans après avoir réalisé le doublé dans la Grande Course de Haies d’ Auteuil (Gr.1), Willie Mullins est de retour en France avec le « FR » Thousand Stars, fils de Grey Risk et élevé en France par Camille et Ophélie Demercastel. Deuxième de « La Barka » en 2011, Thousand Stars fait logiquement partie des prétendants au sacre trois semaines plus tard. Debout sur les étriers de ce magnifique gris, Ruby Walsh remporte ce Groupe 1 au terme d’ une superbe lutte avec Bel La Vie (Lavirco). Un an plus tard, le tandem Willie Mullins - Thousand Stars revient à Auteuil, bien décidé à conserver sa couronne. Si c’ est Paul Townend qui le mena au succès dans « La Barka », Ruby Walsh le retrouva pour s’ offrir un doublé dans la Grande Course de Haies d’ Auteuil (Gr.1) en 2012.

Une première à l’ automne, le dernier de Thousand Stars

On l’ avait quitté sur un doublé dans la Grande Course de Haies d’ Auteuil, il y a trois ans, et revoilà Thousand Stars, au départ du Grand Prix d’ Automne (Gr.1). Une épreuve qui manquait encore au palmarès de Willie Mullins, avant son titre en 2015. Le premier et le seul à ce jour. Contrairement aux précédentes années, le maître irlandais préfère le préparer sur ses terres, à Tipperary, avant de rejoindre Auteuil ce 7 novembre 2015. Muni d’ œillères australiennes, ce « vieux tonton » âgé désormais de 11 ans, fait le dos rond à l’ arrière du peloton mais se montre le plus fort dans une lutte à trois mémorable. Au terme des 4 800 mètres de l’ épreuve, le fils de Grey Risk devance d’ un nez Aubusson (Ballingary), et d’ une tête Hippomène (Dream Well). Ce sera son dernier succès au niveau Groupe 1, le quatrième de sa carrière. Thousand Stars tira sa révérence en 2016. « Le cheval d’ une vie », dixit Katy Walsh, a rejoint le royaume des immortels le 26 juin dernier, après avoir coulé une retraite paisible auprès de la famille Walsh.

Bénie des Dieux

2011 — Great Pretender x Cana

Bénie des Dieux s’ impose De Bon Cœur!

Entre Willie Mullins et la Grande Course de Haies d’ Auteuil, une belle histoire d’ amour est née au début de ce siècle. Quadruple lauréat de ce Groupe 1, l’ entraîneur aux multiples records retrouve la Butte Mortemart avec la bien nommée Bénie des Dieux. Le 18 mai 2019, cette jument âgée de 8 ans, élevée en Saône-et-Loire par Gérard Doyen, se présente à Auteuil, forte de sa victoire à Punchestown au plus haut niveau. Intraitable sous la selle de Paul Townend, Bénie des Dieux permet à Willie Mullins d’ inscrire son nom au palmarès de cette Grande Course de Haies d’ Auteuil (2019) pour la 5e fois. La reine De Bon Cœur perd sa couronne à cette occasion après avoir enlevé l’ édition 2018. Bénie Des Dieux remporta ensuite un 11 succès à Gowran Park avant de faire ses adieux à la compétition, à 9 ans, le 10 mars 2020 en plein Festival de Cheltenham.

PRIX ALAIN DU BREIL

Diakali

2009 — Sinndar x Diasilixa

Diakali restera le premier

Willie Mullins voue une certaine admiration pour les poulains « FR » façonnés en France. Avant Diakali, aucun de ses 4 ans n’ avait brillé dans ce Prix Alain du Breil (Gr.1). Le 9 juin 2013 à Auteuil, cet hurdler issu de l’ élevage Aga Khan Studs s’ impose de toute une classe dès sa deuxième apparition à Auteuil. Deuxième du Gras Savoye Pasteurdon Prix Questarabad (Gr.3), épreuve préparatoire, Diakali imprime son rythme en tête de course avant de s’ envoler vers le succès. Cette deuxième victoire au plus haut niveau pour le fils de Sinndar marque le premier Prix Alain du Breil pour son mentor Willie Mullins. Après 8 ans de bons et loyaux services, Diakali prit sa retraite le 1 février 2020, à Sandown, à l’ âge de 11 ans.

