Freddy Head aura été entraîneur pendant un quart de siècle, s’ installant à Gouvieux (Oise) en 1998, après avoir raccroché ses bottes de jockey quelques mois plus tôt, et se retirant à la fin de l’ exercice 2022, à l’ âge de 75 ans. Si 42 victoires de Groupe 1 sont à son palmarès d’ entraîneur, cela est d’ autant plus remarquable que celles-ci ont été enregistrées sur une période de douze ans seulement, de 2006 à 2018.
Une progressive montée en puissance
Le succès s’est fait un peu attendre, en effet, mais dès lors qu’il se fit jour, il se démultiplia. Dans une interview accordée à la revue Jours de Cheval, à l’automne 2018, Freddy Head analysait : « J’ai commencé petitement, sans grands propriétaires, avec une vingtaine de chevaux. Dans les premiers temps, j’ai eu du mal. Il m’a fallu faire mes preuves. J’étais un peu attendu au tournant ! De la sorte, je n’ai gagné ma première course de Groupe qu’en 1999, au mois de septembre, avec le futur champion en obstacle Northerntown. C’était dans le Prix de Lutèce, à Longchamp, pour le compte des frères Wertheimer. Après quoi, j’ai dû patienter sept ans pour m’octroyer mon premier Groupe 1, par l’entremise de Marchand d’Or, dans le Prix Maurice de Gheest, à Deauville. »
Un chef-d’œuvre nommé Goldikova
Marchand d’Or offrira quatre autres Groupe 1 à Freddy Head, soit deux Prix Maurice de Gheest supplémentaires, le Qatar Prix de l’Abbaye de Longchamp et la Darley July Cup, en Angleterre. C’était un roi du sprint, comme Goldikova fut, parallèlement, reine sur le mile. C’est, quant à elle, la bagatelle de 14 succès de Groupe 1 qu’elle fera tomber dans l’escarcelle de son mentor : 3 Breeders’ Cup Mile, 4 Prix Rothschild, 2 Prix d’Ispahan, le Prix Jacques Le Marois, le Prix du Moulin de Longchamp, le Qatar Prix de la Forêt, les Queen Anne Stakes ou encore les Falmouth Stakes. Excusez du peu ! Moonlight Cloud et Solow furent les autres collectionneurs de Groupe 1 de Freddy Head, la jument en gagnant six, dont 3 Prix Maurice de Gheest, comme Marchand d’Or, complétés par le Prix Jacques Le Marois, le Qatar Prix du Moulin de Longchamp et le Qatar Prix de la Forêt, tandis que le hongre en remportera 5, en France, à la faveur du Prix d’Ispahan, et, surtout, à l’étranger, où il enleva, tour à tour, le Dubai Turf, les Queen Anne Stakes, les Sussex Stakes et les Queen Elizabeth II Stakes.
« J’ai eu la chance de rencontrer des sujets de qualité, d’exception même. On dira ce que l’on voudra, mais ce sont les bons chevaux qui font les bons entraîneurs, non l’inverse. » Freddy Head
Modeste, Freddy Head confessera, en fin de carrière : « J’ai surtout eu la chance de rencontrer des sujets de qualité, d’exception même. On dira ce que l’on voudra, mais ce sont les bons chevaux qui font les bons entraîneurs, non l’inverse. Quand vous avez dans vos effectifs une Goldikova, une Moonlight Cloud, un Marchand d’Or ou un Solow, cela devient tout de suite beaucoup plus simple ! »
Autour du quatuor
En plus de son fameux quatuor, Freddy Head a eu sous sa coupe 9 autres gagnants de Groupe 1, s’agissant, par ordre alphabétique, de Call The Wind (Qatar Prix du Cadran), Charm Spirit (Queen Elizabeth II Stakes, Qatar Prix du Moulin de Longchamp, Prix Jean Prat), Galikova (Qatar Prix Vermeille), Naaqoos (Prix Jean-Luc Lagardère), Polydream (L’Arc Prix Maurice de Gheest), Queen’s Jewel (Coolmore Prix Saint-Alary), Tamayuz (Prix Jacques Le Marois, Abu Dhabi Sorouh Prix Jean Prat), We Are (Prix de l’Opéra Longines) et With You (Prix Rothschild). Si ce sont, beaucoup, les pouliches et les juments qui ont jalonné la carrière de Freddy Head – celle de jockey, comme celle d’entraîneur –, c’est avec un hongre qu’il a fermé le ban de ses succès majeurs, à savoir le susnommé Call The Wind, vainqueur de l’édition 2018 du Qatar Prix du Cadran. De même, lui qui eut surtout des sujets de vitesse, c’est avec un stayer que, singulièrement, il dit au revoir.
