Littéra’Tour
philosophe » et boire « comme un poète ».
Outre-manche, les « Confessions d’un man-
geur d’opium anglais » de Thomas De Quincey, récit
d’un écrivain tombé dans l’addiction, font grand bruit
dès leur parution. Une traduction, « L’Anglais Mangeur
d’Opium » écrite par nul autre qu’Alfred De Musset, ne
tardera pas à paraître.
« Ô juste, subtil et puissant opium » ! Ces mots
qui résument l’ouvrage sonneront un coup de tonnerre
dans l’horizon littéraire au bord de l’orage. Un orage
que précipitera un homme, le docteur Moreau de La
Tour. Médecin, spécialiste de l’aliénation, qui, riche de
ses voyages en orient, fonde à l’hôtel de Lauzun, le
célèbre Club des Haschischins. Ceci dans le but de
poursuivre ses expérimentations sur les effets des
drogues. Il initie d’abord Théophile Gautier, qui ne tar-
dera pas à écrire plusieurs textes et comptes rendus
de ces séances au club.
Ce dernier y rencontre pour la première fois,
Baudelaire. Le beau monde s’y presse, vous pouviez y
croiser tour à tour les peintres Honoré Daumier et Eu-
gène Delacroix ou encore les écrivains Gérard de Ner-
val, Gustave Flaubert, Alexandre Dumas et Honoré de
Balzac. On y fume alors en groupe et sous le contrôle
du docteur Moreau, pendant des séances aux accents
orientaux nommées « Fantasias ».
Gautier se retire rapidement, conscient de son
addiction, tout comme Baudelaire. Pour le premier « le
vrai littérateur n’a besoin que de ses rêves naturels, et
il n’aime pas que sa pensée subisse l’influence d’un
agent quelconque ». Quant au second, il dénigre rapi-
dement les drogues auxquelles il préfère le vin, et puis
surtout sa « fée verte », l’absinthe. Il écrira d’ailleurs :
« Le haschisch appartient à la classe des joies soli-
taires ; il est fait pour les misérables oisifs. Le vin
est utile, il produit des résultats fructifiant ».
Baudelaire ne suivra donc pas l’itinéraire de
son illustre idole, Edgar Alan Poe. « Buveur barbare »
des mots même de Baudelaire, Poe était aussi et sur-
tout un grand consommateur de substances en tout
genre. Et c’est d’ailleurs sous leur influence qu’il écrit
probablement le plus célèbre de ses poèmes : Le cor-
beau.
Sous l’emprise de drogues récréatives, parfois
expérimentales, les écrivains se laissent aller aux nou-
velles sensations : l’infini s’allonge, les bruits ont des
couleurs, les couleurs des sons, les formes changent
et les visions se font de plus en plus nettes. Certains
cherchent l’inspiration dans ces vapeurs, tandis que
les poètes et autres maudits y trouveront un énième
refuge, avec toujours la même insatisf