Au gré des saisons et des succès, le style de Pierre Pilarski a changé. Sa communication, elle, n’a pas bougé d’un iota. Toujours aussi sympathique avec le public et à l’aise devant un micro, l’homme de la légende Bold Eagle reste un très bon communicant. Son apparence, elle, a évolué. On l’a connu avec une barbe mouche, en jean et en chaussures de ville pour son premier Prix d’Amérique, avec Bold Eagle en 2016. Un an plus tard, on l’a retrouvé avec un gilet de costume, une barbe étoffée, quasi chevaleresque, et un trench beige dans le Temple du trot, pour le doublé de son crack dans le Prix d’Amérique 2017. Cet automne, à Auteuil, c’est dans la peau d’un dandy sexagénaire – aussi chic qu’élégant dans son costume gris – qu’il est apparu après la victoire de Léopard du Berlais, vainqueur du Prix Cambacérès (Gr.1) sur la butte Mortemart. Invaincu à 3 ans, ce poulain hors normes pourrait lui permettre de vivre une nouvelle grande épopée, comme il les aime. « Au-delà de l’exploit, c’était surtout un soulagement de le voir gagner, rappelle son heureux propriétaire. C’est le genre de cheval avec lequel vous ne voulez pas perdre. Avec les autres chevaux, vous avez envie de gagner, ce n’est pas la même sensation. Le plus important, c’était le résultat brut. Le premier mot qui me vient à l’esprit, c’est soulagement. On fera plus tard le point pour savoir si c’est historique ou pas, mais aujourd’hui, c’est du soulagement. »
Soulagé de voir son crack, paré de sa casaque rouge épaulette noire, rester invaincu à ses 3 ans, Pierre Pilarski assume avoir eu de la (bonne) pression. « La dernière fois que j’ai ressenti cela, c’était avec Bold Eagle car on ne voulait pas être deuxième, ce qui pouvait paraître prétentieux et présomptueux. Avec Bold, c’était plus facile pour moi parce que ma première passion, c’est le trot. J’ai drivé en amateur, mal, mais j’ai drivé ! Et puis Bold est devenu Bold après sa 10e course. On connaissait l’adversité et on n’avait pas cette inconnue du terrain. Ce qui m’a mis la pression, c’est lui [en parlant de David Cottin]. Cela fait un an qu’il me dit que ce cheval le fait rêver, qu’il sort de l’ordinaire, alors que quand on le voit, il est assez quelconque. »
Merci Jean-Marc Lucas
Sur le plan professionnel, le plus jeune franchisé McDonald’s de France a été un des pionniers de la restauration rapide, en Haute-Savoie, dans les années 1990. Dans le monde des courses, ce driver amateur au trot a mis plus de temps à se faire un nom dans la colonne des propriétaires. Avant de devenir une figure incontournable des tribunes de Vincennes, grâce à Bold Eagle il y a plus d’une décennie, et Léopard du Berlais, depuis cette année, Pierre Pilarski a souvent été bien entouré, bien conseillé, pour atteindre les sommets. S’il lui a fallu débourser 500 000 € pour voir sa casaque s’illuminer sur la cendrée parisienne grâce à son champion, le trotteur français le plus riche de l’histoire avec 21 victoires de Groupe 1, l’achat de Léopard du Berlais s’est fait chez son éleveur, au Haras du Berlais : « Lorsque je l’ai vu au haras pour la première fois, le cheval ne me plaisait pas du tout. Comme je viens du trot, on dit souvent que les pieds blancs sont plus fragiles avec le déferrage, et Léopard du Berlais a les quatre pattes blanches, ce n’est pas vraiment ce que l’on préfère. Mais Jean-Marc Lucas [son éleveur] m’a dit : fais-moi confiance, prends-le. Je crois que j’ai bien fait, non !? »
Piétiner, c’est gagné
Parce qu’on a coutume de parler plus souvent des victoires que des défaites, Pierre Pilarski a vécu comme tout le monde des échecs et des moments inoubliables, mémorables avec les cracks du trot Bold Eagle, pour sa casaque, et Face Time Bourbon, dans la peau d’un associé. En obstacle, personne n’a oublié son épopée vécue avec Feu Follet, vainqueur du Prix Alain du Breil (Gr.1) à Auteuil en 2019. Tout le monde se souvient, aussi, de ce 28 avril 2018, où Kevin Nabet piétine, sur les conseils de Guillaume Macaire, la casaque rouge, devant le sourire amusé de son propriétaire. Ce jour-là, Fiumicino fut son premier partant et son premier gagnant au galop, dans le convoité Wild Monarch (L.) disputé à Auteuil. Genmoss, en plat, a marqué elle aussi l’histoire de la saga Pilarski. Comme Bold Eagle, Pierre Pilarski ne l’a pas acquise à ses débuts, mais après ses trois sorties victorieuses. Cette anglo-arabe réalisa l’exploit de signer par la suite 12 victoires consécutives, demeurant invaincue en 15 sorties publiques. Du jamais vu pour une anglo-arabe qui a fait mieux que Frankel, vainqueur de ses 14 courses. La comparaison s’arrête là. Vous l’aurez compris, Pierre Pilarski est un entrepreneur qui a réussi. Un homme passionné et de défis. Un propriétaire heureux, chanceux et audacieux.