ReMed 2018 ReMed N°6 - Addiction | Page 38

Littéra’Tour philosophe » et boire « comme un poète ». Outre-manche, les « Confessions d’un man- geur d’opium anglais » de Thomas De Quincey, récit d’un écrivain tombé dans l’addiction, font grand bruit dès leur parution. Une traduction, « L’Anglais Mangeur d’Opium » écrite par nul autre qu’Alfred De Musset, ne tardera pas à paraître. « Ô juste, subtil et puissant opium » ! Ces mots qui résument l’ouvrage sonneront un coup de tonnerre dans l’horizon littéraire au bord de l’orage. Un orage que précipitera un homme, le docteur Moreau de La Tour. Médecin, spécialiste de l’aliénation, qui, riche de ses voyages en orient, fonde à l’hôtel de Lauzun, le célèbre Club des Haschischins. Ceci dans le but de poursuivre ses expérimentations sur les effets des drogues. Il initie d’abord Théophile Gautier, qui ne tar- dera pas à écrire plusieurs textes et comptes rendus de ces séances au club. Ce dernier y rencontre pour la première fois, Baudelaire. Le beau monde s’y presse, vous pouviez y croiser tour à tour les peintres Honoré Daumier et Eu- gène Delacroix ou encore les écrivains Gérard de Ner- val, Gustave Flaubert, Alexandre Dumas et Honoré de Balzac. On y fume alors en groupe et sous le contrôle du docteur Moreau, pendant des séances aux accents orientaux nommées « Fantasias ». Gautier se retire rapidement, conscient de son addiction, tout comme Baudelaire. Pour le premier « le vrai littérateur n’a besoin que de ses rêves naturels, et il n’aime pas que sa pensée subisse l’influence d’un agent quelconque ». Quant au second, il dénigre rapi- dement les drogues auxquelles il préfère le vin, et puis surtout sa « fée verte », l’absinthe. Il écrira d’ailleurs : « Le haschisch appartient à la classe des joies soli- taires ; il est fait pour les misérables oisifs. Le vin est utile, il produit des résultats fructifiant ». Baudelaire ne suivra donc pas l’itinéraire de son illustre idole, Edgar Alan Poe. « Buveur barbare » des mots même de Baudelaire, Poe était aussi et sur- tout un grand consommateur de substances en tout genre. Et c’est d’ailleurs sous leur influence qu’il écrit probablement le plus célèbre de ses poèmes : Le cor- beau. Sous l’emprise de drogues récréatives, parfois expérimentales, les écrivains se laissent aller aux nou- velles sensations : l’infini s’allonge, les bruits ont des couleurs, les couleurs des sons, les formes changent et les visions se font de plus en plus nettes. Certains cherchent l’inspiration dans ces vapeurs, tandis que les poètes et autres maudits y trouveront un énième refuge, avec toujours la même insatisf