CHELTEN(MAN) N°14 Novembre 2025 | Willie Mullins : partie 1

WILLIE MULLINS

PARTIE 1 : Willie Mullins & ses multiples talents

Willie Mullins l’apothéose d’une saga familiale

Par Serge Okey

Les superlatifs commencent à manquer pour qualifier la puissance de feu et le palmarès hallucinant du virtuose irlandais Willie Mullins. Déjà considéré comme un mythe vivant, l’ homme de tous les records est le point culminant d’ une dynastie pourtant partie de rien. À laquelle, décidément, plus rien ne résiste.

Au pays du trèfle et de la Saint-Patrick, de James Joyce et de U2, de la Guinness et du football gaélique, on dit que les légendes sont aussi innombrables que le Connemara compterait de moutons, ou le pays de pubs. Dans les environs du château de Ballymoon par exemple, en cette province du Leinster connectée à Dublin par un Grand Canal, un vieux druide raconte que les chevaux d’ un entraînement des environs sautent tellement haut et loin, qu’ ils seraient capables d’ enjamber les Cliffs of Moher, spectaculaires falaises de l’ île. À qui d’ autre que Willie Mullins cette emphase celte pouvait-elle s’ appliquer? Au milieu de ce folklore, le King du comté de Kilkenny, du nom de cette fameuse bière rousse qui semble s’ écouler au rythme de ses succès, est un dieu vivant. L’ apothéose d’ une saga qui a pris corps voilà trois générations. Chez les Mullins, on a les courses et la victoire dans le sang. Une dynastie qui prend sa source dans les eaux vives du Barrow, deuxième fleuve du pays d’ Oscar Wilde après le Shannon, réputé pour son abondance de brochets. C’ est là qu’ au cœur du XVIII

siècle, la construction d’ un pont enjambant le Barrow soulagea en profondeur le quotidien des habitants de Goresbridge. Autrement dit: « Nouveau pont ». Tout un symbole de prédestination sur ces futures terres d’ obstacle. Trois générations, donc. Dont la genèse remonte au grand-père de Willie Mullins. Son parfait homonyme, puisque cet agriculteur devenu entraîneur à ses heures perdues portait le même prénom. Un rite dans la famille, où le first name se transmet de grand-père en petit-fils. Ainsi le père de Willie Mullins porte-t-il le même prénom que son fils: Patrick. Lequel ne manque jamais de rappeler: « Mon père m’ appelle Paddy, ma mère m’ appelle Patrick, je réponds aux deux mais ne m’ appelez jamais Pat ».

Une histoire de transmission

Sans lui faire offense, Willie Mullins senior n’ a pas marqué l’ histoire des courses. Mais c’ est tout de même grâce à cet aïeul que tout a commencé. Auprès de lui que son fils Paddy a mis le pied à l’ étrier. À Goresbridge qu’ a commencé à s’ écrire la légende Mullins. Deuxième aîné d’ une fratrie de sept enfants, Paddy a vécu l’ essentiel de son enfance dans la vaste ferme familiale: Doninga House, transformée en partie en écurie lorsque son père obtint sa licence d’ entraîneur en 1947. C’ est dans ce contexte que se mit en place la formidable saga Mullins. « Mon père m’ a appris à ne pas précipiter les choses, la patience, l’ humilité et la rigueur », aime à dire Willie Mullins au sujet de son paternel, dont il a hérité ce principe moral: « There, but for the grace of God, go! ». Façon de veiller à conserver à l’ esprit, la fragilité de la réussite. Voir les piquets de chevaux de son paternel se faire et se défaire l’ a aussi profondément marqué. « L’ idée que ce que l’ on construit ne dure pas forcément pour soi, mais parfois pour d’ autres, invite à l’ humilité et à la détermination ». Gigginstown House Stud, suivez son regard…

Le jeu des 7 familles

Si Willie Mullins est considéré comme un dieu vivant, il ne pouvait rêver meilleur mentor. En Irlande, Paddy Mullins est, lui, une légende. Un entraîneur d’ exception, dix fois champion des entraîneurs d’ obstacle du pays et mentor de la grandissime et malheureuse Dawn Run. Grandissime, car la reine de la casaque Charmian Hill reste à ce jour la meilleure jument de l’ histoire de l’ obstacle, avec un rating de 173 selon Timeform, et la seule à avoir réalisé le triplé dans les Champion Hurdle anglais, irlandais et français. Malheureuse, car sa statue ornant le rond de présentation de Cheltenham salue aussi sa chute fatale dans la Grande Course de Haies d’ Auteuil en 1986. En un peu plus d’ un demi-siècle (52 ans précisément), et quasiment jusqu’ à son décès en 2010, Paddy Mullins s’ est bâti un palmarès exceptionnel, avec six succès au Festival de Cheltenham, quatre trophées du Grand National irlandais, auxquels il convient d’ ajouter deux jours de gloire en plat. Celui où Hurry Harriet domina la championne Allez France dans les Champion Stakes en 1973 à Newmarket. Et celui où Vintage Tipple remporta les Darley Irish Oaks en 2003. Deux autres juments au passage. Difficile de ne pas faire le rapprochement avec l’ intérêt notoire de Willie Mullins pour les juments, y compris tricolores. Avant de s’ appesantir sur l’ intéressé, il convient de n’ oublier personne dans le clan Mullins. Car au coin du feu familial, il faudrait presque autant de Noël que de dimanches pluvieux en Irlande pour trouver le temps de raconter les destins de chacun. En trois générations, l’ empreinte Mullins se compte à la douzaine. Rendons grâce en premier lieu à Maureen Mullins, la femme de Paddy, surnommée « la matrone », sinon « le visage des courses » en Irlande, jugeait Ted Walsh, ancien jockey et entraîneur devenu consultant, lors de sa disparition en 2024.

