GALORAMA. Comment expliquez-vous votre formidable réussite en tant que jockey dans les Poules d’essai des poulains et des pouliches ?
Freddy Head. J’ai eu beaucoup de chance car j’ai monté de très bons milers dans ma carrière. Les Poules d’essai m’ont donc beaucoup souri avec huit victoires chez les pouliches et six chez les poulains. Ce sont des courses formidables, parmi les meilleures sur le mile. C’est en quelque sorte la dernière course de « 2 ans », comme une prolongation.
G. Parlez-nous d’Ivanjica, qui a été la première à vous offrir une Poule d’essai des Pouliches en 1975 ?
F. H. Ivanjica appartenait à Jacques Wertheimer et était entraînée par mon père Alec. Elle n’avait hélas pas pu courir le Prix de Diane quelques semaines plus tard. Le Groupe 1 de Chantilly n’avait en effet pas pu se disputer à cause d’une grève des lads. Ivanjica avait ensuite gagné le Prix Vermeille à l’automne. Et à 4 ans, elle remportait l’Arc de Triomphe. Ce jour-là, elle avait pris peur des photographes après la course et je suis tombé devant les tribunes. Elle s’était échappée jusqu’au Moulin de Longchamp et avait ensuite été rattrapée.
G. Three Troikas vous avait également permis de réaliser le doublé « Poule d’Essai – Arc » en 1979.
F. H. Three Troikas était une jument de grande classe. À 3 ans, elle avait tout gagné, sauf le Prix de Diane dans lequel nous étions tombés sur Dunette, montée par Georges Doleuze. Three Troikas avait permis à ma sœur Criquette d’être la première femme entraîneur à remporter un Arc de Triomphe. C’est également pour Criquette que j’ai remporté ma dernière Poule d’Essai, en 1997, en selle sur Always Loyal. J’avais 50 ans et c’était ma dernière année en tant que jockey.
G. Comment expliquez-vous une telle longévité en tant que jockey ?
F. H. Je ne sais pas trop. Toutefois, j’ai la chance d’avoir un physique approprié pour ce métier. J’ai mené une vie régulière avec une bonne hygiène de vie, ce qui m’a permis de durer.
G. Pour en revenir aux Poules d’Essai, les numéros dans les stalles ont-ils toujours été aussi prépondérants ?
F. H. Je me rappelle avoir gagné la Poule sur la moyenne piste. Mais comme cela désavantageait les chevaux de l’extérieur, les Poules sont passées sur la grande piste. Le problème est le même. Il y a beaucoup de partants dans ces courses et tirer un grand numéro à ParisLongchamp est un petit désavantage, c’est certain. À une époque, il y avait beaucoup de leaders dans ces grandes épreuves, ce qui rendait les courses très régulières. Aujourd’hui, c’est moins le cas. Le rythme est donc plus lent, ce qui nuit aux attentistes.
G. Est-il toujours aussi naturel de disputer le Jockey Club ou le Prix de Diane après les Poules d’Essai ?
F. H. Dans l’histoire, les grands cracks enchaînaient assez souvent Poules d’essai, Jockey Club ou Diane. Aujourd’hui, il y a une spécialisation sur les distances. Les programmes nationaux ou internationaux font que le poulain ou la pouliche peut rester sur 1 600 mètres et faire une grande carrière. De nos jours, un bon miler a autant de valeur qu’un cheval de 2 400 mètres, voire plus.
G. La transition est toute trouvée pour évoquer une mileuse de renom, Goldikova, qui n’avait pourtant pas gagné la Poule d’Essai des pouliches…
F. H. Goldikova était extraordinaire mais était tombée sur Zarkava dans la Poule. Goldikova était très bonne à 2 ans, puisqu’elle avait gagné en débutant à Chantilly, tout en étant plus tardive. J’avais pensé la courir dans le Prix Marcel Boussac à 2 ans, mais je ne l’avais finalement pas présentée, à cause de Zarkava. Je trouvais qu’il était un peu tôt pour courir contre elle. Comme Miesque, Goldikova était limitée en distance. C’était vraiment une jument de 1 600 mètres. Au-dessus du mile, ça devenait difficile pour elle. Elle a couru contre des mâles de tous âges et sur différents hippodromes. C’était une aventure formidable, aidée par le fait que les frères Wertheimer voulaient la voir courir, en vrais sportsmen.
