PARTIE 3 | FREDDY HEAD ET LA DYNASTIE FAMILIALE À LA UNE
GALORAMA. Quels mots vous viennent quand on évoque Freddy?
Christiane Head. Un jockey exceptionnel, un entraîneur exceptionnel, un frère exceptionnel. Avec un palmarès extraordinaire. Il est d’ un an mon aîné. On a grandi ensemble. Petit, déjà, il voulait être jockey. Il a tout fait pour y parvenir. Moi, parallèlement, dès que j’ ai été en âge de parler, j’ ai fait le vœu d’ entraîner. Les chevaux, ça a toujours été notre truc, notre passion. Notre père Alec et notre grand-père William nous y ont beaucoup aidés.
G. Vous êtes-vous toujours sentis les héritiers d’ une dynastie?
C. H. Une dynastie fantastique. Le cheval est dans nos gènes. Enfants, on « en mangeait » déjà. J’ aimais faire le tour des chevaux avec papa le soir, le suivre aux courses, aux ventes. Il me disait: « Tu ne parles pas, tu regardes. » Tout ce qu’ on nous a inculqué a fait de Freddy un vrai homme de cheval. Naître dans le sérail, au bout de tant de générations, c’ est un avantage indéniable. Cela forge un œil différent. Entraîneur, Freddy savait exactement de quoi il parlait. On a eu la chance de grandir dans un contexte merveilleux et de toucher de bons chevaux via de très bons clients, de grandes maisons fidèles. Quand on entraîne des championnes comme Goldikova ou Trêve, on part forcément avec un avantage. À présent, c’ est nous qui transmettons: Freddy est proche de ses enfants, Christopher a travaillé deux ans avec moi et j’ échange beaucoup avec Victoria.
G. Quels souvenirs conservez-vous de votre frère en course?
C. H. Je l’ ai vu au sommet de son art. Quand il montait à cheval, il ne tapait pas beaucoup, montait très en avant, était très fort aux bras. Tellement fort que les chevaux, il les soulevait de terre. J’ ai le souvenir de sa victoire dans le Prix Jacques Le Marois avec Lyphard en 1972. Il s’ est battu contre un Anglais toute la course et gagne d’ un nez à l’ arrivée. Une monte magnifique! Lorsqu’ il montait pour moi, il me disait: « Tu ne me donnes pas d’ ordre. » Je pouvais lui faire une confiance aveugle.
PAGE DE GAUCHE
Freddy offrira un premier « Arc » à sa sœur Criquette grâce à Three Troikas en 1979.
© APRH
G. Comme lors de cette année 1979, où Freddy gagne pour votre entraînement la Poule d’ Essai des Pouliches, le Prix Saint-Alary, le Prix Vermeille, et l’ Arc de Triomphe avec Three Troikas, sous les couleurs de votre maman?
C. H. Une jument fantastique! Quelques inexactitudes ont été dites à son sujet. C’ est moi qui l’ ai achetée aux ventes de Newmarket. Freddy m’ a offert avec elle mon premier « Arc », deux ans seulement après que je me sois installée. Un moment mémorable, d’ autant que l’ entraînement était réservé aux hommes à l’ époque. Pour l’ anecdote, c’ est avec Freddy que j’ ai remporté mon premier Groupe 1 en 1978: le Prix de l’ Abbaye de Longchamp avec Sigy, sous les couleurs de M. Roland de Chambure.
G. Hormis les courses, qu’ est-ce qui vous lie avec Freddy?
C. H. Comme moi, il aime bien manger, se faire un bon resto. Plus jeunes, nos parents nous emmenaient souvent skier avec nos deux sœurs. On a eu la chance qu’ ils nous emmènent partout. Freddy était très sportif. Il jouait très bien au golf. On allait en discothèque ensemble. Mais on allait surtout aux courses. Mes parents nous ont entraînés dans leur passion. Il ne faut pas oublier que maman était une fille Van de Poële, fille d’ entraîneur elle aussi. Tous ensemble, on a vécu l’ âge d’ or des courses et des moments magnifiques au Quesnay. On aime se retrouver en famille. Nos enfants et leurs cousins s’ adorent.
G. Quels chevaux ont compté pour Freddy? C. H. Beaucoup. Bon Mot lui a donné son premier « Arc » à un âge très précoce( 19 ans) pour l’ entraînement de notre grand-père William. Pour François Boutin, il a gagné beaucoup de courses en tant que jockey: des Groupes, de nombreux succès avec des 2 ans. En tant que jockey, naturellement il y a Miesque. Elle était exceptionnelle. En tant qu’ entraîneur: Goldikova, bien sûr. Il l’ a gardée jusqu’ à 6 ans à l’ entraînement. Ses chevaux, il les aimait beaucoup et les faisait durer. Pour ma part, même si papa avait fait le croisement, Trêve fut un don du ciel. Quand elle passait la surmultipliée, elle avait une vitesse incroyable.
G. Vous vous voyez régulièrement avec Freddy? C. H. Oui, comme moi, il habite à Genève. Il aime se retrouver en famille, comme chez nos deux sœurs aux Bahamas. J’ y ai réalisé mon rêve: avoir mon propre voilier. J’ adore naviguer. J’ ai l’ impression d’ avoir 25 ans. Je suis équipée: je regarde les courses depuis mon bateau( rires).
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