Par Paul Casabianca
La reine de Deauville
À l’écriture de ses neuf lettres, les souvenirs ressurgissent. Les émotions aussi. Irrésistible, sensationnelle, inoubliable, unique, légendaire, historique… Les superlatifs ne manquent pas pour la décrire. Goldikova, c’est l’histoire d’une union (royale) entre Anabaa et Born Gold, une poulinière en or, mère de 8 black type. Née le 15 mars 2005, la représentante de la casaque Wertheimer & frère, pur produit maison, a construit sa légende à Chantilly par une victoire, le 17 septembre 2007. Une année de 2 ans conclue par un doublé. 2008 marque le début de la consécration : 7 courses, 3 victoires de Groupe 1 avec un triptyque Rothschild – Moulin de Longchamp – Breeders’ Cup Mile. De ParisLongchamp à Santa Anita en passant par Ascot, partout où elle s’est rendue, la reine du Mile (mais pas que) a laissé une empreinte indélébile. Il faudrait une bible pour narrer sa carrière d’exception, marquée par 14 victoires au plus haut niveau, dont un triplé historique dans la BC… oui, la Breeders’ Cup Mile (Gr.1). Le 5 janvier 2021, la reine, âgée de 16 ans, a rejoint le pays des cieux. Le mot de la fin revient à ceux qui l’ont vue naître, grandir, rayonner. « Goldikova restera dans nos mémoires comme la meilleure jument de course de l’écurie… rappellera la famille Wertheimer dans un communiqué. Merci championne, et puisse ton nom résonner encore très longtemps. »
la reine de Deauville
Comme tout un symbole, Moonlight Cloud a fait tomber le record de la légendaire Goldikova dans le Prix Jacques Le Marois 2013 (Gr.1) de 11 centièmes. Un titre honorifique pour un record historique qui n’est pas près de tomber. Moonlight Cloud, c’était une jument hors norme, adepte de la course d’attente avec une pointe de vitesse ahurissante et un changement de vitesse foudroyant. Son doublé Prix Maurice de Gheest – Prix Jacques Le Marois en 2013, réalisé à une semaine d’intervalle, lui vaudra le titre de reine de Deauville. Une reine battue une seule fois sur l’hippodrome de la Touques, en six sorties publiques. Contrairement à la championne Goldikova, son talent et son aura n’auront pas dépassé nos frontières, mais son palmarès se passe de commentaires : 20 courses, 12 victoires dont 6 au niveau Groupe 1.
à jamais son premier
Chacun s’accorde à dire qu’une première, quelle qu’elle soit, ne s’oublie pas. Et ce n’est certainement pas Freddy Head qui nous contredira. « On côtoie l’exceptionnel », souligna le principal intéressé en parlant de celui qui lui offrit, le 6 août 2006 à Deauville, le premier Groupe 1 de sa carrière d’entraîneur. Marchand d’Or débuta sa carrière à 2 ans, à réclamer (incroyable mais vrai), mais gravit rapidement les échelons. Castré à l’automne 2005, c’est à 3 ans qu’il perdit son statut de maiden, avant de prendre du black type majuscule à ParisLongchamp, et de devenir un flyer – et un sprinteur – de tout premier plan. Élevé et propriété des époux Giral, ce fils de Marchand de Sable et de Fedora, facilement reconnaissable grâce à sa jolie robe grise, fera de Deauville son terrain de jeu favori, remportant trois fois de rang le Prix Maurice de Gheest (de 2006 à 2008). À ParisLongchamp et Newmarket, Marchand d’Or décrocha en 2008 la July Cup (Gr.1) et le Prix de l’Abbaye de Longchamp (Gr.1). Une carrière riche en succès (12) qui se termina à l’âge de 8 ans, le 16 septembre 2012.
