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Au fil des rencontres
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Ibrahim Abdala Abualrob
Commerçant et propriétaire d’ une oliveraie
Puerto-Rico, c’ est là où Ibrahim est allé chercher du travail afin d’ améliorer les conditions de vie de sa famille restée en Palestine. Il nous raconte qu’ une fois arrivé là-bas il ne lui restait plus un sous en poche. De ce fait s’ alimenter devenait problématique. Mais un contact sur place lui a permis de commencer à travailler dans le commerce. Plus d’ une dizaine d’ années de sacrifices loin de sa famille, à qui il rendait de temps en temps visite, lui a permis de pouvoir revenir vivre à Jalboun. Aujourd’ hui sa vie est faite, me dit-il, sa famille est à l’ abri du besoin et il n’ aspire qu’ à finir ses jours ici, à entretenir ses oliviers et voir grandir ses enfants. Quand je lui dis que j’ admire son courage, il s’ interrompt un instant, je vois ses yeux se remplir de larmes et sa voix se noue en me disant que la personne la plus courageuse c’ est sa femme qui, durant toutes ces années d’ absence, a supporté toute la famille et lui a permis de tenir bon. J’ aborde avec lui l’ avenir de la Palestine. Selon lui il n’ y a aucun doute, si une unité politique et citoyenne palestinienne ne se met pas en place, Israël prendra possession de l’ ensemble des territoires: «... le pouvoir israélien est patient et son projet est imaginé sur du très long terme...».
Alaa
Peintre d’ absurde et de liberté
Je n’ aime pas être un oiseau en cage. En réalité, j’ aime la mer. » Alaa habite à Tulkarem. Cette ville, sinistrée par l’ occupation, est aujourd’ hui privée de tout accès à la mer qui se trouve pourtant à seulement 10 kilomètres derrière le mur. Alaa y travaille en tant qu’ animateur de l’ association‘‘ Dar Kandeel‘‘, un genre de MJC, où il assure des cours de théâtre, de peinture et de musique. Mériam profite d’ une de ses visites à Jalboun pour lui poser quelques questions. Totalement fantasque, usant d’ un imaginaire riche et d’ un humour déconcertant, il est pour Mériam presque impossible de savoir quand il plaisante ou quand il lui répond sérieusement. Il ne considère pas son art comme un combat contre l’ occupation, mais plutôt comme une ode à la liberté. Sa liberté. Il n’ a pas pu aller voir la mer depuis presque 20 ans, alors il rêve que la mer vienne à lui, qu’ un tsunami engloutisse les terres et lui rende sa liberté. Il n’ aime pas parler de politique: « Pourquoi les Israéliens continuentils à parler de paix alors qu’ ils portent toujours des armes? ». Il préfère la vie, l’ instant présent. D’ après lui, les palestiniens doivent résister par le rire, par la joie, car « tout ce que tu fais avec amour sera beaucoup plus fort que les armes ».