Footpad

2012 — Creachadoir x Willamina

Footpad, bon pied bon œil

Arrivé maiden chez Willie Mullins, à l’ âge de 3 ans, Footpad a gravi les marches step by step avant de retrouver sa terre natale, un an plus tard. Après avoir battu Device, le chef de file de la promotion des 4 ans en France, celui qui défend l’ élevage de la famille Collet-Vidal est logiquement très attendu au départ de ce Prix Alain du Breil (Gr.1). Parti couru à 4/10, ce 12 juin 2016, Footpad voyagea près de la tête dans le sillage des premiers, avant de créer sûrement la différence sur le plat. Le champion de Willie Mullins signa à cette occasion sa deuxième victoire de Groupe 1 et permit à son entraîneur de remporter cette épreuve pour la deuxième fois, trois ans après Diakali.

Gala Marceau

2019 — Galiway x Alma Marceau

Gala Marceau son 5e élément

Gala Marceau est à l’ heure actuelle le dernier vainqueur de Groupe 1 en France de Willie Mullins. Arrivée chez lui à la fin de son année de 3 ans, la fille de Galiway, élevée par Guy Pariente, réalisa une année remarquable en 2023 de l’ autre côté de la Manche, avant de retrouver Auteuil, le 21 mai 2023. Dans ce Prix Alain du Breil (Gr.1), Gala Marceau doit se frotter, entre autres, à Losange Bleu, le meilleur 4 ans français de l’ époque avant de devenir le champion que tout le monde connaît. Longtemps vue à ses côtés, à l’ avant du peloton, la pensionnaire du Champion Trainer déploya de magnifiques foulées au saut de la dernière haie pour s’ offrir le deuxième Groupe 1 de sa carrière. Le troisième Prix Alain du Breil de son entraîneur, qui réalisa cette année-là le jumelé placé grâce à Zarak The Brave, troisième de l’ épreuve.

“Monsieur Mullins connaît tous ses chevaux - GAËTAN CHAMPIER

Par Mégane Martins

Galorama: Comment avez-vous été amené à rejoindre les écuries de Willie Mullins?

Gaëtan Champier: Je travaillais à Marseille, chez la famille Scandella, et j’ avais envie de découvrir autre chose. J’ ai donc contacté monsieur Boulard qui a fait la demande auprès de monsieur Mullins.

G. Comment avez-vous vécu votre arrivée en Irlande?

G. C. C’ est sûr que c’ était un vrai dépaysement après Marseille! Mais c’ était super, avec les moutons partout et les beaux paysages. Concernant l’ entraînement, c’était une autre dimension. J’arrivais chez le meilleur entraîneur en Europe.

G. Quelles ont été les difficultés pour vous au départ?

G. C. Déjà, je ne parlais pas un mot d’ anglais! Mais il y avait des Français sur place dont Vincent Conte, un jockey d’ obstacle que je connaissais de mon expérience à Lyon. Je suis resté beaucoup avec lui, ce qui a facilité les choses.

G. Qu’ est-ce qui vous a marqué chez Willie Mullins?

G. C. Nous étions 80 à cheval, c’ était très impressionnant. Monsieur Mullins connaît tous ses chevaux. C’ est également l’ opportunité de monter d’ excellents chevaux, parfois acquis très chers aux ventes. J’ ai été marqué par la qualité des chevaux de l’ écurie, ils ont tous de bonnes origines et détenus par de grandes casaques. J’ ai eu la chance de sauter avec Ruby Walsh, Patrick Mullins, le fils de monsieur Mullins, qui est aussi un homme extraordinaire. Il gère l’ écurie de manière irréprochable. Avec un tel effectif, il y a également beaucoup de premiers garçons qui font du très bon travail. Les gens sont très gentils et sont de très grands bosseurs.