un champion invincible
Lorsque l’on regarde la carrière de Solow (Singspiel), connu pour ses 5 victoires de Groupe 1, ses plus de 4 millions d’euros de gains, et son titre de meilleur cheval d’âge européen en 2015, un chiffre saute aux yeux : 571. Comme le nombre de jours passés dans la peau d’invincible, du 11 août 2014 au 3 mars 2016, date de son départ à la retraite. Une longévité remarquable pour le représentant Wertheimer & frère, qui s’est révélé tardivement, à l’âge de 3 ans, après une castration bénéfique à l’image d’un certain Marchand d’Or. Ce joli gris, lui aussi, réussit l’exploit de gagner sur 1 600, 2 000 et 2 400 mètres. Une polyvalence rare, à l’image de son talent et de son accélération dévastatrice. Sacré meilleur miler au monde en 2015, dans les Queen Anne Stakes (Gr.1) à Ascot, Solow conclut sa carrière par une dixième victoire de rang, à Chantilly, à l’âge de 6 ans.
le meilleur 3 ans d’Europe
Aussi précoce que son père, Invincible Spirit, et que sa mère, L’Enjoleuse, Charm Spirit a perdu son statut de maiden au même âge que son père, à 2 ans. Une précocité jumelée à une combativité exceptionnelle pour ce triple lauréat de Groupe 1. Invaincu sur le sol français en 2014, sa seule défaite, cette année-là, aura pour cadre l’hippodrome de Newmarket (5e des 2000 Guineas). Au lendemain de son sacre dans les Queen Elizabeth II Stakes (Gr.1), à Ascot, celui qui décrocha le titre de meilleur miler européen à 3 ans quitta la scène au sommet de sa gloire. « C’est vraiment un cheval extraordinaire », lança Freddy Head à son sujet. Brillant sur la piste, le vainqueur du Prix Jean Prat (Gr.1) 2014, l’est aussi au haras. Entré au haras en 2015 à l’âge de 4 ans, ce jeune étalon, qui transmet vélocité et précocité, a signé sa première victoire de Groupe dès sa production initiale, par le biais d’une certaine Yourtimeisnow
Par Emmanuel Rivron
Galorama. Jockey attitré de la championne hors catégorie de ce début de XXIe siècle, comment qualifieriez-vous Goldikova ?
Olivier Peslier. Goldikova est le cheval que tout propriétaire ou entraîneur rêve d’avoir. En général, les bons éléments ont une carrière assez courte au galop, au contraire du trot. Mais les frères Wertheimer avaient décidé de la garder en compétition : ça a été vraiment top pour nous professionnels, comme pour ses nombreux supporters. C’était vraiment la cerise sur le gâteau de pouvoir profiter pleinement de toute sa classe sur plusieurs saisons.
G. Quelle victoire de Goldikova vous a particulièrement marqué ?
O. P. Sans dénigrer les 13 autres Groupe 1 qu’elle a remportés, le Prix Jacques Le Marois 2009 reste une de ses plus belles victoires à mes yeux. C’était à Deauville, à quelques kilomètres du haras de ses éleveurs. On courait à domicile, devant ceux qui l’avaient élevée, nourrie. Toute l’équipe du haras était présente : c’était un grand moment, et elle le faisait tellement facilement. Il y avait également un énorme engouement dans les tribunes, dans une atmosphère très familiale. Ce n’était certes pas la ferveur que j’ai pu connaître quand j’ai gagné l’Arima Kinen devant 180 000 personnes au Japon, mais Goldikova avait beaucoup de fans.