Son impact dans la dynastie Mullins est primordial. Tant au côté de son mari que de leurs cinq enfants et de leurs tout aussi valeureux descendants. Et pas seulement dans l’ ombre. Elle-même était propriétaire et éleveuse. Et cette excellente cavalière a elle aussi goûté aux joies de la victoire en tant que jockey. Avec Paddy, elle formait un vrai duo, qui rappelle spontanément celui que forme Willie avec son épouse Jackie. Maureen et Paddy ont eu cinq enfants. Dans l’ ordre: Sandra, Willie, George, Tony et Tom. Tous sont tombés dans la marmite des courses. Et tous ont brillé sur les hippodromes sans exception. Quatre d’ entre eux sont devenus entraîneurs, pendant que l’ entreprise de George transporte des chevaux dans le monde entier depuis près de 40 ans. En tant que jockey, Tom n’ a jamais connu la défaite sur Dawn Run. En tant qu’ entraîneur, il a brillé deux fois avec Alderwood au Festival de Cheltenham, et sa jument Asian Maze a décroché trois Groupes 1. Tony, lui, fut jockey professionnel. Son histoire avec Dawn Run est faite de hauts et de bas, car il dut laisser ses rênes à Jonjo O’ Neill. Mais il compte un joli palmarès avec des chevaux comme Padre Mio ou Kharasar, jusqu’ à Pedrobob et un joli succès au Festival de Cheltenham. Quant à Sandra, l’ aînée, elle a connu la victoire avec un petit effectif partagé avec son mari Peter McCarthy. Ensuite viennent les petits-enfants. Patrick, dit PW, l’ inséparable jockey et assistant de son père Willie. Neuf succès déjà à Cheltenham, un sacre cette année au Grand National de Aintree, un record de 74 victoires en amateur qui prévalait depuis près d’ un siècle, seize fois Cravache d’ or amateur… Le jour du Grand National, ses premières pensées furent ainsi dirigées: « Rendre si fier mon père, cela rajoute quelque chose à la victoire, c’ est très spécial ».

La suprématie Mullins

Le Grand National, une tradition chez les Mullins. Willie l’ a déjà gagné deux fois. Cousins de Patrick, David et Emmet une fois chacun. C’ est dire l’ empreinte Mullins sur l’ épreuve reine de Liverpool. Avant de prendre sa retraite en 2021, David avait récolté 11 Groupe 1, dont l’ Irish Champion Hurdle avec Petit Mouchoir, et aligné plus de 210 succès, à seulement 24 ans. Quant à Emmet, outre son titre en 2022 à Aintree avec Noble Yeats à 50/1, il s’ est illustré à Cheltenham en 2021 et a décroché le National Hunt Chase Challenge 2024 en tant que mentor. Fils de Tony, Danny Mullins a commencé par briller dans les courses de poneys (126 succès) et monta deux fois sur le podium des gentlemen rider. Depuis son plongeon dans le grand bain, il cumule régulièrement 400 courses par an pour une moyenne de 10% de victoires, dont quatorze Groupe 1. Au milieu de cette incroyable dynastie, naturellement, il y a Willie. Le maestro et le trait d’ union. Car chez les Mullins, on partage. Et on ne compte plus le nombre de succès engrangés en famille. Avec des chevaux souvent entraînés par l’incontournable… Willie. Quelques jours après son succès dans la Breeder's Cup Turf avec Ethical Diamond, les Américains n’ en croient toujours pas leurs yeux. Comment un cheval venu de l’ obstacle a-t-il pu dominer les meilleurs chevaux du monde sur la distance classique? À 69 ans et 37 ans de carrière, le gamin de Goresbridge n’ est plus seulement l’ entraîneur d’ obstacle irlandais le plus titré de tous les temps, de toute l’ histoire de Cheltenham avec 113 victoires, le recordman de victoires lors de ce Festival en une seule édition avec 10 succès en 2022 et 2025, le premier Irlandais à dominer les entraîneurs de courses d’ obstacles britanniques depuis 70 ans et Vincent O’ Brien, l’ incontournable champion de l’ obstacle en Irlande depuis la saison 2008-2009, le recordman du monde de victoires de Groupe 1 en une seule année (39 en 2023-2024). C’ est un monstre de réussite, un génie, un magicien, un novateur à la tête d’ une écurie XXL, qui ne cesse de poser sa griffe sur l’ histoire des courses. Guère étonnant que l’ idée du Guinness Book ait germé en Irlande, dans l’ esprit du plus célèbre brasseur de l’ île. Dans ce magnifique pays vert, la blague qui prévaut, c’ est que les chevaux de l’ infirmerie de Willie Mullins sont meilleurs que 99% de leurs contemporains. Le plus dingue, et cela ne sort pas de la bouche d’ un vieux druide, c’ est qu’ à en croire son fils Patrick, le meilleur est à venir: « Mon père est en train de prendre de la vitesse, plutôt que de ralentir », nous prévenait-il lors d’ un entretien après son sacre à Aintree. En marche, cette prophétie ne cesse de repousser ses limites. À moins de croire aux légendes, difficile d’ imaginer ses chevaux franchir les fameuses falaises de Moher. Mais à sa manière, Willie Mullins est déjà une merveille de l’ histoire des courses.

“Le Champion Trainer francophile WILLIE MULLINS"

Par Céline Gualde

Willie Mullins ne cesse de répéter qu’ il a eu de la chance. Chance de s’ être vu confier des cracks, d’ avoir pu constituer une excellente équipe dans ses écuries de Closutton, chance d’ avoir rencontré les bonnes personnes au bon moment. À l’ entendre, le mérite, son mérite, n’ est pour rien dans le succès phénoménal de son entraînement!

À l’ aube de ses 70 ans, le maître irlandais est un modèle de calme et d’ humilité. Il nous a accordé cet entretien lors d’ un de ses rares moments de liberté… un dimanche à l’ heure du déjeuner.

GALORAMA. Willie pouvez-vous nous décrire l’une de vos journées de travail ?

