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Carnet de voyage
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Jour 7: mardi 25 octobre
L’ agriculture et la culture, armes de résistance
Tulkarem est une ville ruinée par le Mur. Nous y rencontrons Fayez qui pratique et promeut une agriculture alternative visant l’ autonomie et Alaà, artiste et animateur volontaire à Dar Kandeel. Chacun résiste à la colonisation à sa façon.
L’ indépendance alimentaire, un projet porteur d’ espoir
Nous quittons Jalboun avec un groupe de Palestiniens, direction Tulkarem, pour visiter la ferme de Fayez, un paysan et militant écologiste. A travers la ville, l’ omniprésence d’ un mur de séparation en béton nous donne un sentiment d’ étouffement. Tulkarem est, comme Jalboun, ceinturée par le mur qui confisque une grande partie des terres de la ville et la coupe de la plaine côtière, son débouché naturel. Seulement dix kilomètres séparent la ville de la mer, désormais inaccessible aux Palestiniens. Arrivés chez Fayez, notre première impression est celle d’ un homme souriant et déterminé. Sa propriété est accolée au mur, qui ampute sa ferme de plus de la moitié de ses terres. De l’ autre coté, contre le mur, construit sur ses anciennes terres, on voit une usine de produits chimiques déplacée d’ Israël car jugée trop polluante pour les Israéliens. Il nous présente sa ferme pas comme les autres en évoquant son combat pour l’ indépendance alimentaire de la Palestine. Selon lui, c’ est un bon moyen de résistance et de lutte contre la domination israélienne. Il essaye par tous les moyens de créer un système d’ agriculture autogérée et autonome pour ne dépendre ni d’ Israël, ni des grandes firmes transnationales. Son parcours de résistant nous semble intéressant car innovant en Palestine. A cause de ses opinions et actions, les autorités israéliennes ont
«(...) ne dépendre ni d’ Israël, ni des grandes firmes transnationales(...)»
essayé de lui faire quitter ses terres par tous les moyens, inondant ses cultures pendant la nuit par exemple. Il a été de nombreuses fois arrêté et incarcéré pour des séjours de durées variables. Sa femme a toujours assuré le fonctionnement de la ferme pendant ses absences. Aujourd’ hui il emploie 8 personnes. Depuis des années son projet vise à mettre en place une agriculture biologique avec différents procédés. Il utilise par exemple des bourdons pour pollinisé ses cultures. Il a aussi mis en place un système de décomposition organique qui produit des engrais naturels et du gaz. L’ engrais sert de fertilisant pour sa culture et le gaz d’ énergie pour des usages au quotidien. Une autre technique est celle de l’ aquaponie, qu’ il compte à terme étendre à l’ ensemble de sa production. Ce système est un cycle qui associe plantes et poissons. L’ eau des poissons, enrichie par leurs excréments nourrit les plantes, les plantes filtrent l’ eau pour les poissons, tout le monde est content. Il nous a également montré un système sous serre … bon, là on a pas trop compris … allez voir la page Facebook: « Hakoritna ».
«... de nombreuses déchetteries sont fermées par les autorités israéliennes quand elles refusent de prendre en charge les déchets des colons..»
Il a mis en place une banque de graines. Yves et Hélène lui amènent des semences biologiques en provenance de leur jardin et / ou de Kokopéli. Fayez nous fait goûter à tous ses légumes: concombres, tomates, poivrons, salades... Dans son verger, il nous laisse nous servir sur les goyaviers, orangers, clémentiniers et citronniers. La visite se finit par un repas de « khobez msakhen » chez lui. Nous célébrons de nouveau l’ anniversaire de Nour, en mangeant un joli gâteau avec son nom écrit dessus.