G. Comment était Goldikova au quotidien ?
O. P. Elle avait son caractère, il faut bien le reconnaître. Elle avait d’ailleurs mis un coup à Freddy. Au galop de chasse, elle ne payait pas de mine, mais une fois qu’elle était partie, elle y allait. Elle était montée le matin par Thierry Blaise, ancien jockey. Freddy avait une superbe équipe. J’ai toujours eu confiance en Freddy.
G. Comment définiriez-vous Freddy Head ?
O. P. Freddy c’est MONSIEUR ! J’ai un très grand respect envers lui. Il était entraîneur comme il était jockey. Jamais un mot plus haut que l’autre. J’avais couru contre lui quand il était encore dans les pelotons et c’était simple avec lui. Personnellement, je trouve que l’on n’a pas la même relation avec un entraîneur ancien jockey. La connexion se fait plus naturellement ; il y a des mots que l’on n’a pas besoin de prononcer.
G. Même si Goldikova fut battue par Zarkava dans la Poule d’Essai, vous avez enlevé ces prestigieuses épreuves à six reprises, pouliches et poulains confondus. Que représentent ces deux courses ?
O. P. Pour les Pouliches, c’est le Prix de Diane avant l’heure. Personnellement, je préfère les Poules d’Essai sur la ligne droite de Deauville. C’est dommage de disputer les préparatoires que sont les Prix Djebel et Imprudence sur un tracé rectiligne et les Poules sur un parcours avec tournant. Ce n’est pas du tout le même sport. Les numéros de corde jouent un rôle hyper important pour les Poules d’Essai, ce qui donne un côté aléatoire à ces Groupe 1.
G. Comment se passe la vie d’Olivier Peslier néo-retraité ?
O. P. Ça se passe très bien. Je monte tous les mardis chez Antoine de Watrigant. Je fais une bonne matinée à chaque fois parce que j’aime ça. Même si je ne monte pas les chevaux en course, ça fait plaisir de les voir briller en compétition après
Par Paul Casabianca
GALORAMA. En tant que jeune jockey, vous avez eu comme adversaire un certain Freddy Head dans les pelotons...
Davy Bonilla. C’est exact. J’ai rencontré Freddy Head pour la première fois dans les vestiaires, en tant que jockey. Je débutais dans la profession, alors que lui était une star, un peu comme l’était Yves Saint-Martin. Il était assez discret, dans le sens où ce n’était pas quelqu’un qui allait vers les jeunes. Il y avait quand même une distance entre les jeunes jockeys et les anciens. On ne se mélangeait pas à l’époque. Il était discret, mais pas désagréable.
G. Après l’avoir côtoyé dans les pelotons, Freddy Head deviendra votre patron quelques années plus tard. Comment était-il au quotidien ?
D. B. Nous avons toujours eu de très bonnes relations. J’ai travaillé pour lui une quinzaine d’années, tout en étant également son gendre. Freddy était un entraîneur assez pragmatique, exigeant sur le plan professionnel, mais aussi très réaliste. J’ai eu la chance de monter les bons chevaux de l’écurie avec Olivier Peslier, qui était associé aux chevaux des frères Wertheimer.
G. Parmi les bons chevaux de l’écurie, on peut citer Marchand d’Or, avec lequel vous avez remporté 5 Groupe 1, dont la July Cup. Est-ce le meilleur cheval de votre carrière ?
D. B. Marchand d’Or était un cheval exceptionnel, mais il était très compliqué le matin à l’entraînement. Il était difficile à canaliser à 2 ans. Aurélien Malenfant a vraiment fait du très bon travail avec lui. Je l’ai monté pour la première fois à 3 ans, quand il est revenu à l’écurie après castration. Il avait évolué dans le bon sens. Je me souviens de sa première victoire à Compiègne avant de monter les échelons. Il faisait partie des meilleurs sprinteurs d’Europe, j’ai vraiment vécu une grande épopée, mais l’écurie de Freddy Head tournait fort à cette époque. Tout était très bien huilé et très bien orchestré.