Willie Mullins. J’ai environ deux cents chevaux à l’entraînement, divisés en quatre lots le matin. Nous débutons plus tard que chez beaucoup de mes confrères puisque le premier lot est en piste à huit heures. Nous maintenons un terrain très souple sur toutes les pistes, car le site est vraiment plat, je n’ai pas de colline pour entraîner en montée. Grâce aux pistes profondes, les chevaux travaillent sans stress pour leurs jambes et sans avoir à galoper trop longtemps. L’hiver, ils rentrent aux écuries en marchant dans un ruisseau, ce qui lave et refroidit leurs membres. Après le deuxième lot, nous faisons une pause de vingt minutes. Après le quatrième lot et le déjeuner, je vais généralement aux courses.

Le soir j’aime faire le tour de mes chevaux avec ma femme Jackie, entre 19 et 21 heures en général, lorsque tout est calme, que nous sommes seuls avec eux. Il n’y a pas d’interférence et c’est le bon moment pour observer leur comportement.

Mon fils Patrick est mon assistant et se charge des « mariages » entre cavaliers et chevaux, ce qui n’est pas une mince affaire car il y a au moins cinquante chevaux dans chaque lot et un cavalier n’en monte jamais plus de quatre. C’est une mission qui le passionne et que je lui laisse bien volontiers ! David Casey, un ancien très bon jockey, m’assiste également depuis plus de trente ans. Il s’occupe plus particulièrement des engagements des chevaux. Dick Dowling est le très efficace responsable du site depuis vingt-cinq ans. En fait la plupart de mes proches collaborateurs travaillent avec moi depuis plusieurs décennies. 

G.      Pour entraîner deux cents chevaux vous devez vous appuyer sur une équipe pléthorique ?

W. M. Nous avons quatre-vingts personnes ici à Closutton. L’ensemble de la planète est représenté ! Outre l’Angleterre et l’Irlande,nous avons des cavaliers qui viennent d’Europe de l’Est, de Suède, d’Australie, du Pakistan… Nous avons la chance de recevoir de nombreuses candidatures spontanées. Il y a une quinzaine de Français dans l’équipe et je dois dire que j’apprécie énormément le savoir-faire de ces cavaliers, la qualité de leur équitation et la façon dont ils prennent soin des chevaux. Ils sont calmes en selle, ont un bon équilibre, agissent en douceur. Je dis souvent aux responsables de nos écoles des courses qu’ils devraient s’inspirer du modèle français.

G.      La France justement… on a le sentiment que vous l’aimez beaucoup !

W. M. En effet ! J’ai découvert votre pays dans les années 1970 en accompagnant mon père Paddy (N.D.R.L : sacré meilleur entraîneur en Irlande à dix reprises). J’ai monté des courses à Évry, cet hippodrome qui a fermé ses portes. Je suis tombé amoureux de la façon de faire les choses « à la française ». Vous avez un nombre incroyable d’hippodromes et j’espère que vous pourrez en conserver un maximum. Songez qu’en Irlande nous n’avons que vingt-six champs de courses, dont vingt-trois mixtes ! Nous n’avons aucun hippodrome entièrement dévolu à l’obstacle comme l’est Auteuil.

Lorsque mon père a envoyé la fabuleuse Dawn Run1 courir en France, en 1984, Pierre Boulard était notre référent chez Jack-Hubert Barbe, à Maisons-Laffitte où la jument était stationnée. Nous sommes restés en contact et lorsque je lui ai demandé s’il pouvait me conseiller pour acheter des chevaux en France, il m’a répondu qu’il s’installait justement comme courtier ! Le timing idéal. Nous avions vu, de notre côté de la Manche, l’entraîneur François Doumen pointer le bout de son nez avec ses chevaux français qui semblaient excellents… Mes collègues Martin Pipe et Paul Nicholls ont commencé à en importer. En Irlande les prix des stores et des point-to-pointers étaient exorbitants. Nous cherchions un autre marché et orienter nos achats vers la France nous a semblé évident. Pierre est très doué pour y dénicher de jeunes talents. Au fil du temps nous avons eu la chance de tisser des liens étroits avec le monde de l’obstacle dans votre pays. Nous avons des relations très sympathiques avec les éleveurs, entraîneurs, jockeys…

« J’ai eu beaucoup de chance avec mes chevaux français »

G.      Quelles qualités recherchez-vous chez les chevaux français ?

W. M. Je suis plus sensible à leurs performances qu’à leur conformation ou à leur origine, même si certains étalons sont gage de qualité, comme Doctor Dino ou No Risk At All. Mais nous avons acquis des chevaux issus de reproducteurs méconnus qui ont donné pleinement satisfaction, comme Galopin des Champs, un fils de Timos. Évidemment lorsqu’un cheval démontre sa qualité il devient très coûteux à acheter. Mais c’est le jeu ! J’ai toujours été étonné que la France fasse naître autant de bons chevaux d’obstacle à partir d’un si petit nombre de juments. Vous avez su être sélectifs et ne pas mettre n’importe quelle femelle à la reproduction. J’apprécie également que vous utilisiez des étalons qui ont été performants sur les obstacles, ce qui se pratique peu chez nous. Mais je pense que nous y viendrons. Je regrette en revanche que vos Haras Nationaux aient disparu. J’imagine qu’ils devaient coûter cher à l’État mais c’était une chance incroyable pour les éleveurs français de pouvoir utiliser autant de bons étalons à des tarifs très abordables. Les Haras Nationaux sont pour beaucoup dans la qualité de l’élevage français contemporain.

