PARTIE 3 | FREDDY HEAD ET LA DYNASTIE FAMILIALE
CHRISTOPHER HEAD
Par Serge Okey
« Un père et un mentor »
Aurélien Lemaître, Freddy et Christopher Head.
© APRH
Derrière le nom de Freddy Head, son fils Christopher distingue deux hommes en un: le mentor et le père. Plus qu’ un témoignage, un véritable hommage, profond et sincère.
« Impartial et juste »
J’ ai eu la chance d’ accompagner mon père pendant douze des plus belles années de sa carrière d’ entraîneur, comme cavalier dans son équipe. Goldikova, les trois Breeders’ Cup Mile … Les grandes victoires qui ont fait sa renommée, il les a traversées sous mes yeux. Un privilège. Très peu d’ hommes dans ce métier ont la dimension de Freddy Head. Avoir pu travailler à ses côtés pendant douze ans est, encore aujourd’ hui, l’ une des plus grandes chances de ma vie professionnelle. Mon père dirigeait alors une équipe qui lui était fidèle de longue date. La majorité de ces hommes avaient travaillé chez François Boutin et l’ avaient vu en selle, dans ses années de jockey. Ils savaient ce qu’ il valait, et leur respect – un respect gagné en course, course après course – donnait à son écurie une atmosphère que peu de maisons possèdent. Au milieu d’ eux, mon père s’ est toujours montré impartial et juste: c’ est cette droiture, plus que toute autre chose, qui définissait sa manière de diriger. Mon père n’ est pas un homme qui explique. Il est de cette génération – celle d’ Alec et celle de William avant lui – qui montre, qui corrige sur l’ instant, et qui passe au cheval suivant. On apprend en suivant le rythme ou on n’ apprend pas. On y apprend ce qu’ on n’ apprendra nulle part ailleurs.
« La justesse »
« Ce qui l’ a porté toute sa carrière d’ entraîneur, c’ est la justesse, cette qualité que peu de gens perçoivent et que les hommes du métier reconnaissent au premier coup d’ œil. Voir, devant un cheval qui marche, jusqu’ où il peut aller.
Reconnaître la qualité d’ un très bon quand elle se présente. Et surtout, savoir le conduire dans les meilleures courses sans surcharger sa saison. Un entraîneur peut entraîner, un grand entraîneur sait placer. Cette différence-là, on la mesure dans les vraies carrières: celles de Goldikova, Solow, Moonlight Cloud, Marchand d’ Or et bien d’ autres … Mon père fait partie de ceux qui possèdent ce don.
« Sa qualité d’ homme dépasse ses mérites d’ entraîneur »
Travailler dans l’ équipe d’ un homme, c’ est aussi une manière de le connaître. À l’ écurie, son caractère se révèle: ce qu’ il défend, ce qu’ il refuse, sa manière de traiter ses lads, ses cavaliers, ses propriétaires. Ce que j’ ai vu chez mon père, en douze ans, m’ a marqué bien au-delà du métier. Sa qualité d’ homme dépasse ses mérites d’ entraîneur, et pourtant ceux-ci sont déjà immenses. Dans les pires moments d’ une saison, et tout entraîneur en traverse, il savait réinsuffler de l’ espoir à ses équipes. À l’ écurie comme sur les champs de courses. C’ est une forme d’ autorité tranquille, profondément humaine, qui ne s’ apprend dans aucun manuel et que peu d’ hommes possèdent. C’ est cette aura-là qu’ on garde, plus encore que les « Arcs » ou les Breeders’ Cup.
« La plus grande fierté de ma carrière »
Mon père a arrêté d’ entraîner, mais sa manière de regarder les chevaux n’ a pas changé. Entraîner après lui est la plus grande fierté de ma carrière. Ces douze années à ses côtés m’ ont laissé un métier, une admiration intacte, et la chance rare d’ avoir connu un homme tel que lui.
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