G. Goldikova était très appréciée du côté des turfistes, comme vous que ce soit avec la casquette d’entraîneur ou de jockey. Vous rendiez-vous compte de votre popularité à ce moment-là ?
F. H. Les gens ont toujours été très gentils au cours de ma carrière et m’ont beaucoup supporté. J’ai eu beaucoup de chance. C’est indispensable d’avoir une certaine chance pour monter longtemps de très bons chevaux, il faut le reconnaître.
G. Vous avez mis fin à votre carrière d’entraîneur en 2022. Cela vous manque-t-il ?
F. H. Pas vraiment. Je profite maintenant d’une vie plus normale. Depuis mes 16 ans, j’étais très actif. Le métier de jockey est physique et demande une grande hygiène de vie. Cela induit des efforts continuels et faire attention au poids est une contrainte supplémentaire dans ce métier. Je me rends compte que mes 33 ans de carrière en tant que jockey sont passé vite : je n’ai fait que ça pour ainsi dire. Quant à la profession d’entraîneur, c’est un métier d’artisan : il faut être présent tous les jours auprès de ses chevaux pour bien les connaître. C’est stressant. Je peux profiter d’autres choses maintenant. Je vis près de Genève les trois quarts du temps et je viens à Paris pour les courses, car j’ai la chance que Victoria et Christopher aient repris le flambeau. Ça me permet de continuer à suivre cela. Je vais à l’entraînement de temps en temps et je continue de participer. Comme on est très famille chez les Head, je suis également ravi de voir l’ascension de Pearled Majesty, qui sera l’un des favoris du Jockey Club.
Par Pierre Champion
Ses deux premières Poules d’Essai, Freddy Head se les offre en 1975. Il a alors 28 ans et, déjà, plusieurs victoires prestigieuses à son actif, dont deux Prix de l’Arc de Triomphe (avec Bon Mot, en 1966, et San San, en 1972), deux Prix du Jockey Club (avec Goodly, en 1969, et Roi Lear, en 1973) et un Prix de Diane (avec Pistol Packer, en 1971). Mais il lui manque encore les Poules. En vérité, il s’apprête à y collectionner les titres, puisqu’il va les remporter, au total, quatorze fois !
Green Dancer et Ivanjica, pour ouvrir la marque
Le score est ouvert avec Green Dancer, le 27 avril 1975, dans la Poule d’Essai des Poulains. Bis repetita, une semaine plus tard – à l’époque, les Poules se disputaient à une semaine d’intervalle –, avec Ivanjica, dans la Poule d’Essai des Pouliches. Tous deux sont la propriété de Jacques Wertheimer et sont entraînés par Alec Head. Trois semaines plus tard, Green Dancer, déjà vainqueur de l’Observer Gold Cup (N.D.L.R. : aujourd’hui Racing Post Trophy), à 2 ans, va enlever son troisième Groupe 1 à la faveur du Prix Lupin, à l’issue d’une lutte homérique avec le « Rothschild » Mariacci. Freddy et lui échoueront cependant, ensuite, dans le Derby d’Epsom. Quant à Ivanjica, privée de Prix de Diane en raison d’une grève et d’une manifestation du personnel des courses sur l’hippodrome de Chantilly le jour J – le championnat des pouliches sera, tout bonnement, annulé, n’étant pas reporté –, elle se rattrapera à l’automne en s’adjugeant le Prix Vermeille et, surtout, apportera l’année d’après, à 4 ans, un troisième Prix de l’Arc de Triomphe à son crack-jockey.