G. Après toutes ces années passées avec Freddy Head, avez-vous une anecdote à nous raconter ?
D. B. Nous avons vécu de belles et grandes émotions ensemble. Durant la période où j’étais son gendre, nous ne parlions pas toujours de courses, mais nous y revenions souvent. Il y a eu de belles histoires. Je me souviens, le jour de la July Cup (Gr.1) à Newmarket, en 2008, nous n’étions que tous les deux. Nous étions arrivés très tôt à l’hippodrome et nous avions marché ensemble sur la piste, Freddy me rappelait sa victoire avec Anabaa dans cette même épreuve, 22 ans plus tôt. Je sentais que cela avait marqué sa carrière. On savait qu’avec Marchand d’Or, on avait une chance de la remporter à nouveau.
Nous étions très confiants avant le coup, mais cela reste une course, une course mythique face aux Britanniques. Ce jour-là, le plan ne s’est pas déroulé comme prévu, mais nous avons gagné. Freddy m’a raconté après coup qu’il avait eu très peur. Je l’ai senti un peu tétanisé, mais nous l’avions fait. Il y a toujours de la pression pour ce genre de course, comme avec Tamayuz, avec lequel nous avons remporté le Prix Jacques Le Marois (Gr.1) à Deauville, en présence du Cheikh Hamdan Al Maktoum. Il ne fallait pas se manquer, mais dans l’ensemble, même si nous avons connu des déceptions comme tout le monde, nous avons vécu de très grands moments.
G. Cela fait 2 ans que vous apparaissez dans la colonne des entraîneurs. Avez-vous gardé l’empreinte de Freddy Head ?
D. B. Durant ma carrière de jockey, j’ai eu la chance de monter de très bons chevaux entraînés par de grands professionnels, comme Bernard Sécly, Robert Collet, à la grande époque. J’ai aussi beaucoup travaillé pour Tony Clout et Alain de Royer-Dupré. J’essaie de mettre en pratique ce que j’ai appris à leurs côtés et de prendre le meilleur de chacun, avec évidemment la patte de Freddy Head. J’ai toujours gardé un lien avec la famille Head, j’entraîne d’ailleurs Dempy, qui est issu du haras du Quesnay. J’ai également à l’écurie Idée de Cheval, qui défend l’élevage et les couleurs de la famille Giral, les propriétaires de Marchand d’Or. Jean-Louis Giral est malheureusement décédé. Cela me ferait évidemment chaud au cœur de gagner pour eux en tant qu’entraîneur.
Par Emmanuel Rivron
GALORAMA. Quand votre chemin et celui de Goldikova se sont-ils croisés ?
Thierry Blaise. Je suis devenu son cavalier d’entraînement à la fin de ses 2 ans, alors qu’elle était invaincue en deux sorties. Quand les yearlings arrivent à l’écurie, les cavaliers en ont chacun un généralement. Et lorsque l’entente est bonne entre le cavalier et le yearling, ça reste ainsi à la liste. Au début, Goldikova était banale et légère. Mais quand elle a commencé à courir, son caractère est un peu ressorti et elle donnait un peu de difficulté à sa cavalière. Elle faisait l’imbécile. Deux ou trois autres personnes l’ont ensuite montée et, un jour, elle est arrivée dans ma liste, moi qui travaillais pour Freddy Head depuis quelques mois seulement.
G. Comment était Goldikova au quotidien ?
T. B. Elle avait du caractère, comme tous les bons chevaux, mais ce n’était pas de la méchanceté. Elle était tellement bien et gaie qu’il fallait être sur ses gardes. Elle m’a juste fait tomber 4 fois en 4 ans. Au box, je la connaissais bien mais je faisais attention. Même le patron et le premier garçon pouvaient vite se retrouver en dehors du box : il fallait vraiment prendre des pincettes avec elle. Plus les années passaient, plus elle s’endurcissait, avec plus de caractère. Elle prenait de la carrure physiquement et ne se laissait pas faire.