G. C. Nous étions 80 à cheval, c’ était très impressionnant. Monsieur Mullins connaît tous ses chevaux. C’ est également l’ opportunité de monter d’ excellents chevaux, parfois acquis très chers aux ventes. J’ ai été marqué par la qualité des chevaux de l’ écurie, ils ont tous de bonnes origines et détenus par de grandes casaques. J’ ai eu la chance de sauter avec Ruby Walsh, Patrick Mullins, le fils de monsieur Mullins, qui est aussi un homme extraordinaire. Il gère l’ écurie de manière irréprochable. Avec un tel effectif, il y a également beaucoup de premiers garçons qui font du très bon travail. Les gens sont très gentils et sont de très grands bosseurs.

G. Quelles sont les particularités de l’ entraînement chez Willie Mullins?

G. C. J’ ai été marqué par la dureté des chevaux. Le travail est très intense, les pistes sont beaucoup plus lourdes que chez nous. Les chevaux ne sautent pas régulièrement, ils vont sur les obstacles une fois ou deux fois avant de courir mais c’ est tout. Ils travaillent davantage le fond et la vitesse, on allait souvent galoper au Curragh avec trois ou quatre camions de vingt chevaux et nous passions la journée là-bas. La routine d’ entraînement peut aller jusqu’ à 40 minutes de trotting et galop de chasse sur un huit, puis deux canters. Monsieur Mullins est une personne très intelligente qui connait parfaitement ses chevaux et qui sait les amener à leur meilleur niveau. Il est aussi très bien entouré, cela est très important.

G. Que retenez-vous de cette expérience?
G. C. Que du plaisir! C’ était vraiment une top expérience et si un jour je devais m’ installer, je m’ inspirerais de ce que j’ ai vu chez monsieur Mullins.

"Mon état d’ esprit, peut-être" - GUILLAUME MACAIRE

Willie Mullins aime à dire qu’ une visite matinale a suffi pour qu’ il apprenne beaucoup de Guillaume Macaire. Mythe ou réalité? On s’ est naturellement empressé de sonder le second nommé.

Galorama. Avez-vous des affinités particulières avec Willie Mullins?

Guillaume Macaire. Disons qu’ on a fait pas mal d’ affaires ensemble et qu’ il n’ a pas été malheureux. Je lui ai vendu pas mal de chevaux, surtout des femelles. À l’ export, il est quasiment un des seuls à en acheter. Il a trouvé ce créneau où la concurrence est moindre. Le principe, c’ est que si vous êtes un ou deux à vouloir passer une porte, ça se passe bien, mais si vous êtes 25, il y a risque de bouchon.

G. Pour l’ anecdote, vous êtes nés la même année: en 1956.

G. M. Vous me l’ apprenez. On était dans les jupes de nos mères. Lui, avec un bon pedigree, ça aide. Encore que certains n’ en ont pas toujours profité. Il n’ y a pas que les enfants de la balle qui réussissent.

G. Willie Mullins a déclaré qu’ il avait profité d’ une matinée pour apprendre beaucoup auprès de vous: légende ou réalité?

G. M. Comme c’ est quelqu’ un d’ ouvert, il note probablement les choses qu’ il découvre. Avec humilité, on peut considérer que j’ ai inventé quelques petites recettes copiées par la suite. On a tous intérêt à piquer les bonnes idées des autres et à les mettre en œuvre chez soi, mais à condition de conserver le fond et d’ adapter la forme. Personnellement, lors de mes nombreuses pérégrinations, chez Guy Harwood par exemple, le père d’ Amanda Perret, j’ ai toujours regardé ce qui se faisait de mieux. Et j’ ai aussi profité de mes voyages pour noter les choses à ne pas faire.

G. Vous ne voyez donc pas à quoi il fait référence?

G. M. Précisément, non. Peut-être à mon état d’ esprit. Il est venu plusieurs fois me rendre visite. La première doit remonter au milieu des années 90. Ensuite, son fils est venu 3-4 semaines, lors d’ un été caniculaire, ce qui l’ a amené à lui rendre visite avec son épouse. Je me souviens les avoir emmenés pique-niquer sur les bancs de sable. Une autre fois, je lui ai prêté un cheval pour aller voir l’ entraînement: la forêt était inondée.

