Par Marie-Hélène Blanchet
Au cœur des herbages de l’ élevage de Beaufour, grandissent aussi bien des chevaux de sport que des chevaux de course. Derrière eux, une attention de tous les instants: celle d’ Éric Levallois, présent à toutes les étapes de leur évolution, du choix des croisements à la naissance, de la formation jusqu’ à la compétition. ses quatre structures réparties sur 300 hectares, l’ élevage met tout en œuvre pour accompagner les chevaux dans les meilleures conditions, en veillant constamment au respect de leur bien-être physique et mental. Les premiers poulains « de Beaufour » sont nés en 2010. Sur 20 poulains, 18 étaient à vocation sport, et 2 issus de trotteuses. Cette année, 50 naissances sont prévues pour le sport et 4 pour les courses (initialement 14 poulains étaient prévus, mais 10 ont été vendus avant). « J’ai la passion des chevaux de sport comme des chevaux de course, explique Éric Levallois. J’ aime la stratégie des courses, mais aussi voir l’ évolution des chevaux. Les courses, c’ est un autre univers, et je pense que c’ est aussi pour ça que ça m’ intéresse. J’ ai toujours aimé les trotteurs, même quand j’ étais chez mes parents ».
Tous les poulains sont élevés ensemble, indépendamment de la discipline à laquelle ils seront destinés plus tard. « C’ est pareil, il faut en prendre soin. Il faut faire attention aux aplombs, à la nourriture …, détaille l’ éleveur. Quand je commence à faire sauter les chevaux de concours, vers 1 an, les trotteurs et les pur-sang sautent aussi. À cet âge, c’ est juste de l’ éducation. On leur apprend à tourner à main droite, à main gauche. On leur fait passer des barres au sol. C’ est juste pour leur apprendre un petit peu le futur. Je n’ en ai pas 50, mais j’ aime bien m’ occuper de l’ entraînement des trotteurs. C’ est mon petit moment détente. J’ avais une autre trotteuse de qualité, qui est maintenant poulinière. Lorsqu’ elle était à la maison, c’ est moi qui l’ entraînais, j’ allais sur les pistes ou j’ allais à la plage avec. » Éric Levallois a déjà fait naître des chevaux qui se sont particulièrement distingués dans le jumping comme dans le trot. « J’ ai eu la chance de faire naître Élie de Beaufour, un super trotteur qui a gagné de très belles épreuves. Pour moi, c’ est une fierté. C’ est sûr qu’ il y a des courses qui sont plus ou moins prestigieuses. Mais déjà, de gagner, ça fait plaisir. Il y a aussi eu Joligirl Beaufour, qui a remporté 6 courses. Je prends autant de plaisir à voir Dynastie de Beaufour gagner un Grand Prix de jumping que d’ aller voir mon cheval enlever une belle course à Vincennes. Le trotteur, ça prend les tripes. Il faut vraiment vivre la chose pour le pour le savoir. » Chaque discipline a ses émotions et ses événements phares. « Dans les chevaux de selle, quand tu élèves des chevaux qui font bien sur des grands prix internationaux 5*, c’ est quand même le summum. Mais déjà, de produire de bons chevaux, ça me va. Non seulement ça fait plaisir, mais ça concrétise un peu tout le travail que tu as investi, le temps passé, les réflexions sur les croisements, etc. C’ est une satisfaction. Dans le trot, c’ est pareil, c’ est une satisfaction et un remerciement au travail. Mais sportivement, il faut vraiment avoir un cheval qui gagne à Vincennes dans sa vie. Le nombre de gens que tu vois pleurer à Vincennes, quand leur cheval y gagne une course, c’ est impressionnant. »
La qualité des terres normandes pour l’ élevage est reconnue de longue date. « Je pense qu’ il y a des régions comme la Normandie, avec les départements de la Manche, du Calvados et de l’ Orne, qui sont plus propices pour élever des chevaux. Pour le squelette du poulain, être dans une région favorable à leur bon développement est la base de la réussite d’ un élevage. L’ importance de la qualité des terres d’ élevage joue énormément. J’ ai, par exemple, une parcelle qui les fait bien grandir. Dedans, j’ ai des chevaux qui sont assez “éclatés“. Avec le temps, on apprend des choses. Ce sont de petites choses, mais quelquefois, c’ est ce qui fait la différence. » À l’ élevage de Beaufour, on trouve non seulement des chevaux, mais aussi des vaches, indispensables à l’ équilibre global du haras, comme l’ explique Éric Levallois: « C’ est très important d’ avoir des bovins, parce que le bovin mange derrière le cheval et le cheval derrière le bovin. Cela augmente donc la surface de pâturage. Le bovin enrichit la qualité de l’ herbe. Je mets le fumier de cheval sous mes bovins en stabulation l’ hiver. Au printemps, je fais des grands andains de fumier, je les composte, j’ attends un an, et c’ est le meilleur engrais qui existe. Le fumier de cheval et de bovin mélangé, c’ est exceptionnel. Ça fait 30 ans que je fais ça. Je fais des analyses de sols régulièrement et j’ en suis très satisfait. Je ne changerai pas. »