G.    Lequel de vos chevaux français vous a le plus marqué ?

W. M. Je dirais Quevega, notre première star ! J’avais demandé à Pierre Boulard de nous trouver une belle et grande pouliche que nous pourrions mettre à l’élevage après sa carrière. J’étais là quand Quevega est descendue du camion… à mon grand étonnement elle était toute petite ! J’ai appelé Pierre pour lui dire : « Elle n’est vraiment pas grande ! » Il m’a répondu : « Non mais elle a un très grand cœur ! » Il avait raison ! Après ses premières victoires en 2009 dans le David Nicholson Mares’ Hurdle de Cheltenham (Groupe 2 à l’époque) puis le World Series Hurdle de Punchestown (Groupe 1), la jument a eu un souci de tendon. On n’était pas sûr qu’elle puisse recourir. Le vétérinaire a tout tenté et nous avons axé l’entraînement de Quevega sur l’objectif du Mares’ Hurdle 2010. Elle l’a remporté, ainsi qu’un deuxième World Series Hurdle six semaines plus tard. Cette jument était trop bonne ; j’ai pris la décision de la préserver pour ces seules courses. Elle ne courait donc que deux fois par an. Quevega s’est imposée à Cheltenham six années de suite, ce qu’aucun autre cheval n’a réussi jusqu’à présent. Elle a réussi le doublé David Nicholson Mares’ Hurdle – World Series Hurdle quatre années consécutives. En 2014 après une cinquième victoire dans le Mares’ Hurdle Quevega s’est inclinée d’une longueur et quart à Punchestown. Ce fut sa dernière course.

J’ai vraiment été très chanceux avec mes chevaux français. Plus récemment Galopin des Champs nous a offert deux Cheltenham Gold Cup, entre autres très belles victoires. Mon grand regret c’est Vautour, qui aurait peut-être été le meilleur d’entre tous. Il s’est hélas fracturé une jambe au paddock en 2016. Sa disparition a été bien difficile à encaisser.

G.         Avez-vous déjà envisagé d’ouvrir une antenne en France ?

W. M. Non, pas du tout ! Je suis très satisfait de mon centre d’entraînement de Closutton, où tout me semble bien en place. Je connais mes pistes, j’y ai mes repères. Je craindrais de tout perdre en me dispersant, et puis les voyages sont devenus tellement plus faciles qu’autrefois, aussi bien par la route qu’en ferry ! Il n’y a pas de raison de créer une seconde écurie.

« Je courrai certainement moins souvent à Auteuil »

G.      Aurez-vous des chevaux engagés lors des 48 H de l’Obstacle à Auteuil ?

W. M. Hélas non, car cette échéance arrive trop tôt dans notre calendrier, nos chevaux ne seront pas encore prêts, ce qui est dommage, car en novembre le terrain profond conviendrait à leurs aptitudes. J’ai de très bons souvenirs à Auteuil, même si je ne pourrais pas détacher une victoire en particulier. C’est un magnifique hippodrome, mais j’y engagerai probablement moins de chevaux à l’avenir car j’observe que les courses y sont de plus en plus rapides. Or, la vitesse et les courses d’obstacles ne font pas bon ménage. Il est stressant d’engager un jeune cheval prometteur ou un très bon cheval lorsqu’on pense qu’il peut tomber et s’accidenter.

G.      Justement comment voyez-vous l’avenir des courses d’obstacles ?

W. M. Nous avons un challenge à relever. Les personnes décisionnaires dans ce sport doivent agir en pensant aux générations futures. Dans le monde d’aujourd’hui, nous devons nous soucier de l’image que nous donnons de notre métier et donc rendre les courses plus sûres, en évitant autant que possible les chutes qui peuvent être horribles à voir. Les courses d’obstacles exigent un climat tempéré et de bons terrains. C’est un jeu d’hiver ! On doit privilégier la sécurité des jockeys et des chevaux, placer la lutte contre l’accidentologie et le bien-être animal avant tout. L’état des terrains doit donc être au centre de nos préoccupations.

G.      Vous vous êtes installé comme entraîneur en 1988 avec quatre chevaux à peine. Depuis vous avez gagné toutes les plus belles épreuves ou presque. Quelle est la victoire qui vous a le plus marqué ?

Je dirais le fait d’être sacré meilleur entraîneur d’obstacle à la fois en Irlande et en Grande-Bretagne en 2024 et 2025, car ce n’est pas une performance qu’on imagine pouvoir réaliser. Seul Vincent O’Brien y est parvenu avant moi, il y a soixante-dix ans ! Donc c’est assez unique.
J’ai eu beaucoup de chance durant ma carrière, j’ai gagné des courses en Irlande, en France mais aussi en Australie, aux États-Unis… Je suis le seul entraîneur européen à avoir remporté le Nakayama Grand Jump au Japon, avec Blackstairmountain en 2013.

Mais mon souvenir le plus fort c’est bien évidemment la victoire de mon fils Patrick dans le Grand National de Liverpool cette année avec Nick Rockett. C’était un moment incroyablement intense, d’autant que l’écurie a réussi le triplé avec I Am Maximus et Grangeclare West aux deuxième et troisième places !

G.      Y-a-t-il des épreuves qui vous échappent encore et que vous aimeriez gagner ?

Le Grand Steeple-Chase d’Auteuil reste sur ma liste ! En plat j’aimerais aussi remporter la Gold Cup d’Ascot et le Prix du Cadran, le « marathon de Longchamp » qui se court sur 4 000 mètres. Mon frère Tony l’a gagné en tant qu’entraîneur en 2020 avec Princess Zoe. Je cherche à acheter des chevaux français avec un profil mixte plat et obstacle pour ce genre d’échéance, comme Absurde par exemple. Des chevaux avec énormément de tenue. Ils pourraient atteindre ces objectifs. (N.D.R.L : Nous n’avions pas rédigé ces lignes que Willie Mullins remportait un monument des courses de plat, la Longines Breeders’ Cup Turf en Californie avec Ethical Diamond. Ce hongre de cinq ans est issu de Awtaad, étalon dont le prix de saillie était de 7 500 euros en 2025 ! Illustration parfaite des propos tenus plus haut dans cette interview par le maître irlandais ! Ethical Diamond, 4e du Handicap Hurdle de Cheltenham en mars juste derrière Absurde, avait avant cela gagné son maiden sur les haies de Punchestown en février !)