« Sa clientèle n’ existe pas en France »

G. Vous qui écrivez des livres: si l’ un d’ eux avait pour sujet Willie Mullins, quel serait son titre?

G. M. Je ne veux pas risquer de tomber dans le dithyrambe (éloge exagéré). Pour gagner des courses, le principe est d’ avoir de bons chevaux. Et avoir des clients, ça aide. Sa clientèle n’ existe pas en France. Il a trouvé la bonne recette, les bons ingrédients. Il fait tout ce qu’ il faut pour que ça marche.

G. Vos manières d’ entraîner sont-elles très différentes?

G. M. Sûrement. Déjà, on exploite les chevaux plus tôt qu’ outre-Manche: à 3 ou 4 ans, les leurs sont à peine débourrés. C’ est pour cela que les courses françaises et britanniques se complètent depuis les années 95. Nos produits complètent les leurs en matière d’ élevage. Mais les programmes et systèmes sont très différents.

G. Une anecdote avec Willie Mullins pour conclure?

G. M. Un jour, on s’ est retrouvé à poser pour une photo tous les deux avec Nicky Henderson lors de la Grande Course de Haies à Auteuil (Gr.1). Nous étions tous les trois têtes de liste dans nos pays respectifs. J’ ai toujours la photo dans mon téléphone.

Les cracks entraînés par Willie Mullins, qu’ ils aient brillé en France ou sur ses terres natales, sont fort nombreux, et certains sont presque devenus légendaires. Revenons sur quelques-uns des noms qui ont façonné un peu plus la légende Willie Mullins.

ÉNERGUMÈNE

19 COURSES I 13 VICTOIRES DONT 6 GR.1

Énergumène: un nom prédestiné

Élevé en France par Christophe Dubourg, Énergumène s’ est imposé, dès ses premières sorties, comme l’ un des meilleurs steeplechaser sur ses terres d’ exil. Fils de Denham Red, il a enchaîné les succès au plus haut niveau, dont deux victoires consécutives dans le Betway Queen Mother Champion Chase. Lui n’ a jamais couru en France, sur sa terre natale. Par Denham Red et né en 2014, Énergumène est un compétiteur d’ une régularité hors pair puisqu’ il ne compte qu’ un seul faux pas, lors du dernier Festival de Cheltenham, où il a été contraint d’ être arrêté. Ses faits d’ armes restent pour l’ heure ses victoires dans le Betway Queen Mother Champion Chase, épreuve qu’ il a inscrite deux années de suite à son palmarès, en 2022 et 2023. Au cours de ces deux mêmes années, il a également réalisé le doublé dans le William Hill Champion Chase de Punchestown, ponctuant ainsi 2022 et 2023 par 5 victoires – dont 4 Groupes 1 – deux accessits en autant de sorties et gonflant son compte en banque de plus de 950 000 €. Son éleveur se souvient: « Nous l’ avons nommé Énergumène car à la naissance il était déjà physiquement hors-norme. Il vient d’ une origine de chevaux de cross. Mais ça donne des chevaux durs qui ont du répondant, l’ idéal pour l’ Angleterre. » Le poulain a été acheté 50 000 € à l’ âge de 3 ans sur son physique. Il a ensuite débuté victorieusement en Point-to-Point avant de rejoindre l’ écurie de Willie Mullins.