Le doublé, deux années de suite, pour commencer
En 1976, Freddy Head remet le couvert, gagnant la course des poulains avec Red Lord et celle des pouliches avec Riverqueen. Si Red Lord ne refera plus parler de lui, Riverqueen gagnera encore le Prix Saint-Alary, alors Groupe 1, et battra ses aînés dans le Grand Prix de Saint-Cloud, après s’être classée deuxième de Pawneese dans le Prix de Diane. En 1978, nouvelle Poule d’Essai des Pouliches, avec Dancing Maid, qui échouera ensuite de peu dans les Oaks d’Epsom, mais s’imposera dans le Prix Vermeille et se classera troisième de l’« Arc ». En 1979, c’est au tour de Three Troikas de s’octroyer la « Poule ». Comme Ivanjica, elle offrira, par la suite, le Prix de l’Arc de Triomphe à Freddy Head – ainsi que les Prix Saint-Alary et Vermeille –, saison au cours de laquelle elle inscrivit quatre Groupe 1 à son palmarès, manquant le cinquième d’un nez – celui de Dunette – dans le Prix de Diane.
De Three Troikas à Miesque
Familiales sont toutes ces réussites, en ce sens qu’elles sont obtenues avec des chevaux entraînés par Christiane, la sœur de Freddy, ou par leur père, Alec, voire par l’homme de confiance de celui-ci, Christian Datessen. De même, Silvermine, en 1985, Matiara, en 1995, et Always Loyal, en 1997, sont préparées par Christiane Head, avant que le travail ne soit parachevé par son frère sur la piste, occasion de trois succès supplémentaires dans la Poule d’Essai des Pouliches. Mais, entre elles, il y a Miesque, avec laquelle Freddy Head s’adjuge l’édition 1987 de la Poule d’Essai au féminin, ainsi que 9 autres Groupe 1, dont deux Breeders’ Cup Mile, aux États-Unis. La jument de sa vie, peut-être, en tant que jockey.
En famille, mais « pas que »
Or, Miesque n’est plus le fruit d’une collaboration en famille, mais celui d’un partenariat, ayant duré plusieurs années, avec l’entraîneur François Boutin, auquel Freddy Head doit d’ailleurs quatre Poules d’Essai des Poulains en cinq ans, de celle de Blushing John en 1988, à celle de Shanghai en 1992, en passant par celles de Linamix en 1990 et Hector Protector en 1991. Avec celui-ci, Freddy Head compte quatre autres victoires au plus haut niveau, dans les Prix Morny, de la Salamandre et Jacques Le Marois, ainsi que dans le Grand Critérium, sous les mêmes couleurs Niárchos que celles de Miesque et de Shanghai.
Manager de la célèbre casaque bleue et blanche depuis plusieurs décennies, Pierre-Yves Bureau s’ est prêté au jeu des questions-réponses concernant ce lien si particulier qui lie la famille Wertheimer à Freddy Head, avec lequel ils ont quasiment tout gagné, tant en France qu’ à l’ étranger.
G. Quelles ont été ses qualités en tant qu’entraîneur ?
P.-Y. B. Il est devenu entraîneur pour les frères Wertheimer dès les premières années de son installation. Northerntown faisait partie des premiers chevaux qu’il a reçus, en 1998. C’était un cheval très compliqué, c’est pour cela qu’il a ensuite été orienté en obstacle, mais Freddy a quand même réussi à gagner Groupe en plat avec lui. Quand on est jockey et qu’on devient entraîneur, je pense qu’on arrive avec pas mal d’idées. Mais Freddy a su s’adapter. Ce qui m’a marqué, c’est sa capacité à faire durer les très bons chevaux. Il a été un entraîneur assez exigeant, et les chevaux qui étaient capables de s’adapter à cet entraînement ont eu des carrières exceptionnelles. Pour la casaque Wertheimer, cela a principalement concerné deux chevaux : Solow et Goldikova. Il y a aussi tous ceux qu’il a fait durer pour d’autres propriétaires, comme Marchand d’Or ou encore Moonlight Cloud. J’ai toujours admiré cette longévité.
G. Parlez-nous de la carrière de Goldikova
et cette ambition d’entrer dans l’histoire
de la Breeders’ Cup.
