Yalla Shabab | Page 42

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Interview.........................................................................................................................................
les Israéliens. D’ un revers de manche il a donné la terre sans aucune concertation ni contrepartie.
Yves: Qu’ as-tu personnellement perdu comme terrain? Je travaillais sur les terres de mon père. On a perdu 500 dunums, l’ équivalent de 50 hectares, en 1956. Avant 48, on en avait peutêtre plus. Je n’ ai pas le permis pour entrer en Israël et cultiver mes terres, mais certains en ont. Les Israéliens les distribuent selon leur bon vouloir. Tout est fait pour décourager les Palestiniens de continuer à cultiver leurs terres situées au delà de la frontière.( Alaa intervient) Moi petit, j’ ai joué sur la colline. Mes enfants ne connaîtront jamais ces terrains.
Sylvain: L’ accès aux colonies juives autour de Jalboun a été interdit aux habitants, ce qui a eu un impact sur la vie économique de Jalboun. Peux-tu revenir un peu sur cet épisode?
Le portrait du frère d’ Alaa, emprisonné en Israël, est affiché partout sur les murs
Entre 67 et 87, l’ accès aux colonies était libre. Ensuite c’ est devenu de plus en plus difficile. Un attentat a fermé définitivement les portes aux emplois dans les colonies. La première colonie a été construite en 1962, puis les autres à partir de 1980. Mais elles n’ ont plus le statut de colonies car les territoires au delà du mur sont considérés comme Israéliens. « On a tourné la page ». La dernière, au Sud, est un centre en partie militaire d’ accueil pour personnes ayant des troubles psychologiques, et d’ addiction. Les habitants de Jalboun travaillaient dans les champs autour des colonies et dans les centres d’ élevage de poulet.
Louis: Et l’ Intifada, quelle incidence a-t-elle eue sur le village? En 1987, je travaillais à Bet Sheah, la première ville israélienne de l’ autre côté de la frontière à 7km à l’ Est de Jalboun. J’ ai travaillé de nombreuses années là-bas. Concernant les Intifadah, il n’ y a pas eu la même incidence de l’ une à l’ autre.
« Le matin ils allaient au travail en Israël et le soir ils allaient jeter des pierres sur les soldats israéliens. »
A la première intifadah, il y avait des manifestations, des blocages avec des barricades sur la route; les manifestants faisaient face aux soldats, beaucoup finissaient en prison, on brûlait des pneus, certains ont même brûlé la forêt derrière Jalboun pour protester contre l’ occupation. Mais la seconde Intifadah a été beaucoup plus dure que la première. Il y a eu trois morts de Jalboun. Par contre, beaucoup de jeunes participaient aux manifestations en 1987. Le matin ils allaient au travail en Israël et le soir

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ils allaient jeter des pierres sur les soldats israéliens. En 2002, le blocage est complet, personne ne sort ni n’ entre en Israël. Les militants avaient des armes, alors que en 87, c’ était un mouvement populaire avec des pierres tout au plus.
Louis: Comment les accords d’ Oslo ont-ils été accueillis? Ça a été une grande fête. Notamment parce que beaucoup de Palestiniens qui n’ avaient jamais pu revenir ont pu venir en Palestine, donc il y a eu beaucoup de retrouvailles: 50 à 60 000 retours. Mais il y avait beaucoup de flou quant à ce qui allait se passer par la suite. Même les décideurs qui ont signé l’ accord d’ Oslo n’ avaient pas une idée claire de ce dans quoi ils s’ engageaient. Les palestiniens étaient heureux car l’ accord promettait la création d’ un État Palestinien cinq ans après la signature de l’ accord. Il était prévu qu’ il y ait une période temporaire le temps de clarifier les statuts et de créer les institutions. Mais au bout de 25 ans, toujours rien et les Israéliens ont continué à voler la terre, à coloniser. Aujourd’ hui, on aimerait annuler, effacer complètement les accords d’ Oslo.