RENCONTRE
Galorama. Depuis une quinzaine d’ années, vous accompagnez François au quotidien. Quel était votre lien avec le cheval avant de le rencontrer?
Fabienne Nicolle. Je n’ ai jamais appris à monter à cheval et on peut dire que j’ évoluais loin de l’ univers des chevaux. Mais quand j’ étais gamine, mon grand-père jouait au tiercé avec sa « pince ». Avec mes parents et mes grands-parents, on allait régulièrement sur les hippodromes locaux le dimanche comme à Texonniéras à côté de Limoges, Gémozac, Royan, ou Pompadour. C’ est comme ça que j’ ai découvert les courses. Et, en tant que sportive, j’ aimais bien ça.
G. Si l’ équitation n’ était pas dans vos activités, quel sport avez-vous justement pratiqué?
F. N. J’ ai longtemps joué au basket, au CSP Limoges au départ. C’ était dans les années 80- 90, à la grande période européenne du CSP. J’ ai ensuite traversé la Vienne pour aller dans un club féminin, le Limoges ABC, qui était en Nationale 3 et qui avait un projet de club de haut niveau pour les filles. J’ ai notamment disputé le Final Four de la Coupe de France Juniors et j’ étais doublement surclassée pour jouer en seniors. J’ ai ensuite arrêté le basket pour m’ installer en Charente-Maritime avec de multiples activités professionnelles. J’ ai commencé à travailler dans l’ immobilier, j’ ai vendu de la fourniture de bureau, puis j’ ai ouvert un restaurant avec mon ex-mari à Mornac-sur-Seudre, période pendant laquelle j’ ai fait la connaissance de François. J’ ai ensuite eu une boutique de lingerie à Royan. Le commerce demande une présence quotidienne et, pour pouvoir aller aux courses avec François, j’ ai vendu mon affaire en 2012.
G. Ne craigniez-vous pas à ce moment-là l’ aspect ultra-chronophage du métier d’ entraîneur de chevaux?
F. N. Au début, on ne le sait pas trop à vrai dire( rires)! Je ne connaissais pas du tout ce milieu mais on est vite plongé dans le grand bain. C’ est assez excitant au départ, surtout quand on aime la compétition, comme moi. Il y a beaucoup de corrélations avec le sport de haut niveau et cela m’ a de suite passionnée. Avec les compétitions qui s’ enchaînent, ce n’ est pas monotone, mais il y a plein de choses à acquérir. Je me souviens être allée à la grand-messe des AQPS à Cercy où tout le monde parlait de cheval. Au dîner d’ une bonne quarantaine de convives, je me suis dit que j’ allais trouver au moins une personne qui ne parlerait pas de chevaux. Loupé! À ce moment-là, il y a deux options, soit vous essayez d’ écouter et d’ assimiler, soit vous êtes condamné à ne pas entrer dans ce monde-là. J’ ai choisi la première option car j’ étais très intéressée. C’ était fastidieux, mais j’ ai assimilé plein de choses. Depuis 2012, je travaille à l’ écurie sur la facturation, la comptabilité, l’ aspect social …
G. Compétitrice dans l’ âme, avez-vous essayé d’ insuffler cet état d’ esprit à François?
F. N. François a cet esprit compétiteur depuis le début. Il a beaucoup galéré pour en arriver là, mais il ne pense pas à ce qu’ il s’ est passé avant. En même temps, il n’ a pas oublié et sait qu’ on peut redescendre très, très bas du jour au lendemain. Malgré son très bon caractère, lorsqu’ il voit les choses en noir, c’ est en très, très noir! A contrario, j’ ai plutôt un caractère optimiste. Je suis dans le soutien et ça peut être un boulot de tous les jours quand ça ne se passe pas bien.
G. François a dû attendre ses 53 ans pour remporter son premier Groupe et le printemps dernier pour, enfin, décrocher un Grand Steeple. Comment a-t-il géré cette attente?
F. N. François a toujours gagné des courses, mais a en effet tardé à gagner son premier Groupe, qu’ il a remporté avec Quart Monde. L’ arrivée de Jacques Detré, de certains clients de Jean- Claude Rouget a fait beaucoup de bien. À un moment, l’ écurie était garnie de chevaux de Groupes. C’ était impressionnant. Ça a été le déclic pour lui. Ne pas gagner le Grand Steeple ne l’ empêchait pas de dormir, mais c’ était quand même fatigant d’ avoir toujours cette question des journalistes sur cette grande course. Il a été deuxième à deux reprises et avait vu Bipolaire tomber dès la première haie d’ une édition, alors qu’ il était le favori. Ça n’ a pas été une sinécure pour lui d’ inscrire son nom au palmarès de ce Groupe 1. Assez humble, François a vécu cela comme une récompense pour toute son équipe, pour tous ceux qui bossent à la maison. C’ était un vrai soulagement de l’ emporter, le sentiment du devoir accompli et l’ aboutissement d’ une carrière.
IL Y A BEAUCOUP DE CORRÉLATIONS AVEC
LE SPORT DE HAUT NIVEAU ET CELA M’ A DE
SUITE PASSIONNÉE
Fabienne Nicolle
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