G.      Vous franchirez le cap symbolique des 70 ans bientôt, est-ce que cela vous donne envie de changer de vie ?

Non, je n’ai pas d’autres rêves que les chevaux ! Il faut dire que tous mes déplacements professionnels au cours des dernières décennies m’ont fait passer le goût de l’avion ! Alors qu’est-ce qui me plairait en dehors des chevaux ? Une tournée du vignoble bordelais peut-être ! 

G.      La pérennité de l’écurie Mullins semble assurée en tout cas !

Je le pense ! Mon grand-père Willie entraînait des chevaux de Point-to-Point. Mon père a été un très grand entraîneur. Mon fils, qui se nomme comme lui Patrick -Paddy-, est à mes côtés à Closutton et sa fille est née le soir du Qatar Prix de l’Arc de Triomphe. Chez les Mullins nous avons les chevaux dans le sang !

1. Dawn Run (1978, Deep Run), jument irlandaise entraînée par le père de Willie Mullins, est le seul cheval dans l’ histoire à avoir réussi le doublé Champion Hurdle (1984) et Gold Cup (1986) à Cheltenham. Elle a aussi remporté le Champion Hurdle irlandais et la Grande Course de Haies d’ Auteuil en 1984. Elle se tua à Auteuil lors de la Grande Course de Haies 1986. Dawn Run est statufiée à Cheltenham.

2. Le titre de Champion Trainer britannique est décerné à l’ entraîneur ayant remporté le plus d’ allocations sur les courses dépendant de la British Horseracing Authority (BHA) sur l’ ensemble de son territoire qui couvre l’ Angleterre, l’ Écosse et le Pays de Galles. La saison court d’ avril en avril, pour se terminer au meeting de Sandown Park.

3. Absurde (2018, Fastnet Rock) a débuté sa carrière chez Carlos Laffon-Parias sous la casaque Wertheimer. Depuis 2023, il alterne avec succès courses de plat et d’ obstacles chez Willie Mullins.

Dans la famille Mullins, je demande Jackie

Par Katherine Ford

Discrète mais essentielle, Jackie Mullins est l’ ombre bienveillante de Willie Mullins. Tombée amoureuse à la fois de l’ homme et des courses, elle a bâti à ses côtés l’ une des écuries les plus performantes d’ Irlande, pilier d’ un succès familial exceptionnel.

C’ est probablement politiquement incorrect de le dire aujourd’ hui, mais l’ expression " derrière chaque grand homme, il y a une femme " est sans doute vraie pour Willie Mullins, qui peut compter sur un soutien sans faille et beaucoup de bons conseils de son épouse Jackie. On a l’ habitude de la voir, en périphérie, discrète mais attentive, joviale et soucieuse des détails. Aujourd’ hui, Jackie Mullins n’ a pas d’ intitulé de poste dans l’ écurie Mullins, mais elle fait partie des clés de sa réussite, dans un milieu qu’ elle a découvert sur le tard. « J’ ai attrapé le virus des courses en rencontrant Willie! J’ ai grandi en Angleterre, où mes parents étaient tous les deux médecins. Mes parents allaient à Cheltenham, et comme tous les Anglais, on regardait les King George à la télévision chaque 26 décembre, mais c’ est tout. J’ étais au milieu de trois sœurs et on était toutes passionnées par nos poneys, le concours complet, la chasse à courre… Ma mère était irlandaise et, à la fin de mes études de droit à Londres, j’ ai voulu poursuivre le concours complet. Je me suis alors rendue en Irlande, chez mon oncle, qui était le médecin du père de Willie, Paddy Mullins. » Le début d’ une double histoire d’ amour, pour les chevaux de courses et pour Willie Mullins! Le couple s’ est marié en 1986, l’ année de la victoire de Dawn Run dans la Gold Cup « une époque très spéciale », et Jackie s’ est parfaitement intégrée dans la passion familiale. « J’ ai commencé tard à monter en courses, à 29 ans, mais je me suis bien amusée et j’ ai été championne en 1993 et 1994. J’ aurais adoré participer aux Point-to-Points en obstacle, mais j’ avais déjà l’ âge de la sagesse! J’ ai monté en courses contre Willie, il dit qu’ il ne se souvient pas bien si j’ ai gagné mais je suis certaine que cela est arrivé! »

Des débuts modestes

Loin de la puissance de l’ écurie de Closutton aujourd’ hui, les débuts de Willie Mullins en tant qu’ entraîneur étaient basés sur la débrouille. « Après notre mariage, nous nous sommes

installés dans une ferme avec quelques boxes et Willie a passé sa licence d’ entraîneur. Pour avoir la validation de la licence, il fallait montrer 10 chevaux à l’ entraînement. C’ était avant les puces d’ identification ou les passeports… on a ajouté mon cheval de concours complet et des poulinières pour faire le nombre. Tout a commencé comme ça, c’ est extraordinaire comment cela a grandi! Au début, on faisait tout nous-mêmes. On curait les boxes, montait les lots, conduisait le camion. Il a fallu apprendre à travailler avec d’ autres personnes, à donner des responsabilités, et en fin de compte, c’ est plus facile pour nous aujourd’ hui. J’ ai toujours été présente en coulisses pour faire tourner les rouages. Mon rôle principal en tant que gestionnaire a été d’ établir les procédures de travail et mettre en place des managers et les équipes, courir après les gens pour vérifier que tout roule comme il faut… Au début, je gérais aussi l’ alimentation des chevaux et la partie comptabilité, mais avec les années nous avons mis en place des équipes et des procédures qui sont essentielles pour le fonctionnement de l’ écurie. C’ est grâce à cette équipe que nous pouvons continuer à avancer. »

