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Carnet de voyage
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Jour 3: vendredi 21 octobre
La « Beit », notre maison à Jalboun
C’ est le premier réveil à Jalboun! Ici, le vendredi est un dimanche: c’ est jour de congé pour les jeunes Palestiniens. La Maison Pour Tous devient ruche bourdonnante, lieu de mille rencontres. Nous découvrons le rythme de vie qui sera le nôtre jusqu’ à la fin du voyage.
Pas de grasse matinée!
Le réveil est sympathique. À 8h, Amar entre dans la salle-dortoir et nous crie: « Vous pouvez encore dormir, on ne déjeune qu’ à 9h! ». Merci Amar. Après le petit-déjeuner et un peu de ménage, nous nous réunissons entre Français pour faire le premier compte-rendu du voyage. Nous mettons à plat les émotions que chacun a accumulées durant ces premiers jours très riches. Certains pleurent un peu. Nous avons tous l’ impression d’ être arrivés il y a deux mois. Ce moment apparaît comme une courte pause nécessaire, car cela fait deux jours que les événements s’ enchaînent sans que nous puissions prendre de recul. Le groupe commence sérieusement à se souder.
« Nous avons tous cette impression d’ être arrivés il y a deux mois. »
Aujourd’ hui c’ est vendredi, les Palestiniens sont en congé et à midi, Marouane, Mehdi, Mohammed, Omar et Raphaël accompagnent ceux qui vont à la mosquée. Nour et Louise vont à celle des femmes avec Anwaar, une jeune Palestinienne. C’ est un temps d’ écriture et de repos pour les autres.
Nous mangeons tous ensemble à la Beit, où le repas est encore une fois délicieux. Ghadeer et Sabreen nous ont cuisiné un khobz masakhan, qui est un plat traditionnel fait d’ un pain plat couvert de beurre fondu, de sumak, d’ oignons confits et d’ amandes grillées. Yves a noté la recette. Après le repas, nous avons un court temps libre. Certains d’ entre nous apprennent, avec les jeunes jalbounais, les bases du dabké, qui est la danse palestinienne traditionnelle. De leur coté, Hélène et Mériam discutent avec une dizaine de jalbounaises dans la cour supérieure de la Beit. Mériam, dont nous découvrons au fil du voyage la beauté de la voix, leurs chante sa chanson préféré « Zina babylon ». Le public est conquis.
Un village marqué par la colonisation.
Nous partons visiter le village avec les jeunes Jalbounais. Les filles du cours de français mènent la visite et, ayant préparé des textes en français, nous expliquent l’ histoire du village. Hani, leur professeur, les aide de temps en temps dans
leurs explications. Elles nous parlent des ruines du vieux centre. Les maisons ottomanes, toutes en pierre claires, se sont effondrées avec le temps. C’ est très beau. Il y a une immense salle au plafond voûté, comme dans les églises, à moitié effondrée juste à côté de nous. Un âne est attaché à l’ intérieur.
Nous reprenons la route et arrivons en haut du village. En face du Mur. C’ est un moment difficile. La vue est à la fois magnifique et terrifiante: nous pouvons voir tout le village, la colonie qui le surplombe à l’ est et le Mur qui les sépare en courant vers le sud. Saba, une jeune Jalbounaise, et Jean racontent sa construction et quelques anecdotes à propos de l’ oppression constante que subit le village. 80 % des terres sont désormais de l’ autre côté du Mur, volées sans aucune considération pour les Jalbounais qui en dépendaient. Ils nous racontent