42
Interview.........................................................................................................................................
Hélène: Comment vous sentezvous aujourd’ hui? Vous êtes pessimiste? Il faut être un déséquilibré pour imaginer qu’ il y aura un État Palestinien dans les conditions actuelles. La situation actuelle ne présente pas d’ option pour deux États. Un seul, c’ est possible, mais Israël ne voudra jamais car démographiquement, ils y perdraient. Ce ne sera pas un État démocratique de toute façon. Un État binational, ce sera une autre forme d’ esclavage. Je n’ envisage pas un cas de figure ou nous aurions les mêmes droits que les juifs au sein d’ un même État.
« C’ est la souffrance au quotidien qui a créé la révolte. L’ occupation fait naître la révolution. »
Le futur est sombre. Notre pays, la Palestine, s’ étend normalement sur la Méditerranée de Naqoura jusqu’ à Rafah( du Liban jusqu’ à l’ Égypte). Aujourd’ hui, il y a des Palestiniens qui sont nés, ont vécu et sont morts sans jamais être allés à la mer.
Sa femme Rasmiyé, Abu el Abed et son fils Alaa
Louis: Que pensez vous de l’ Autorité Palestinienne? Nos dirigeants? Que Dieu les aide. Ils ont les mains liées. Il n’ y a pas d’ État... Ils essayent de négocier et de donner de l’ espoir aux gens, mais il n’ arrivent à rien. Depuis Oslo jusqu’ à aujourd’ hui, il y a entre 200 et 250 000 colons qui sont venus s’ installer sur les terres palestiniennes. Il y en avait 200 000 avant Oslo, et maintenant on est à 450 000 qui vivent sur la terre de 1967. Et je ne parle que de la Cisjordanie. Si Mahmoud Abbas, président de l’ A. P., veut sortir de chez lui, il a besoin d’ une autorisation des Israéliens. Comment pourraitil libérer la Palestine s’ il n’ arrive même pas à sortir de chez lui.
Jérémie: Les Palestiniens sont-ils critiques à l’ égard de leurs dirigeants?( Alaa répond) Bien sûr, il y a pas mal de critiques. C’ est pour ça que le Hamas a gagné des votes. C’ est un vote sanction face à l’ impuissance du Fatah. Ça fait 23 ans depuis Oslo, et toujours rien. Les
42
enfants en prison, toujours plus de colonies etc... C’ est normal que les gens s’ énervent. Le résultat c’ est que les nouvelles générations sont de plus en plus critiques.( Abu el Abed reprend) On n’ en veut pas aux personnes qui nous représentent. On en veut à leur choix, à leurs résultats. On est en colère contre la politique, pas contre les personnes. Mettez-vous à la place des Palestiniens. Ils n’ ont personne d’ autre pour les représenter, alors s’ ils se désolidarisent de leurs leaders, ce sera pire, on finirait par s’ entre-tuer. Le problème principal, c’ est l’ occupation. Les dirigeants Palestiniens, ils sont aussi issus du peuple, de nos propres familles. J’ ai trois membres de ma famille qui travaillent pour l’ Autorité palestinienne. Ce qui me met en colère, ce sont les conditions de la vie de tous les jours, les accords qui sont signés avec les Israéliens. L’ eau par exemple, on n’ y a pas accès dans notre propre sol. Il faut un permis délivré par les Israéliens.