installés dans une ferme avec quelques boxes et Willie a passé sa licence d’ entraîneur. Pour avoir la validation de la licence, il fallait montrer 10 chevaux à l’ entraînement. C’ était avant les puces d’ identification ou les passeports… on a ajouté mon cheval de concours complet et des poulinières pour faire le nombre. Tout a commencé comme ça, c’ est extraordinaire comment cela a grandi! Au début, on faisait tout nous-mêmes. On curait les boxes, montait les lots, conduisait le camion. Il a fallu apprendre à travailler avec d’ autres personnes, à donner des responsabilités, et en fin de compte, c’ est plus facile pour nous aujourd’ hui. J’ ai toujours été présente en coulisses pour faire tourner les rouages. Mon rôle principal en tant que gestionnaire a été d’ établir les procédures de travail et mettre en place des managers et les équipes, courir après les gens pour vérifier que tout roule comme il faut… Au début, je gérais aussi l’ alimentation des chevaux et la partie comptabilité, mais avec les années nous avons mis en place des équipes et des procédures qui sont essentielles pour le fonctionnement de l’ écurie. C’ est grâce à cette équipe que nous pouvons continuer à avancer. »

Wither Or Which a lancé la machine Mullins

Jackie Mullins se souvient de quelques chevaux qui ont marqué la carrière de Willie: « Le premier a été Wither Or Which, que Willie a monté pour remporter le Champion Bumper à Cheltenham en 1996. À l’ époque, tous les bons chevaux en Irlande étaient vendus rapidement pour rejoindre l’ Angleterre, donc les vainqueurs irlandais au Festival étaient rares. On avait acheté Wither Or Which aux ventes et il a remporté le Bumper pendant le meeting de Noël à Leopardstown par une vingtaine de longueurs. Tout le monde

voulait l’ acheter, à n’ importe quel prix! Mais Willie s’ est dit, « je veux être un entraîneur de chevaux, pas un marchand de chevaux », et il a réussi à vendre trois parts de Wither Or Which et à le garder à l’ écurie, avec la garantie qu’ il allait le monter. Richard Dunwoody a tenté de décrocher la monte, mais Willie n’ a pas cédé et ils ont gagné. C’ était un moment décisif pour nous, car nous avons prouvé que nous étions capables de gagner sur la grande scène. Deux ans plus tard, Florida Pearl est arrivé et la roue a continué à tourner. Nos propriétaires irlandais ont pris confiance et ils ont compris qu’ avec nous, il était possible de réaliser leur rêve. Depuis, nous avons eu une multitude de champions. La victoire dans le Grand National avec Hedgehunter en 2005 était énorme. C’ était un rêve de gagner cette course. Avec 40 partants, tout peut arriver, c’ est comme gagner au loto, et cela nous a apporté une notoriété internationale. » Vingt ans plus tard, Willie Mullins a remporté un troisième sacre dans le Grand National, une victoire qui a ému l’ entraîneur aux larmes. Jackie Mullins se souvient, « Nous étions tellement fiers. La joie que j’ ai ressentie était pour Patrick, pour lui, un amateur, de gagner le Grand National était extraordinaire. C’ est toujours comme un rêve pour moi, je ne me suis pas encore réveillée. »

« J’ AI MONTÉ EN COURSES CONTRE WILLIE, IL DIT QU’ IL NE SE SOUVIENT PAS BIEN SI J’ AI GAGNÉ MAIS JE SUIS CERTAINE QUE CELA EST ARRIVÉ! »

Multiples talents et multi-tâche

Avec tous ces succès, ces records, la célébrité et une armée de chevaux à gérer, beaucoup se seraient transformés, mais selon Jackie, ce n’ est pas le cas de Willie. « Il a moins de cheveux qu’ avant! Quand on s’ est marié il avait une vraie tignasse! À part ça, il n’ a pas changé tant que ça. Il est un travailleur intelligent plutôt qu’ un travailleur acharné, avec une capacité à compartimenter les sujets. Il traite chaque sujet immédiatement, avant de passer au suivant, et quand il a le temps de se reposer, il se repose. Il a hérité de sa mère, Maureen, le don de la communication. Il adore rencontrer, divertir et discuter avec des gens, et cela représente une partie importante du métier d’ entraîneur. Sa mère lui a également transmis son esprit d’ aventure. Il est toujours courageux et il n’ a pas peur de se tromper. Il tente des choses et si cela ne marche pas, il apprendra pour la prochaine fois. Quand on a gagné le Nakayama Grand Jump, par exemple, on était allés une fois avant pour voir et apprendre. Willie a compris le type de cheval qu’ il fallait pour réussir et cela a fonctionné. » Au moment de notre échange, Willie se prépare pour de nouveaux défis. « Il part à la Breeders’ Cup et puis Melbourne… on n’ a pas encore réussi à gagner la Melbourne Cup, mais ce sera peutêtre pour la semaine prochaine! Patrick espérait aller à Del Mar ou à la Melbourne Cup mais on a besoin de lui à l’ écurie. J’ espère qu’ il aura d’ autres occasions! » (N. D. L. R: depuis Willie Mullins a triomphé dans la Longines Breeder’s Cup Turf et a terminé non placé de la Melbourne Cup).