GALOPIN DES CHAMPS

24 COURSES I 15 VICTOIRES DONT 11 GR.1

Galopin des Champs, quand le trot mène à la gloire de l’ obstacle

Élevé par le GAEC des Champs, plus connu dans la discipline du trot, Galopin des Champs fut acheté poulain par Damien Bonne, lui aussi professionnel du trot. Passé sous la houlette de Willie Mullins, il s’ impose comme l’ un des meilleurs chevaux d’ obstacle de sa génération, triomphant par deux fois dans la mythique Gold Cup de Cheltenham. Il va fêter ses 10 ans l ›an prochain avec l’ espoir d’ accrocher à son tableau de chasse une nouvelle victoire dans la Cheltenham Gold Cup et pourquoi pas égaler le record de trois succès d’ Arkle (Golden Miller lui, en compte cinq de 1932 à 1936). Mais le champion de Willie Mullins pourrait manquer sa réapparition dans le John Durkan Memorial Punchestown en ce mois de novembre après avoir connu un léger contretemps dans sa préparation. Affaire à suivre. Le « FR » élevé par le GAEC des Champs est un fils de Timos. Il a débuté sa carrière sportive par une victoire à Auteuil sous l’ entraînement d’ Arnaud Chaillé- Chaillé avant d’ être acheté par Pierre Boulard pour Audrey Turley.

HURRICANE FLY

Un cheval « hors normes » aux 22 Groupes 1

Une sacrée histoire ce petit Hurricane Fly. Petit, rien que par la taille, car son talent, lui, était immense. Avant la championne australienne Winx, Hurricane Fly détenait le Guinness World Record de succès de Gr.1. Son premier entraîneur, Jean-Luc Pelletan, nous livre les dessous d’ une découverte qui allait changer sa vie. « Jean-Claude Rouget me demande, à chaque fois que je le vois, de lui conter l’ histoire de Hurricane Fly » explique Jean-Luc Pelletan. Car oui, son histoire est faite de rebondissements, de hasards, de bonnes fées, de rencontres, de psychodrames, de travail et surtout d’ un cheval au talent brut. Tout commence aux ventes de yearlings de Goffs en Irlande en 2005. Jean-Luc Pelletan est présent et achète pour 65 000 € un fils de Montjeu aux gros genoux. C’ est l’ année des Motivator et Walk In The Park, qui forment le jumelé du Derby d’ Epsom, sans oublier les succès de Hurricane Run (Prix de l’ Arc de Triomphe) et Scorpion (Grand Prix de Paris et St-Léger), tous par le gagnant de l’ Arc 1999. « Je n’ avais pas de clients. J’ ai alors demandé à John Magnier s’ il le voulait. Il m’ a poliment fait comprendre qu’ il avait déjà beaucoup de fils de Montjeu. Je l’ ai ensuite ramené en France. Il toisait alors 1m52! Par Montjeu et une mère par Kenmare, cela a forcément donné un cheval électrique. Il était compliqué mais c’ était un extraterrestre. Son propriétaire de l’ époque a alors voulu le débuter à 2 ans à La Teste en juillet. » Deuxième ce jour-là sur 1 200 mètres, Hurricane Fly a couru à trois autres reprises à 2 ans. Il rentre et gagne à 3 ans à Mont-de-Marsan, là où il est entraîné, puis enchaîne sur un facile succès dans le Prix Omnium II (Listed) en battant les futurs lauréats de Gr.1 Literato et Spirit One. « Hurricane Fly devait ensuite débuter à Auteuil dans le Prix Achille-Fould (Listed). Harold Kirk, le courtier de Willie Mullins, était venu à l’ écurie voir trois autres chevaux avec Richard Hobson et leur vétérinaire. L’ affaire ne s’ est pas conclue. Ils m’ ont alors demandé si j’ avais un autre cheval à leur proposer. C’ était Hurricane Fly. Heureusement je ne l’ ai pas montré au box vu sa taille, mais sur la piste. Le cheval volait. La vente s’ est faite mais le jour où le frère de Willie Mullins, qui est transporteur, est venu le chercher à l’ écurie, cela s ›est très mal passé. Quelques minutes auparavant, Hurricane Fly était au marcheur et s’ était déferré à deux reprises. Le transporteur a alors refusé d’ embarquer le cheval et est reparti. Quand j’ ai appris cela, j’ ai immédiatement pris mon téléphone pour appeler le secrétariat de Willie Mullins. Heureusement, une dame charmante parlait français et a assuré la traduction. J’ ai expliqué la situation. Le transporteur a fait demi-tour pour finalement récupérer le cheval, referré, et partir pour l’ Irlande. » Véritable champion, Hurricane Fly s’ est assuré deux éditions du Champion Hurdle (Gr.1) à Cheltenham et son équivalent irlandais à cinq reprises. En tout, 22 victoires de Gr.1! Depuis, il coule des jours heureux au Haras national irlandais aux côtés d’ autres champions (Sizing John, Beef or Salmon et Faugheen) où le public peut venir les voir.

