Je suis au sommet d’ un olivier. C’ est le quatrième arbre sur lequel nous travaillons. J’ entends Louise rire avec Mériam et Nour quelque part sur ma gauche. Amar et Yves discutent ensemble au pied de l’ olivier. Il est question de jardinage il me semble. Je suis très heureux d’ être ici. La vue est magnifique d’ où je travaille, je peux voir toute la vallée descendre lentement vers Jénine. Un vent doux et frais en remonte, et apporte brusquement une odeur qui m’ apparaît comme très familière: c’ est une odeur de mer, une odeur de Méditerranée. Bordel! Ici, à Jalboun, où tout n’ est que présent, nouveauté permanente, je suis pour la première fois brutalement ramené à ce que je connais. Je me souviens et comprends: ce qui est ma Méditerranée est là, toute proche, par mes souvenirs comme par mes sens, alors que la leur, leur Méditerranée, est là sans l’ être, ne l’ est plus, rejetée hors d’ eux par ce satané mur. Que peut bien ressentir un Palestinien en sentant cette odeur? Savoir la mer si proche et pourtant impossible d’ accès. Savoir que ses enfants ne reconnaîtront peut-être jamais cette odeur. Ce mur est un supplice. Avant le voyage, on m’ avait dit que Jalboun était au fin-fond de la Palestine. C’ est un mensonge. La Méditerranée est si proche que je parviens à en saisir l’ odeur et je sais le Jourdain tout près, juste de l’ autre coté de la crête sur laquelle est couchée la colonie voisine. Jalboun n’ est pas un village perdu au fond de ce pays, c’ est une illusion créée par le mur. En réalité, Jalboun est un centre, un nœud entre la mer et le fleuve. Jalboun est un cœur de la Palestine.- Jérémie- temoignage
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Temps calme à la Beit
Il est aux alentours de seize heures. Rien n’ est prévu pour le reste de l’ après-midi et chacun profite donc de ce temps libre comme bon lui semble. Certains se reposent tranquillement dans la salle informatique, d’ autres écoutent de la musique et dansent dans la chambre des filles. Nous réussissons à faire quelques lessives malgré une machine-à-laver turbulente. Fuad et Hamoudi, qui sont très souvent avec nous, organisent un petit cours d’ arabe pour Hélène et Tony. Nous savourons beaucoup ces moments de partages simples, qui nous permettent tous de nous reposer un peu. La projection d’ un film d’ animation français sous-titré en arabe; « Le jour des Corneilles », dans la cour supérieur de la Beit est prévue en cette fin d’ après-midi. Elle est
Adresses et liens
Institut français de Naplouse: Stéphane Aucante, Directeur délégué( Institut français de Jérusalem – an tenne de Naplouse) rue An-Najah Al-Qadim- Naplouse Tel + 972( 0) 9 238 5914 | Portable: + 972( 0) 5 9732 9818 www. institutfrançais-jerusalem. org:
Carnet de voyage
organisée par l’ Institut français de Naplouse, qui nous amène le projecteur ainsi que des livres en français pour la bibliothèque. Le film met un peu de temps à démarrer. Le public, quelque peu turbulent, est pris dans une ambiance plus propice aux discussions et aux rires qu’ à la concentration. Hélène, Jérémie, Louis, Sylvain et Yves ratent la séance pour aller interviewer Abu El Abed et Alaa, qui sont respectivement le père et le frère d’ Abdel Salam, le Jalbounais à l’ origine, avec Jean, du jumelage entre Bages et Jalboun. La rencontre est passionnante.
« La fête se finit tard, c’ est encore une occasion de tester notre résistance au manque de sommeil. »
Les 17 ans de Nour
Pour le repas du soir, Hani a accepté une invitation à dîner pour toutes les filles, qui partent alors manger chez la famille de Sireen. Une fois le repas terminé, la Beit se vide comme d’ habitude assez rapidement, les jeunes Jalbounais devant rentrer chez eux. Ce soir, Khaled a secrètement organisé une fête pour Nour, qui aura 17 ans le lendemain. Les garçons vont à l’ épicerie pour acheter des friandises et des bombes à mousse, et à minuit … Bon anniversaire!
La fête se finit tard, c’ est encore une occasion de tester notre résistance au manque de sommeil. Seules Hélène, Louise et Mériam n’ y participent pas, ayant été invitées à dormir dans différentes familles du village. Elles dormiront cette nuit bien plus que les autres.
Un souffle de Méditerranée
Je suis au sommet d’ un olivier. C’ est le quatrième arbre sur lequel nous travaillons. J’ entends Louise rire avec Mériam et Nour quelque part sur ma gauche. Amar et Yves discutent ensemble au pied de l’ olivier. Il est question de jardinage il me semble. Je suis très heureux d’ être ici. La vue est magnifique d’ où je travaille, je peux voir toute la vallée descendre lentement vers Jénine. Un vent doux et frais en remonte, et apporte brusquement une odeur qui m’ apparaît comme très familière: c’ est une odeur de mer, une odeur de Méditerranée. Bordel! Ici, à Jalboun, où tout n’ est que présent, nouveauté permanente, je suis pour la première fois brutalement ramené à ce que je connais. Je me souviens et comprends: ce qui est ma Méditerranée est là, toute proche, par mes souvenirs comme par mes sens, alors que la leur, leur Méditerranée, est là sans l’ être, ne l’ est plus, rejetée hors d’ eux par ce satané mur. Que peut bien ressentir un Palestinien en sentant cette odeur? Savoir la mer si proche et pourtant impossible d’ accès. Savoir que ses enfants ne reconnaîtront peut-être jamais cette odeur. Ce mur est un supplice. Avant le voyage, on m’ avait dit que Jalboun était au fin-fond de la Palestine. C’ est un mensonge. La Méditerranée est si proche que je parviens à en saisir l’ odeur et je sais le Jourdain tout près, juste de l’ autre coté de la crête sur laquelle est couchée la colonie voisine. Jalboun n’ est pas un village perdu au fond de ce pays, c’ est une illusion créée par le mur. En réalité, Jalboun est un centre, un nœud entre la mer et le fleuve. Jalboun est un cœur de la Palestine.- Jérémie- temoignage
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