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Au fil des rencontres
Le voyage, c’ est la rencontre. La rencontre, ça fait bouger les lignes, les idées, ça nous bouscule et forcément, ça nous grandit. Ça nous change. Au cours de ce voyage, nous avons croisé une multitude de personnes. Nos échanges avec elles; du simple sourire ou du regard bienveillant, aux témoignages intimes et discussions passionnées, ont marqué nos mémoires au fer rouge. En voici quelques traces.
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Jean-Claude Sauzet
L’ aumônier de la Maison d’ Abraham
Il nous parle du « mur entre la Palestine et la Palestine » que l’ on peut voir depuis le toit. C’ est le matin. Sur la terrasse de la Maison d’ Abraham, en face de la verrière bleue de l’ entrée, certains d’ entre nous rencontrent Jean-Claude Sauzet, qui est le prêtre résident de la Maison. Activiste engagé pour la justice en Palestine, il est également théologien et étudie au moment où nous lui parlons la question du partage des Terres saintes dans la Torah. Les agissements d’ Abraham et de David y présentent deux visions opposées: le premier décida, en arrivant sur les terres palestiniennes( anciennement nommées Canaan), de négocier avec les populations locales pour partager équitablement les terres, alors que le second préféra massacrer tous les cananéens pour en prendre possession. Pourquoi est-ce important? Parce que la religion est ici au fondement de l’ action étatique. C’ est en s’ appuyant sur la Torah que le sionisme, et donc le gouvernement israélien, légitime l’ existence d’ un État juif
et la confiscation des terres palestiniennes. Face à cette constatation, notre interlocuteur a donc fait le choix de donner à son engagement une forme insolite: connaître en profondeur la religion juive pour combattre le sionisme sur son propre terrain.
Sulafa Abualrob
Participante jalbounaise de l’ échange culturel
Nous avons tous rencontré Sulafa en arrivant pour la première fois à la Beit. Un jour, Mehdi a décidé de la questionner personnellement pour connaître les préoccupations d’ une jeune fille de 15 ans vivant à Jalboun. Il l’ a choisie presque au hasard parmi le groupe des jalbounaises, d’ abord parce qu’ elle était gentille, mais aussi parce qu’ elle suivait les cours de français avec Hani et qu’ elle nous a accompagnés tout au long de l’ échange. Sulafa a un petit frère de 13 ans. Ses distractions favorites sont la cuisine et les séries libanaises qui passent à la télévision. Elle aime la Maison pour tous, car on peut y faire des activités, apprendre et se retrouver entre filles. Elle y apprécie particulièrement la bibliothèque car c’ est grâce à elle qu’ elle a découvert le plaisir de la lecture. Bien sûr, elle rêve de la paix en Palestine, mais surtout d’ une vie normale, heureuse. À l’ avenir, elle souhaiterait devenir une enquêtrice criminelle, une idée très précise qui lui est venue en regardant la série américaine NCIS: « J’ aime résoudre les problèmes et les injustices » dit-elle a Mehdi. Dans 10 ans, elle s’ imagine être une célèbre enquêtrice dans les affaires criminelles et vivre à Jenin, où elle travaillerait « pour la paix dans le monde ». Et les garçons? Elle trouve qu’ il est difficile de s’ entendre avec eux, qu’ ils ne sourient jamais: « Je me sentirais emprisonnée si je me mariais parce qu’ ils ne sont pas drôles. »