Une Saison Exceptionnelle N°15 Décembre 2025 | Chronique UK

CARTE POSTALE DE TOKYO

C’ est un jour spécial, le Mont Fuji est sorti de sa couverture de nuages et veille sur l’ hippodrome de Tokyo. Des centaines de passionnés ont passé la nuit dans le grand couloir qui mène vers l’ entrée du champ de courses de Fuchu, en banlieue de la capitale. Équipés de casse-croûte en mode bentō, de peluches de leurs idoles chevaux, et bien sûr des journaux spécialisés qui proposent une quantité d’ information hallucinante, ils foncent dès l’ ouverture des portes pour s’ assurer la meilleure place aux abords du poteau. Ils font partie des 77 029 entrées payantes (1 000 yens, l’ équivalent de 5,50 €) qui remplissent les 8 étages de la tribune, se pressent autour du rond de présentation, se détendent dans le jardin japonais, profitent du parc d’ attractions pour enfants au centre de la piste, ou encore peaufinent leur culture hippique au musée des courses. En effet, il y en a pour tous les goûts. Y compris bien sûr pour la restauration: nouilles ramen, brochettes yakitori, curry japonais, il y a même un restaurant « Belmont »à inspiration américaine. On y vient en couple, en famille et entre amis, on s’ installe en tribune ou sur un tapis par terre devant la piste, pour déguster son repas tout en décortiquant le papier des courses. Car ce public, principalement jeune, est présent pour le sport et les chevaux. Le nez dans le journal ou dans le smartphone, ils échangent des anecdotes d’ informations, « Demuro, le frère de Mirco – c’ est un bon jockey! », pour une inédite, « regarde ses chronos à l’ entraînement…! », ou encore, « Calandagan, c’ est le plus léger de la course mais c’ est un champion en Europe… ». Au musée, les visiteurs se passionnent pour les expositions sur l’ histoire des courses ou lignées paternelles influentes à travers le monde: « Aaaah, vous voyez, c’ est la famille de Northern Dancer » exclame un quarantenaire à son ami, habillé en blouson façon bomber brodé du nom de Deep Impact. Le respect du cheval est partout. Les turfistes font calmement la queue pour laisser un mot dans le livre des condoléances ou poser un bouquet de fleurs au sanctuaire dédié à la championne Gentildonna, disparue quelques jours avant la Japan Cup, s’ inclinent devant la statue de Vodka, où quelques fans ont posé des pommes et des carottes. Le respect et la culture, cela s’ apprend, et les néophytes sont servis. La JRA propose des petites salles de classe, où un « professeur des courses » enseigne, comme à l’ école, les bases du sport hippique et du jeu. Cela peut sembler surprenant pour nous, mais ils sont des centaines de studieux, de tous les âges, à se remettre sur les bancs de l’ école pour s’ informer sur ce sport qu’ ils ont peut-être découvert à travers de séries, de jeux vidéo et d’ animés « Uma Musume », ou des multiples publicités à travers Tokyo. Néophyte ou expert, on regarde les chevaux au rond, où ils arrivent pendant que la course précédente se dispute. Les observateurs, silencieux, scrutent les champions, prennent des notes avant d’ aller faire un jeu. Car le timing est organisé pour que les chevaux entrent en piste presque 20 minutes avant le départ, laissant le temps au parieur de faire son choix avant de miser ses yens. À l’ intérieur, ça grouille. Des milliers d’ écrans et de bornes à chaque étage, et toujours presque en silence, les turfistes jouent. Et ils jouent beaucoup, 145 € millions sur la Japan Cup, une hausse de 10% par rapport à l’ an passé. Avant la course de la Japan Cup, l’ ambiance est électrique. Entre silence respectueux et vagues d’ applaudissements, les poils se hérissent et la fanfare annonce le départ imminent… Après cette édition 2025, les fans japonais ont un nouveau héros. Plus d’ une heure après la Japan Cup, dernière épreuve de la réunion, ils étaient encore pressés autour du podium ou assis en tribune pour saluer un exploit et marquer leur respect envers Calandagan et son équipe.