Interview.......................................................................................................................................... 40
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( Alaa et Abdel Salam parlent de « mandat » jordanien.) A cette époque j’ ai commencé ma vie professionnelle. Je suis parti à Beyrouth dans les années 60. En 1967, juste avant la guerre, quand la situation a commencé à être tendue, je suis revenu à Jalboun. Je n’ ai pas participé à la guerre. Il n’ y avait pas de conflit entre les Palestiniens et les Israéliens en Cisjordanie, juste avec les armées régulières syriennes, égyptiennes et jordaniennes. Ce fut fulgurant; plutôt six heures et non six jours( rires), c’ était ça la guerre de 67.
Jérémie: Les Jordaniens faisaient-ils une carte d’ identité discriminatoire pour les Palestiniens, comme le font aujourd’ hui les Israéliens? Oui, il y avait des catégories qui les désignaient comme palestiniens, ce qui amenait à des traitements discriminatoires. On était traités différemment. Les soldats nous maltraitaient car ils avaient des ordres en vue de réprimer les Palestiniens. Il n’ y avait pas d’ infrastructures, d’ hôpitaux etc... Celui qui ne pourrait pas se soigner, il mourrait rapidement.
Louis: Quelle forme prenait l’ occupation jordanienne? Y avait-il une caserne à Jénine?( C’ est Alaa qui répond) Vous avez remarqué le grand bâtiment sur les hauteurs à l’ entrée du village entre Beit Qad et Jalboun? C’ est la prison. C’ était un centre de police jordanien autrefois. Aussi, les Palestiniens n’ avaient pas le droit d’ intégrer l’ armée. Il y avait une garde nationale. Elle intégrait les Palestiniens mais avec un salaire misérable de 2 $.
Jérémie: Concernant les révoltes palestiniennes d’ avant 1948, notamment celles des années 30, y a-t-il eu une transmission mémorielle de ces événements? Les Palestiniens sont nés avec l’ identité palestinienne, et l’ idée de lutter pour leur pays est imprégnée dans leur esprit. C’ est la souffrance au quotidien qui a créé la révolte. L’ occupation fait naître la révolution.
« Aujourd’ hui, il y a des Palestiniens qui sont nés, on vécu et sont morts sans jamais être allés à la mer. »
Ce village a 4000 ans d’ existence connue. A une époque ancienne, il y avait plus de 4000 habitants a Jalboun: Philistins, Romains, Byzantins... Il y a un cimetière chrétien sur la colline, qui témoigne d’ une présence chrétienne à Jalboun depuis longtemps. Il y a environ 400 ans, les Abu al rob sont apparus, issus d’ un Irakien nommé Abdel Kader el Jilani. C’ était un notable, venu régler des problèmes entre paysans. Il y a toujours une population de Jilani en Irak. Son fils, Abu al Rob, a donné son nom à la famille du village, présent aussi à Qabatyeh, à Missiliyeh, à Bsir, en Jordanie, en Syrie, à Toulouse... Ils sont plus de 40 000 aujourd’ hui.
Sylvain: Avant 2004, date de la construction du mur, était-il possible d’ aller de l’ autre côté de la frontière? Sans permis? Avant il n’ y avait pas de mur. Il y avait une frontière, mais pas de mur. En 1948, il y a eu un premier vol de terres. La première étape, ce fut le cessez-le-feu de 1949 avec la ligne verte comme nouvelle frontière. Mais il y a eu une nouvelle avancée en 1956, et à nouveau en 1967. En 1948, il y eut l’ occupation jordanienne de la Cisjordanie. Mais de l’ autre coté de la colline, les Israéliens avaient saisi des terres par la force. Les Palestiniens avait toutefois une relative liberté de mouvement. Les Palestiniens nés avant 1967 avaient tous un passeport et la nationalité Jordanienne. En théorie, aujourd’ hui, tous les Cisjordaniens pourraient avoir un passeport jordanien.
Sylvain: Où passait exactement la frontière de 1948 à Jalboun? La frontière de 1948 était 3 kilomètre en profondeur vers Israël. En 1956, ils ont pris les trois kilomètres suivants, jusqu’ aux hauteurs des collines surplombant le village. A chaque épisode, les Israéliens ont grignoté un peu de terrain.
« Moi petit, j’ ai joué sur la colline. Mes enfants ne connaîtront jamais ces terrains. »
En 2004, en construisant le mur, ils ont à nouveau avancé jusqu’ aux limites actuelles. La prise de la bande de terre de 3 km en 1956 ne s’ est pas faite par la guerre. C’ est par un accord entre le roi de Jordanie et