P.-Y. B. La Breeders’ Cup a toujours été une course énormément appréciée par l'écurie, et Goldikova était le genre de pouliche qui s’adaptait très bien à ces tracés américains. Elle a couru quatre Breeders’ Cup et en a remporté trois. C’est toujours la seule à avoir enlevé trois éditions de la même course de la Breeders’ Cup. C’était le genre de défi qui plaisait à Freddy et aux frères Wertheimer, mais toujours avec cet accord tacite qu’au moindre signe négatif, on arrêtait immédiatement. Goldikova a gagné 14 Groupe 1, c’était un roc. Elle n’était pas facile dans son box, elle avait une forte personnalité, mais elle était très généreuse. Freddy a toujours su l’amener au mieux pour les grands rendez-vous.
G. Quel souvenir gardez-vous de Solow ?
P.-Y. B. C’est l’anecdote la plus marquante que j’ai avec Freddy. On aurait pu passer à côté de Solow. Au début, Freddy pensait que c’était un bon cheval, mais Solow mettait du temps à confirmer. On a même couru le Prix Vicomtesse Vigier avec lui, après qu’il a enlevé ses 2 courses de rentrée à 4 ans. Et puis, un jour, il a travaillé avec Anodin, qui préparait le Prix Jacques Le Marois. C’est là que Freddy s’est aperçu que Solow avait beaucoup plus de vitesse que l’on ne le pensait. Freddy avait connu sa famille maternelle quand il était jockey et on avait orienté sa carrière sur des distances plus longues parce que sa mère avait été placée dans le Qatar Prix Gladiateur (Gr.3). On s’était trompé de distance. Solow a gagné à Clairefontaine, sur 1 800 mètres, quelques jours avant qu’Anodin ne termine deuxième de Kingman dans le Jacques le Marois. Il a ensuite enchaîné 9 victoires consécutives, dont cinq Groupe 1, la même année et à travers le monde. C’était extraordinaire.
G. Quel souvenir gardez-vous de Freddy, notamment dans sa manière de communiquer avec vous et ses jockeys ?
P.-Y. B. C’était une autre époque, mais on se parlait beaucoup. Quand il s’agissait des grands champions, il avait tendance à être très confiant. Il savait très bien lorsque ses chevaux étaient à leur summum. Après les belles victoires, c’était une joie générale, mais Freddy a toujours été quelqu’un que j’ai perçu comme assez réservé. Il a toujours eu un grand respect pour les jockeys. Il connaissait très bien Olivier, et puis Maxime, avec qui cela a été très fluide. Il avait certainement trop connu cette position pour vouloir blâmer ses jockeys. C’était toujours assez facile et agréable de travailler avec Freddy.
G. Comment le décririez-vous en un mot ?
P.-Y. B. Exigeant.
Par Pierre Champion
Fils et petit-fils de jockeys, devenus entraîneurs, Freddy Head était prédestiné au métier. Son maître d’apprentissage fut son père, Alec, mais ce fut, ensuite, son grand-père, William, qui lui donna l’opportunité de gagner ses premières grandes courses. Pendant huit mois, de la fin de l’été 1963 au printemps 1964, Freddy Head s’exile en Australie. Il a tout juste 16 ans, mais son père veut le sortir un peu du cocon familial, qu’il voie autre chose. À l’époque, de surcroît, il y avait beaucoup de bons jockeys australiens en Europe, en France en particulier. Il y avait une « école » australienne, représentée par les Glennon – le jockey du phénomène Sea Bird –, Moore et autres Sellwood. Dès lors, s’y former ne pouvait être qu’une bonne chose. Là-bas, Freddy Head monte des courses « éducatives », pour l’un des grands entraîneurs du cru, Tommy Smith. Il s’agit d’épreuves pour jeunes chevaux et jeunes cavaliers, se disputant sur de courtes distances. La compétition est rude : les néophytes se bagarrent pour vaincre ! Une fois, Freddy Head se montrera le plus fort : ce sera, en quelque sorte, officieusement, sa victoire initiale.