Avec tous ces succès, ces records, la célébrité et une armée de chevaux à gérer, beaucoup se seraient transformés, mais selon Jackie, ce n’ est pas le cas de Willie. « Il a moins de cheveux qu’ avant! Quand on s’ est marié il avait une vraie tignasse! À part ça, il n’ a pas changé tant que ça. Il est un travailleur intelligent plutôt qu’ un travailleur acharné, avec une capacité à compartimenter les sujets. Il traite chaque sujet immédiatement, avant de passer au suivant, et quand il a le temps de se reposer, il se repose. Il a hérité de sa mère, Maureen, le don de la communication. Il adore rencontrer, divertir et discuter avec des gens, et cela représente une partie importante du métier d’ entraîneur. Sa mère lui a également transmis son esprit d’ aventure. Il est toujours courageux et il n’ a pas peur de se tromper. Il tente des choses et si cela ne marche pas, il apprendra pour la prochaine fois. Quand on a gagné le Nakayama Grand Jump, par exemple, on était allés une fois avant pour voir et apprendre. Willie a compris le type de cheval qu’ il fallait pour réussir et cela a fonctionné. » Au moment de notre échange, Willie se prépare pour de nouveaux défis. « Il part à la Breeders’ Cup et puis Melbourne… on n’ a pas encore réussi à gagner la Melbourne Cup, mais ce sera peutêtre pour la semaine prochaine! Patrick espérait aller à Del Mar ou à la Melbourne Cup mais on a besoin de lui à l’ écurie. J’ espère qu’ il aura d’ autres occasions! » (N. D. L. R: depuis Willie Mullins a triomphé dans la Longines Breeder’s Cup Turf et a terminé non placé de la Melbourne Cup).Pour une telle famille de professionnels on peut parier que les occasions ne manqueront pas à l’ avenir.

“L’art de la patience pour construire la réussite! - DAVID CASEY

Par Cécile Adonias

C’ est depuis l’ Australie que David Casey prend le temps de nous parler de lui et de Willie Mullins. Une histoire où la carrière des deux hommes est fortement liée. Confiance et discrétion caractérisent plus de vingt ans de travail commun.

Galorama. Depuis combien de temps travaillez-vous avec Willie Mullins ?  

David Casey. J’ai commencé en 1994 comme apprenti jockey. J’ai fait presque toute ma carrière chez lui, même si je montais également pour d’autres entraîneurs et propriétaires lorsque j’étais jockey. Je me rendais chez Willie deux à trois fois par semaine pour monter les lots le matin.  

G. Comment avez-vous commencé à travailler avec Willie ?  

D. C. À mes débuts, je montais en plat, mais l’entraîneur chez qui je travaillais prenait sa retraite. Il fallait donc que je trouve une nouvelle maison. En discutant, un ami que nous avons en commun avec Willie, m’a indiqué que deux de ses jockeys partaient en Angleterre et qu’il y aurait peut-être une place pour moi au sein de son équipe. Il nous a mis en contact et nous avons commencé comme ça. J’ai débuté dans son écurie alors qu’il avait cinq chevaux. Aujourd’hui, on avoisine plutôt les deux cent cinquante. L’écurie s’est un petit peu développée (rires) ! Cela fait maintenant dix ans que j’ai pris ma retraite de jockey et j’avais déjà anticipé ce changement de carrière. Cinq ou six ans avant de m’arrêter, j’ai discuté avec Willie sur mon avenir et il a indiqué qu’il y aurait toujours une place pour moi dans son équipe. D’autant plus que l’écurie devenait de plus en plus importante, le besoin d’avoir un assistant se faisait sentir. J’ai pris mon poste lorsqu’il a envoyé son premier cheval en Australie pour la Melbourne Cup. Nous avons fini deuxième avec Max Dynamite. C’était un peu une évidence. Je savais comment il entraînait ses chevaux, ce qu’il attend d’eux et de son équipe. Et nous nous connaissions si bien.  

G. Quelle est votre routine quotidienne ?  

D. C. Je suis à l’écurie tous les jours à sept heures. Je fais le tour de tous les chevaux, je vérifie que tout est prêt, qu’il n’y a pas de souci. Je monte ensuite quelques lots et je m’occupe des engagements et des déclarations. Je ne reviens pas l’après-midi, mais je reste toujours joignable.

G. Décrivez Willie Mullins en trois mots :

D. C. Patience, persévérance et loyauté. Willie est très patient avec les chevaux. Il ne les presse pas, et leur donne tout le temps nécessaire. Il est prêt à les attendre. S’il croit que le cheval a du talent, il met tout en œuvre pour qu’il performe. Et il est extrêmement loyal, aussi bien envers ses propriétaires que son équipe. Peu d’entraîneurs ont ces qualités réunies, et cela fait la différence. 
Je pense qu’il tient en partie ses valeurs de son père, auprès duquel il a beaucoup appris, et il s’est inspiré de sa vision. Mais je pense que l’éducation donnée par sa famille et sa mère n’y est pas pour rien non plus. Il cherche toujours le meilleur dans chaque cheval et dans chaque personne. Tout le monde a sa chance et de manière égale. Par ailleurs, il ne s’arrête jamais d’apprendre. Il écoute tout le monde dans la filière et s’en inspire. L’objectif est de continuellement s’améliorer, aussi bien concernant les chevaux que toute son équipe. Il est vraiment très ouvert et prend le meilleur des idées des uns et des autres. Je pense qu’il est aussi important de mentionner que Jackie est un élément important de la réussite, même si elle est moins sur le devant de la scène.

Les casquettes de WILLIE MULLINS

Par Mélodie Janvier

Willie Mullins : le maître de l’obstacle

À 69 ans, Willie Mullins continue de dominer la discipline de l’obstacle. Depuis Closutton, dans le comté de Kilkenny, où il s’est installé à l’âge de 30 ans, il impose son nom comme LA référence absolue de la discipline, tant en Irlande qu’en Grande-Bretagne, mais aussi à l'international. Champion d’Irlande sans interruption depuis 2008, il est devenu, en 2024, le premier entraîneur irlandais en 70 ans à décrocher le titre britannique, titre conservé la saison suivante.
De son premier gagnant, Silver Bachelor (1988), à son 4 000ᵉ succès avec Bronn (2023), Willie Mullins ne cesse de repousser les limites. De Punchestown à Leopardstown, d’Aintree à Cheltenham, où Jasmin De Vaux (2024) lui a offert son 100ᵉ succès, en passant par Auteuil ou encore Nakayama, Willie Mullins a quasiment tout gagné. Il est l’homme des records. Parmi les plus impressionnants, outre son palmarès global et son record à Cheltenham, il détient le record mondial du nombre de victoires de Groupe 1 sur une même saison (39), ainsi que celui de nombre de succès sur une année en Irlande avec pas moins de 257 gagnants (2023-2024).
Son nom restera à jamais associé à Hurricane Fly, crack aux 22 victoires de Groupe 1, dix succès à Leopardstown et double Champion Hurdle. Mais aussi à ceux de Florida Pearl, Rule Supreme, Quevega, Thousand Stars, Faugheen, Un de Sceaux, Footpad, Min, Al Boum Photo, Douvan, Energumene, El Fabiolo, Galopin Des Champs, State Man, I Am Maximus,Lossiemouth et bien d’autres… tant la liste est longue.

