Il est évident que les chevaux entraînés en France sont rarement compétitifs dans les meilleures courses européennes pour 2 ans, et qu’ils peinent même, à un niveau inférieur, à rivaliser avec ceux entraînés en Angleterre et en Irlande. Les chevaux français ont remporté 11 des 21 Groupes pour 2 ans disputés en France en 2025 (52%), et aucun des 5 Groupe 1. Au cours des quinze dernières années, les chevaux entraînés en France ont gagné 25 des 74 Groupe 1 pour 2 ans courus en France (34 %), mais seulement 4 des 15 organisés lors des cinq dernières années (26 %). Aucun cheval entraîné en France n’a gagné le Prix Morny depuis Earthlight en 2019, le Critérium international depuis Ectot en 2013 et le Critérium de Saint-Cloud depuis MkFancy en 2019. Les lauréats de Groupe 1 à 2 ans entraînés dans l’Hexagone durant cette période furent Vertical Blue, Blue Rose Cen, Zelie, tous dans le Prix Marcel Boussac, et Belbek, dans le Qatar Prix Jean-Luc Lagardère en 2022.
Les ratings racontent la même histoire : selon l’échelle du Racing Post, au cours des cinq dernières années, seuls 8 deux ans entraînés en France ont obtenu un rating de 110 ou plus, et 28 un rating de 105 ou plus, soit une moyenne de moins de 6 par an. Il semble peut-être inévitable aujourd’hui que les meilleurs 2 ans européens soient entraînés en Angleterre ou en Irlande, mais cela n’a pas toujours été le cas. Aussi récemment qu’en 2015, 16 deux ans entraînés en France avaient reçu un rating de 105 ou plus, et en remontant jusqu’en 1990, ils étaient 23 à être crédités de 110 ou plus. 1990 était, bien sûr, un autre monde, mais cette année-là, il y avait 11 deux ans au rating de 120 ou plus, dont 6 - Hector Protector, Pistolet Bleu, Lycius, Exit To Nowhere, Ganges et Masterclass - entraînés en France. Trois d’entre eux étaient entraînés par François Boutin et, à l’exception de Pistolet Bleu, tous étaient nés dans le Kentucky. Depuis, aucun entraîneur basé en France n’a approché le succès de François Boutin avec les 2 ans : il a remporté l’équivalent des 5 Groupe 1 français pour 2 ans à 30 reprises, ainsi bien sûr que la Breeders’ Cup Juvenile avec Arazi. François Boutin a gagné le Prix de la Salamandre 12 fois en seulement 22 ans, entre 1972 et 1993. Durant cette période, l’épreuve était disputée sur 1 400 mètres à ParisLongchamp à la mi-septembre, elle était souvent la meilleure course de 2 ans de l’année et fut remportée par des champions et des chevaux influents pour l’élevage tels que Giant’s Causeway, Arazi, Machiavellian, Miesque, Miswaki et Blushing Groom.
Un programme à revoir ?
Pourtant, lorsque le programme français des Groupes pour 2 ans fut transformé au début du XXIe siècle, le Prix de la Salamandre fut supprimé, le Grand Critérium réduit à 1 400 mètres et avancé au week-end de l’Arc, et le Critérium international fut créé, disputé sur 1 600 mètres à Saint-Cloud fin octobre. Les temps changent, une autre génération et un autre type de chevaux courent aujourd’hui en France et les personnes évoluent également ; cependant, le programme est la base de toute organisation des courses. Vingt-cinq ans après ces modifications, introduites dans le but spécifique de rendre les chevaux français plus compétitifs, il est temps d’admettre qu’elles ont échoué, et de chercher à revenir à un système qui fonctionnait. La logique derrière les changements introduits en 2001 était que, puisque les 2 ans entraînés en France n’étaient pas préparés aussi tôt que ceux en Angleterre ou en Irlande - l’obsession de préparer les 2 ans pour courir à Royal Ascot étant déjà bien développée -, en déplaçant les meilleures courses françaises pour cette catégorie d’âge vers le début et la fin octobre, les chevaux français seraient alors plus compétitifs. Les années précédant les changements étaient dominées par les chevaux britanniques et irlandais qui avaient remporté 5 des 6 Prix Morny et Prix de la Salamandre entre 1995 et 2000. Toutefois, nous en sommes au même point aujourd’hui, malgré des dates plus tardives, alors qu’il est également évident qu’en 2025, comme en 1995, ceux qui entraînent les meilleurs 2 ans préfèrent les faire courir en bon terrain en septembre plutôt qu’en terrain lourd fin octobre. Sur les 20 dernières éditions du Prix de la Salamandre, 18 se sont disputées en bon terrain, 2 en terrain très souple ou lourd. Le contraire est vrai du Critérium international : 18 des 20 dernières éditions ont eu lieu en terrain très souple ou lourd, et seulement 2 - la victoire de Puerto Rico en 2025 et celle de Mount Nelson en 2006 - en terrain bon.
Il n’est pas logique d’attendre des entraîneurs qu’ils fassent courir leurs meilleurs 2 ans en terrain lourd ou très lourd fin octobre, surtout à une époque où il existe des alternatives sur PSF pour les futurs candidats Classiques. André Fabre, qui a gagné la Salamandre avec les champions Xaar, Pennekamp et Zafonic, n’a plus remporté le Critérium international depuis 2007, et ce n’est probablement pas un hasard si aucun de ses deux vainqueurs du Critérium international, Carlotamix et Thewayyouare, n’a pu remporter une course de Groupe à 3 ans. Au final, le programme doit être conçu pour façonner la population, et non pour refléter celle qui existe à un instant donné. Si France Galop souhaite voir les 2 ans entraînés en France gagner à nouveau les Groupes 1 nationaux, il est temps d’admettre que l’essai des 25 dernières années n’a pas fonctionné, de rétablir le Prix de la Salamandre et de construire - ou reconstruire - un programme pour 2 ans autour de cette course.