PÉDAGO
Le moins que l’ on puisse dire c’ est que la petite Romy, fille de l’ entraîneur Céline Lequien et du jockey Damien Thomas, est tombée très tôt dans la marmite des courses. Sa mère montait encore à cheval le 19 juillet 2025 et elle est née, à terme, le 21! Une semaine après être venu au monde, le bébé posait fièrement sur la photo d’ arrivée après la victoire de Gumpchop, entraîné par sa mère, sur le cross du Lion-d’ Angers. Si Céline Lequien a des traits et une blondeur angélique, elle est dure comme un roc. Elle a été la première femme jockey à s’ imposer sur le cross de Craon et a également remporté le Grand Steeple de Nantes. Installée entraîneur à Ombrée-d’ Anjou dès ses vingt-quatre ans, elle comptait déjà dix-neuf victoires pour l’ année 2025 après neuf mois d’ exercice … et malgré neuf mois de gestation! Durant sa grossesse, la jeune femme n’ a jamais cessé d’ entraîner ses chevaux, c’ est-à-dire de les monter sur le plat( et même à l’ obstacle jusqu’ au mois de mai). « Nous sommes en principe deux cavaliers, plus mon conjoint Damien lorsqu’ il peut se joindre à nous. Je monte donc onze chevaux chaque matin. Durant ma grossesse je suis descendue à huit lots par jour. Je n’ avais pas de contre-indication médicale et je me sentais bien. Le plus délicat était de me mettre en selle avec mon gros ventre, j’ utilisais donc un montoir. Une fois à cheval je n’ étais pas gênée, juste plus essoufflée. » Être une femme enceinte galopant sur les pistes a valu à Céline Lequien beaucoup de critiques, qui lui ont rarement été exprimées de vive voix, mais lui ont été rapportées … « Damien et moi nous sentions prêts à avoir cet enfant, même si dans notre métier il n’ y a jamais de moment idéal. L’ écurie tournait bien, et si je n’ avais plus été capable de travailler, j’ aurais pu trouver de l’ aide. Mais seuls mon conjoint et moi étions légitimes pour décider quoi faire. »
Pression économique et psychologique
Il n’ est jamais évident pour une femme chef d’ entreprise, a fortiori dans la filière hippique, de prendre des congés, comme en témoigne Louisa Carberry, trois fois gagnante du Grand Steeple-Chase de Paris( Gr. 1) en tant qu’ entraîneur. Avec son mari Philip, ils sont devenus parents de Sophie, huit ans aujourd’ hui. « C’ est difficile pour les femmes sportives de mettre leur carrière en pause mais on n’ a pas toute la vie pour faire un enfant! Dans nos métiers ce n’ est jamais vraiment le bon moment … J’ ai cessé de sauter mes chevaux dès que j’ ai réalisé que j’ étais enceinte, à quatre mois de grossesse, mais j’ ai continué à monter jusqu’ au septième mois. On est consciente qu’ il y a un risque, car même le plus gentil des chevaux peut trébucher, mais on sait aussi ce dont on est capable. J’ ai pris vingt kilos et j’ ai subi une césarienne donc je n’ avais plus d’ abdominaux. J’ ai recommencé à monter trois ou quatre semaines après la naissance de Sophie, j’ ai eu du mal à me remettre en forme. » Pour ces femmes exposées, qu’ elles soient entraîneur ou jockey, la pression mentale ne retombe pas lorsqu’ elles sont enceintes ou en congés maternité ou maladie. C’ est même l’ inverse qui se produit. « Juste après mon accouchement, mes chevaux ont eu un très mauvais weekend sur les hippodromes, raconte Louisa. Des clients essayaient de me
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