De l’obstacle oui, mais aussi du plat

Si l’entraîneur de Closutton compte plus de 4 500 succès à ce jour (au 13 octobre 2025), qui font de lui l’entraîneur le plus prolifique d’Irlande devant son compatriote Aidan O’Brien, on oublie souvent que parmi ceux-ci, il y en a plus de 350 en plat. Le maître irlandais n’est pas « uniquement » le roi de l’obstacle. Parmi ses faits d’armes dans la discipline, la victoire Wicklow Brave dans le Irish St Leger (Gr.1) en 2016 monté par le crack-jockey italien Frankie Dettori, résistant au retour du champion d’Aidan O’Brien Order of St George. En 2024, Vauban lui apporte un second succès dans le Gr.2 Weatherbys Hamilton Lonsdale Cup Stakes de York. Plus récemment, il a fait sien le Sky Bet Ebor Handicap, durant le prestigieux festival du même nom, doté de 300 000 livres au premier, avec Ethical Diamond*sous la selle de William Buick. Épreuve qu’il avait déjà enlevée en 2023 avec Absurde, au nez et à la barbe de John Gosden, et en 2015 avec Max Dynamite. L’homme est un voyageur, et ses plus belles réussites en plat sont probablement celles avec le dernier cité, se classant deuxième puis troisième de « la course qui arrête la nation », la Melbourne Cup, en 2015 et 2017. Si Willie Mullins a frôlé le graal dans la mythique épreuve australienne, il compte deux victoires dans les Queen Elizabeth Stakes (Gr.3) de Flemington, en 2019 et 2020, avec True Self. La fille d’Oscar avait poursuivi sa moisson de victoires internationales en s’emparant, l’année suivante à Riyadh, de la Neom Turf Cup, une course à conditions dotée de 437 000 livres qui a depuis été labelisée Groupe 2 - le « FR » Shin Emperor vient d’enlever la dernière édition quelques mois après sa seconde place dans la Japan Cup. Elle devançait ce jour-là un certain Channel Maker, multiple lauréat de Groupes 1 outre-Atlantique.

Willie Mullins a d'abord été jockey amateur

Comme son fils Patrick après lui, Willie Mullins a d’abord connu une première carrière prolifique de jockey amateur, puisque celui-ci serait détenteur de plus de 500 succès. Il débute en amateur alors qu’il est encore étudiant et signe sa première victoire lors du Festival de Cheltenham en 1982. S’il est titulaire de trois succès à Prestbury Park, il remporte, en 1983, le Foxhunters à Aintree avec Atha Cliath, devenant le premier cheval irlandais à remporter cette épreuve. 13 ans plus tard, Willie Mullins remporte le Cheltenham Bumper associé à Wither Or Which dont il était également l’entraîneur. Dans ce Groupe 1 pour chevaux de 4 à 6 ans, considéré comme l’épreuve la plus prestigieuse dans la spécialité, Willie Mullins y détient également le record du nombre de succès en tant qu’entraîneur, l’ayant remporté à 14 reprises. Et si vous cherchez qui détient le record en tant que jockey, il s’agit là encore d’un « Mullins », le fils, Patrick, s’y est imposé quatre fois.

Les éleveurs Willie & Jackie Mullins

Si la réussite n’est pas comparable à celle en tant qu’entraîneur, la casquette d’éleveurs de Willie et Jackie Mullins n’est pas pour autant à négliger. Sixhills, une jument qui avait été achetée pour courir en Angleterre, s’est révélée blessée à un tendon à son arrivée dans les boxes de la famille Mullins. Ils ont alors fait le choix de la conserver comme poulinière. Pilier de l’élevage de Jackie Mullins, Sixhills compte quatre vainqueurs au festival de Galway dont Mt Leinster, également placé du Gr.1 Pharma Novice Hurdle, tandis que son meilleur produit reste Blackstairmountain. Né en 2005 et issu d’Imperial Ballet, il permettra à la famille de connaître les joies d’une victoire au plus haut niveau au Japon dans le Nakayama Grand Jump 2013, l’une des épreuves d’obstacles les plus riches de la planète. Sixhills a produit sept vainqueurs, dont quatre de Stakes, en plus des deux précédemment cités, Allure Of Illusion, a terminé troisième de Groupe 2 à Aintree.
Autre réussite notable, celle de Ashroe Diamond, élevée par Jackie et entraînée par Willie. Titulaires de 6 victoires en 13 tentatives, dont le Grade 1 Honeysuckle Mares Novice Hurdle à Fairyhouse, elle s’est également classée troisième du Coolmore N.H. Sires Bolshoi Ballet Irish EBF Mares Champion Hurdle (Gr.1), devancée par deux autres pensionnaires de Willie Mullins, et non des moindres puisqu’il s’agissait de Lossiemouth et Gala Marceau. Sa mère, Saine d’Esprit, achetée 15 000 euros lors de la Tattersalls Ireland November National Hunt Sale en 2014, est la demi-sœur du vainqueur du Hennessy Gold Cup, Quel Esprit.

*Depuis, le maître-entraîneur irlandais a remporté, samedi 1 novembre, avec Ethical Diamond, la Breeder’s Cup Turf (Gr.1), sa plus belle réussite en plat.