L’« Arc » avec Bon Mot, à 19 ans
De retour en France, Freddy Head débute en course pour de bon et ne tarde pas à signer son premier succès – le premier d’une longue série, qui en dénombrera 2 937 ! –, à Fontainebleau, en selle sur Zamboanga, entraînée par son père, pour le compte de Pierre Wertheimer. Les résultats vont s’enchaîner et, dès l’année suivante, en 1965, il perd sa décharge d’apprenti et intègre le peloton de tête des jockeys français, terminant à la troisième place du palmarès annuel, seulement devancé par ses idoles, Yves Saint-Martin et Jean Deforge. À 19 ans, en 1966, il réussit le coup d’éclat de gagner le Prix de l’Arc de Triomphe, avec Bon Mot, entraîné par son grand-père. Un souvenir qui ne l’a évidemment pas quitté : « J’étais sur un nuage ! », confiait-il, des années plus tard, expliquant, en substance : « Bon Mot appartenait à M. Burmann, un grand propriétaire de l’époque. C’était un cheval assez délicat, mais doué. J’avais été deuxième du Jockey Club avec lui. Il adorait le terrain lourd et, à cet égard, il a été servi le jour de l’Arc. Ironie du sort, nous battions Sigebert, qui avait été mon premier partenaire dans la grande course, la saison précédente ! »
Quatre « Arc », « Jockey Club » et Prix de Diane
La carrière de Freddy Head est, dès lors, lancée. En 1969, il remporte, à la fois, le Prix du Jockey Club, avec Goodly, toujours pour son grand-père – en battant d’une courte tête Beaugency, entraîné par son père ! –, et le Grand Prix de Paris, avec Chaparral. En 1971, à la faveur du succès de Daring Display dans le Prix Morny, il offre sa dernière victoire d’importance à son grand-père, qui prend sa retraite l’année suivante. 1971 est aussi l’année de la remise de la première de ses 6 Cravaches d’or, des mains de l’acteur, passionné de courses, Jean Gabin, au cours du meeting estival de Deauville.
Pendant de longues années ensuite, Freddy Headcollaborera, principalement, avec son père et avec sa sœur, ayant, en famille, une formidable réussite, ponctuée de deux Prix de l’Arc de Triomphe, avec Ivanjica et Three Troikas, deux Prix du Jockey Club, avec Roi Lear et Val de l’Orne, ou encore trois Prix de Diane, avec Pistol Packer, Reine de Saba et Harbour. Mais il marque également des points pour d’autres écuries, montant victorieusement San San, dans le Prix de l’Arc de Triomphe, en 1972, pour Angel Penna, en remplacement de Jean Cruguet, accidenté, ou bien Youth, pour Maurice Zilber, dans le Prix du Jockey Club, en 1976.
Miesque et l’ère François Boutin
La dernière partie de la carrière de jockey de Freddy Head est frappée du sceau de l’entraîneur François Boutin, pour lequel il gagne moult Groupe 1, leur réussite commune se cristallisant autour de la championne de Stávros Niárchos, Miesque, qui s’impose à dix reprises, en sa compagnie, dans les plus grands tournois internationaux, notamment dans les 1 000 Guineas, dans deux éditions de la Breeders’ Cup Mile, dans deux Prix Jacques Le Marois, dans la Poule d’Essai des Pouliches, etc. « Miesque était exceptionnelle, dira Freddy Head, mais elle était aussi très brutale, compliquée à monter. Avec elle, ce n’était pas toujours une partie de plaisir, mais elle avait une classe folle. »
Tel commencement, tel dénouement
En 1997, à 50 ans, Freddy Head s’adjuge son 130e Groupe 1, avec Always Loyal, dans la Poule d’Essai des Pouliches, sous les couleurs de Maktoum Al Maktoum. Ce sera le dernier de la liste, car, quelques mois plus tard, à Deauville, le crack-jockey annonce qu’il tourne la page, après avoir mené au succès, dans une Listed, le 3 ans Marathon, appartenant à son père et entraîné par sa sœur. Il voulait partir sur une victoire, à plus forte raison familiale. Exactement comme cela avait commencé.
Par Loïc Stecher Chocron
Galorama. Comment Freddy Head s’est-il retrouvé à monter pour Stávros Niárchos ?
