Freddy Head Recordman N°18 Mai 2026 | Page 67

PARTIE 2 | FREDDY HEAD, L ' ENTRAÎNEUR À LA UNE
Goldikova et son fidèle cavalier d ' entraînement Thierry Blaise.
© APRH
GALORAMA. Quand votre chemin et celui de Goldikova se sont-ils croisés?
Thierry Blaise. Je suis devenu son cavalier d’ entraînement à la fin de ses 2 ans, alors qu’ elle était invaincue en deux sorties. Quand les yearlings arrivent à l’ écurie, les cavaliers en ont chacun un généralement. Et lorsque l’ entente est bonne entre le cavalier et le yearling, ça reste ainsi à la liste. Au début, Goldikova était banale et légère. Mais quand elle a commencé à courir, son caractère est un peu ressorti et elle donnait un peu de difficulté à sa cavalière. Elle faisait l’ imbécile. Deux ou trois autres personnes l’ ont ensuite montée et, un jour, elle est arrivée dans ma liste, moi qui travaillais pour Freddy Head depuis quelques mois seulement.
G. Comment était Goldikova au quotidien? T. B. Elle avait du caractère, comme tous les bons chevaux, mais ce n’ était pas de la méchanceté. Elle était tellement bien et gaie qu’ il fallait être sur ses gardes. Elle m’ a juste fait tomber 4 fois en 4 ans. Au box, je la connaissais bien mais je faisais attention. Même le patron et le premier garçon pouvaient vite se retrouver en dehors du box: il fallait vraiment prendre des pincettes avec elle. Plus les années passaient, plus elle s’ endurcissait, avec plus de caractère. Elle prenait de la carrure physiquement et ne se laissait pas faire.
G. Étiez-vous des voyages autour du monde avec Goldikova?
T. B. Bien sûr. Grâce à elle, j’ ai pu découvrir des hippodromes mythiques. C’ est le rêve de tout cavalier d’ entraînement de faire ce genre de voyages. Quand elle courait outre-Manche, comme à Ascot et Newmarket, nous y allions deux jours avant la course, mais quand c’ était aux États-Unis, nous y restions une dizaine de jours, ce qui nous laissait le temps de découvrir une nouvelle façon d’ entraîner. Tout se passe sur les hippodromes aux États-Unis. C’ était génial de la travailler à Santa Anita et à Churchill Downs. Les Européens sortent à la même heure, font leurs travaux, et dès que c’ est fini, il faut sortir des pistes car tout s’ enchaîne. C’ est très millimétré, à l’ américaine. Nous y allions pour gagner les plus belles courses au monde. C’ était assez excitant. Chaque année, ses propriétaires la laissaient à l’ entraînement, ce qui nous a permis de vivre de telles expériences.
G. Vous a-t-elle fait quelques frayeurs au cours de ses voyages?
T. B. Goldikova avait peur d’ entrer dans les boîtes depuis le Prix du Moulin de Longchamp( Gr. 1) à la fin de ses 3 ans. Ce jour-là, elle avait un numéro côté corde et avait fait un écart à l’ ouverture des stalles. Quelques semaines plus tard, pour sa première aux États-Unis, elle a commencé un peu à se cabrer devant les boîtes de Santa Anita, ce qui était inquiétant, car les Américains sont quand même moins patients que les Français. Mais, comme les stalles y sont plus larges qu’ en France, elle a pu y entrer. À Churchill Downs, Goldikova était tellement à l’ affût qu’ elle avait marqué un temps d’ arrêt pour entrer dans le rond. Dès qu’ elle voyait quelque chose d’ anormal, il fallait s’ en méfier, car elle aurait pu faire des bêtises. Une fois qu’ elle avait pris ses repères, ça allait. Goldikova a été le premier cheval au monde à gagner 3 Breeders’ Cup. Je ressentais cet engouement. Elle avait quitté la scène en étant applaudie lors de sa dernière course à Churchill Downs, comme elle l’ avait aussi pu l’ être en Angleterre ou en France durant sa carrière. Elle n’ avait plus le même coup de reins lors de ses dernières courses, mais avait rejoint le haras en forme et en bonne santé: c’ était bien là le principal.
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