G. Étiez-vous des voyages autour du monde avec Goldikova ?
T. B. Bien sûr. Grâce à elle, j’ai pu découvrir des hippodromes mythiques. C’est le rêve de tout cavalier d’entraînement de faire ce genre de voyages. Quand elle courait outre-Manche, comme à Ascot et Newmarket, nous y allions deux jours avant la course, mais quand c’était aux États-Unis, nous y restions une dizaine de jours, ce qui nous laissait le temps de découvrir une nouvelle façon d’entraîner. Tout se passe sur les hippodromes aux États-Unis. C’était génial de la travailler à Santa Anita et à Churchill Downs. Les Européens sortent à la même heure, font leurs travaux, et dès que c’est fini, il faut sortir des pistes car tout s’enchaîne. C’est très millimétré, à l’américaine. Nous y allions pour gagner les plus belles courses au monde. C’était assez excitant. Chaque année, ses propriétaires la laissaient à l’entraînement, ce qui nous a permis de vivre de telles expériences.
G. Vous a-t-elle fait quelques frayeurs au cours de ses voyages ?
T. B. Goldikova avait peur d’entrer dans les boîtes depuis le Prix du Moulin de Longchamp (Gr.1) à la fin de ses 3 ans. Ce jour-là, elle avait un numéro côté corde et avait fait un écart à l’ouverture des stalles. Quelques semaines plus tard, pour sa première aux États-Unis, elle a commencé un peu à se cabrer devant les boîtes de Santa Anita, ce qui était inquiétant, car les Américains sont quand même moins patients que les Français. Mais, comme les stalles y sont plus larges qu’en France, elle a pu y entrer. À Churchill Downs, Goldikova était tellement à l’affût qu’elle avait marqué un temps d’arrêt pour entrer dans le rond. Dès qu’elle voyait quelque chose d’anormal, il fallait s’en méfier, car elle aurait pu faire des bêtises. Une fois qu’elle avait pris ses repères, ça allait. Goldikova a été le premier cheval au monde à gagner 3 Breeders’ Cup. Je ressentais cet engouement. Elle avait quitté la scène en étant applaudie lors de sa dernière course à Churchill Downs, comme elle l’avait aussi pu l’être en Angleterre ou en France durant sa carrière. Elle n’avait plus le même coup de reins lors de ses dernières courses, mais avait rejoint le haras en forme et en bonne santé : c’était bien là le principal.
Par Serge Okey
GALORAMA. Avec Freddy Head, vous êtes amis depuis un demi-siècle…
David Smaga. Oui, Freddy était déjà Cravache d’or et moi je commençais dans le métier. J’étais l’assistant de Maurice Ziber quand il remportait le Jockey Club 1976 avec Youth. On a vite été très copains. Tous les matins, on prenait le café ensemble. Le soir, on aimait se retrouver à dîner. On a gagné beaucoup de courses ensemble, on partait régulièrement en vacances…
G. Comment le décririez-vous en tant qu’ami ?
D. S. Je l’adore ! Outre le fait d’être doué, sa grande qualité, c’est l’intelligence. Et puis c’est quelqu’un de très travailleur. Il n’arrivait pas en sifflotant. Il avait une vraie hygiène de vie. Cela ne l’empêchait pas de faire quelques écarts ni d’être drôle. Avec moi, il pouvait se lâcher (rires).
G. Sa fille Victoria laisse entendre que vous auriez sous le coude de nombreuses anecdotes…
D. S. Allez, j’ai une histoire drôle. C’est vieux, ça remonte à Évry : il montait un cheval pour moi avec le 19 à la corde. C’était en fin d’année, tout le monde venait en dehors, mais j’ai décidé d’une nouvelle tactique. Je lui ai dit : « Tu vas reprendre et plonger à la corde. » Ce à quoi il m’a répondu : « T’es un malade ! » Je lui ai dit : « Si tu perds, tu diras que c’est la faute de l’entraîneur. » Il a pris la corde et gagné de 100 mètres en levant les bras comme s’il venait de gagner « l’Arc ». Dans le vestiaire, il a jeté sa selle et dit : « Encore une à montrer dans les écoles. » Ça, c’est tout Freddy (rires).