Alan Cooper. Freddy Head a tout simplement remplacé Cash Asmussen. Au départ de ce dernier, M. Niárchos a proposé la place de premier jockey de l’écurie à Freddy, qui l’a acceptée. Notre collaboration a débuté en 1986, jusqu’à la fin de l’année 1992. Il y a tout de suite eu une bonne entente avec François Boutin, notre entraîneur de l’époque. Je me rappelle surtout les petits-déjeuners que nous prenions ensemble, après les galops d’entraînement. Ces rencontres matinales étaient destinées à discuter des galops en eux-mêmes, mais aussi du programme des chevaux. Avec le recul, c’était une très belle expérience.
G. Quels sont vos meilleurs souvenirs de ces six ans d’association ?
A. C. Ceux avec Miesque, sans hésiter. Mais il est très dur pour moi de ne garder qu’une seule course de la jument. Elle a été exceptionnelle de 2 à 4 ans. Gagner 10 Groupe 1 de cette façon, à cette époque, était hors norme. Freddy et la pouliche s’entendaient très bien, presque comme un couple qui se connaissait sur le bout des doigts. Je dirais même plus : une famille s’était formée autour d’eux, Miesque, Freddy, François et son groom Bernard. L’histoire des courses retiendra la carrière de cette jument, et Freddy Head n’y est pas étranger. Elle était d’autant plus remarquable comme poulinière. Aujourd’hui encore, ses descendants gagnent des Groupe 1.
G. D’autres champions ont également marqué l’association entre Freddy et la casaque Niárchos…
A. C. À commencer par Hector Protector, avec lequel je garde un souvenir précis : sa victoire dans le Prix Jacques Le Marois en 1991, déjà sponsorisé par le Haras de Fresnay-le-Buffard, l’ancienne entité d’élevage de la famille Niárchos en France. Ce jour-là, son succès s’est joué à quelques centimètres. Hector Protector a gagné la course sur le poteau d’arrivée. Une foulée avant ou bien une foulée après, la victoire aurait été pour son dauphin Lycius. Et puis Freddy a également remporté d’autres Groupe 1 avec ce poulain : la Poule d’Essai, le Prix Morny, le Prix de la Salamandre, ainsi que le Grand Critérium. En 1986, Freddy a aussi mené au succès Baillamont, dans les Prix Ganay et d’Ispahan (Gr.1) ; Machiavellian, en 1989, dans les Prix Morny et de la Salamandre (Gr.1) ; Shanghai, en 1992, dans la Poule d’Essai des Poulains (Gr.1), et Johann Quatz, dans le Prix Lupin (Gr.1), une semaine plus tard.
G. Quels étaient les qualités de Freddy Head
et ses défauts ?
A. C. Il n’avait tout simplement pas de défaut, mais uniquement que des qualités. Tout d’abord, c’était un cavalier exceptionnel, mais aussi un véritable homme de cheval, doté d’une grande connaissance de l’animal, tant en course que dans ses origines.
Par Loïc Stecher Chocron
Galorama. Quelle est la première chose qui vous vient à l’esprit lorsque l’on évoque Freddy Head ?
Yves Saint-Martin. Nous sommes de la même génération. Nous montions tous deux pour de grandes écuries et les plus belles courses. Nous nous tirions donc la bourre, si vous me passez l’expression. Nous n’étions pas ennemis mais adversaires.
G. Quelle était la nature de vos relations ?
Y. S.-M. Déjà à l’époque, Freddy s'intéressait plutôt à l’élevage. Il venait d’une famille de courses, moi non. Son grand-père, son père, entre autres, étaient entraîneurs. Nous n’avions pas les mêmes affinités, pas les mêmes groupes d’amis. J’adorais la chasse, lui moins. Je pilotais mon avion. Un jour, je l’ai même emmené faire un tour d’hélicoptère. Nous nous entendions bien mais n’avions pas les mêmes centres d’intérêt.
G. En 1970, Freddy Head met fin à votre série de 8 Cravaches d’or consécutives. Comment avez-vous vécu ce basculement ?
Y. S.-M. Il n’y avait aucune rivalité, que du respect. Un respect mutuel. Le niveau de compétition était élevé. Je me souviens, c’était du grand sport !
G. Quels souvenirs gardez-vous, bons comme moins bons, de votre parcours aux côtés de Freddy Head ?
Y. S.-M. Je n’ai aucun mauvais souvenir avec Freddy Head. Il y avait beaucoup de respect entre nous.