Un de Sceaux

34 COURSES I 23 VICTOIRES DONT 10 GR.1

Le fabuleux destin d’ Un de Sceaux

Il a un pedigree de roturier mais le palmarès d’ un roi! Cheval d’ airain, l’ AQPS Un de Sceaux a couru sans interruption de carrière de 2012 à 2020, prenant sa retraite à onze ans. Il a accumulé dix victoires de Groupe 1 en Irlande et en Grande- Bretagne, dont deux à Cheltenham, auxquelles il convient d’ ajouter en France les Prix Hypothèse (Gr.3) et Léon Rambaud 2014, ainsi que le Prix La Barka (Gr.2) 2016. Les véritables cracks ont une bonne étoile et celui-ci ne déroge pas à la règle. Son naisseur René Choveau était client du Haras de la Rousselière, dans l’ Anjou, où il faisait saillir ses juments depuis plusieurs décennies lorsqu’ il a décidé d’ arrêter son petit élevage. Il s’ estimait trop âgé pour continuer. Pour saluer sa fidélité, Pierre de la Guillonnière, le patron des lieux, décida d’ offrir à son ami la saillie d’ un étalon de son choix. René Choveau opta pour Denham Red et repartit donc pour une année d’ élevage. « Mais il se sentait vraiment trop vieux et nous a demandé de pouliner sa jument Hôtesse de Sceaux et d’ élever le poulain », raconte Nelly de la Guillonnière. René Choveau eut la délicatesse d’ inscrire le Haras de la Rousselière et son épouse Monique comme éleveurs du foal, qu’ il ne vit jamais courir: il mourut dans son fauteuil, en regardant les courses, quand le futur champion n’ était encore qu’ un poulain. Un de Sceaux – affixe choisi car l’ élevage était basé à Sceaux-d’ Anjou – débuta sa carrière chez Fabrice Foucher pour lequel il gagna deux fois en plat avant d’ être vendu à Edward O’ Connell et d’ intégrer les boxes de Willie Mullins. Le hongre ne figurait pourtant qu’ en quatrième position sur la liste d’ achat du propriétaire, mais les trois chevaux qui le précédaient furent successivement recalés à la visite vétérinaire! Un de Sceaux remporta douze courses consécutives outre-Manche entre le 12 décembre 2012 et le 10 mars 2015. La série, seulement entachée d’ une chute en novembre 2014 à Thurles, se conclut par une victoire de Groupe 1 dans le Racing Post Arkle Challenge Trophy Chase à Cheltenham. « Un de Sceaux nous a été rendu pour sa retraite parce qu’ il a eu un souci au boulet, raconte Nelly de la Guillonnière. Il est arrivé à la maison en magnifique état et n’ a jamais boité! Il a désormais dix-sept ans et c’ est un parfait compagnon pour les chevaux de courses au repos, les juments vides ou les poulains sevrés. » La longue aventure sportive du crack a donné à la famille de la Guillonnière l’ occasion de rencontrer Willie Mullins et d’ expérimenter sa simplicité et sa gentillesse. « Nous avons fait le voyage à Ascot pour la dernière course de notre cheval, en janvier 2020. Bien qu’ il n’ ait terminé que deuxième, Willie nous a fait entrer dans l’ espace réservé aux vainqueurs où nous avons partagé un verre. À chaque fois que Willie vient courir en France, nous allons lui dire bonjour et il ne manque jamais de demander des nouvelles d’ Un de Sceaux! »