PARTIE 3 | FREDDY HEAD ET LA DYNASTIE FAMILIALE À LA UNE
CHANTILLY L’ ANGLAISE
Par Céline Gualde
Les Head sont d’ origine anglaise. Leurs ancêtres et compatriotes ont beaucoup contribué au développement et au prestige du centre d’ entraînement de Chantilly.
En 1830, la monarchie de Juillet porte au pouvoir Louis-Philippe I er. Son fils, le duc d’ Orléans, a la passion des courses et de l’ élevage, il possède d’ ailleurs un grand haras à Meudon. Son pur-sang, Beggarman( 1935), bien que né en Angleterre, est le premier cheval entraîné en France à s’ imposer outre-Manche, dans la Gold Cup de Goodwood en 1840. Suivant l’ exemple de la famille régnante, la bonne société française se pique d’ anglophilie: on admire la culture des Anglais, leur goût pour le sport, et bien sûr leurs chevaux. La haute bourgeoisie d’ affaires – les familles Stern, Fould, Rothschild et autres –, investit dans les courses et favorise le développement de l’ industrie du cheval. En 1933, à l’ initiative d’ un Anglais, Lord Seymour, né de mère française, la Société d’ encouragement pour l’ amélioration des races de chevaux en France est créée, et avec elle les premières courses officielles. La pelouse située entre le château de Chantilly et la forêt séduit immédiatement par sa qualité. La première édition du derby français, le Prix du Jockey Club, s’ y déroule le 24 avril 1836. Le développement des courses engendre celui du centre d’ entraînement de Chantilly pour des raisons pratiques. À l’ époque, il faut deux étapes aux concurrents, avec un arrêt à Écouen, pour faire la route depuis les écuries situées, pour la plupart, porte Maillot, en lisière du bois de Boulogne. Dans les années 1840, Chantilly devient donc le port d’ attache des principaux propriétaires qui y installent leurs établissements. Les Anglais, riches d’ un savoir-faire unique en matière d’ hippisme, débarquent en nombre pour entraîner les chevaux et travailler dans les écuries … Ce sont d’ abord essentiellement des hommes, la première génération. Puis, avec la réussite, les femmes les rejoignent, ainsi que le personnel de maison. Peu à peu se reconstitue à Chantilly une véritable société anglaise, dotée de ses propres institutions: une église, St Peter’ s, et une école, créée dans les années 1890 rue du Connétable. Entre 1834 et 1914, la population de la ville double grâce à la présence de cette communauté anglaise, dont certains membres font fortune grâce aux courses. Lord Seymour avait, dès 1831,
« importé » d’ Angleterre l’ entraîneur Thomas Carter pour gérer son effectif. Thomas « Genius » Carter, issu d’ une des plus prolifiques familles du turf anglais, remporte les trois premières éditions du Prix du Jockey Club, puis passe au service du baron de Rothschild dans une écurie de Lamorlaye. Il est rejoint, en 1836, par deux frères qu’ il prend en apprentissage et qui marqueront de leur empreinte les courses françaises: Tom et Henry Jennings, respectivement 13 et 18 ans. En tant que jockey, Tom remporte la première édition du Prix de Diane, en 1843 avec Nativa, entraînée par son frère Henry et qui porte les couleurs du prince Marc de Beauvau. Il marque surtout l’ histoire des courses en tant qu’ entraîneur de Gladiateur, surnommé « le vengeur de Waterloo » et statufié sur l’ hippodrome de Longchamp. Le grand baibrun, portant la casaque du comte de Lagrange, a été le premier cheval étranger à s’ imposer dans le derby d’ Epsom, en 1865, s’ adjugeant aussi la Triple Couronne anglaise cette année-là, en plus du Grand Prix de Paris! Après cinq ans chez Tom Carter, Henry Jennings, surnommé « Old Hat » car il porte toujours le même vieux chapeau et connu pour son tempérament volcanique, décide de voler de ses propres ailes. Après des années d’ une collaboration fructueuse avec le prince de Beauvau, il devient le premier entraîneur public au sens moderne du terme, œuvrant pour diverses belles casaques. Il développe son activité à La Croix-Saint-Ouen, dans la forêt de Compiègne. Au fil de sa carrière, il remporte quatre fois le Prix du Jockey Club et neuf fois le Prix de Diane! Henry épouse Ann Carter, la jeune sœur de Tom. Mais ils n’ auront jamais d’ enfant et, après le décès d’ Ann en 1887, le veuf septuagénaire fait scandale en se remariant avec la petite-nièce par alliance de son épouse, Mathilda Watkins, qui était venue tenir son foyer et qui n’ avait que 21 ans! De leur union naissent trois enfants. La plus jeune, baptisée Henrietta, épouse le crackjockey William Head. Ils deviennent les parents d’ Alec, et les grands-parents de Freddy et Criquette. L’ histoire de la famille Head est donc profondément, et même génétiquement, liée à celle de Chantilly!
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