G. Alec Head était votre parrain : reconnaissiez-vous beaucoup Freddy en lui ?
D. S. Déjà, physiquement, ils se ressemblaient (rires). Ils avaient tous les deux le souci du détail, le coup d’œil, la passion de l’élevage, des qualités qui perdurent dans la famille Head. J’ai toujours appelé Alec Head « Monsieur », tout en le vouvoyant. Il m’inspirait un profond respect.
G. Christiane raconte que son frère était très sportif. Vous qui avez manqué de devenir footballeur, vous faisiez beaucoup de sport ensemble ?
D. S. Il avait acheté une paire de chaussures de foot au début des années 1980, mais je ne suis pas sûr qu’il les a portées une seule fois (rires). Il skiait très bien en revanche. J’ai une anecdote au sujet de son grand-père William. On le cherchait partout chez Freddy. À 90 ans, on l’a retrouvé en train de jouer au tennis avec ses petits-enfants.
G. Un mot sur sa carrière ?
D. S. Il a prouvé qu’il était devenu aussi bon entraîneur que jockey. Au début, ça a été un peu compliqué, mais au fur et à mesure, il est devenu l’un des tout meilleurs entraîneurs. Je ne l’entendais pas parler de challenges. Mais chaque fois qu’une course se terminait, il voulait déjà gagner la suivante.
Par Emmanuel Rivron
Ils ont beau être d’ une génération différente, l’ entente s’ est tout de suite faite entre les deux hommes. « Je n’ ai pas eu de relations extraprofessionnelles avec Freddy Head, mais pendant toutes ces années, le contact a été très agréable. Avec M. Head, c’ était simple, explique Maxime Guyon. J’ ai commencé mon contrat de premier jockey de l’ écurie Wertheimer & frère en 2015, et quoi de mieux que de tomber sur Solow. Ses meilleures performances n’ ont duré qu’ un an, mais quelle année! Avec lui nous avons voyagé. À Dubaï, en Angleterre. J’ ai ressenti l’ affection du public pour ce cheval. » Déjà performant à l’ âge de 4 ans, c’ est à 5 ans que Solow a démontré toute l’ étendue de sa classe. Le fils de Singspiel a remporté ses dix dernières courses, dont pas moins de 5 Groupe 1 consécutifs: la Dubai Turf à Meydan, le Prix d’ Ispahan à ParisLongchamp, les Queen Anne Stakes à Royal Ascot, les Qatar Sussex Stakes à Goodwood, ainsi que les Queen Elizabeth II Stakes sur l’ hippodrome de l’ ancienne reine d’ Angleterre. Mais les succès de Groupe 1 ne s’ arrêtent pas là pour le tandem Guyon- Head. Toujours en 2015, vient la victoire dans le Pour Moi Coolmore Prix Saint-Alary en selle sur Queen’s Jewel et trois ans plus tard dans l’ Arc Prix Maurice de Gheest sur Polydream. « Comme entraîneur, Freddy Head aimait que ses chevaux soient montés de l’ avant. Ce qui pour moi, jockey, rendait la tâche beaucoup plus facile. Bénéficier de ses montes était extraordinaire car je ne subissais pas la course. »
LES 17 GROUPES DE L’ASSOCIATION Maxime Guyon et Freddy Head
Polydream
l’Arc Prix Maurice de Gheest Gr.1 2018
Shadwell Prix du Calvados Gr.3 2017
Prix du Palais-Royal Gr.3 2018
Prix de la Porte Maillot Gr.3 2019
Solow
Queen Elizabeth II Gr.1 2015
Qatar Sussex Stakes Gr.1 2015
Queen Anne Stakes Gr.1 2015
Prix d’Ispahan Gr.1 2015
Dubai Turf Gr.1 2015
Queen’s Jewel
Pour Moi Coolmore Prix Saint-Alary Gr.1 2015
Prix Pénélope Gr.3 2015
Adhamo
Prix La Force Gr.3 2021
Devil
Prix Éclipse Gr.3 2019
Gold Luck
Prix Vanteaux Gr.3 2017
Terrakova
Prix Cléopâtre Gr.3 2017
Yakaba
Prix d’Arenberg Gr.3 2015