noms passés à la postérité, ayant emprunté les che-
mins suintants de la bouteille et de la seringue. S’en
suit une écriture poignante, au plus proche du réel et
du vécu, de plus en cru, instantanée, des « trips » aux
tripes, si caractéristique du 20 ème siècle.
On assiste depuis à des tentatives de plusieurs
auteurs, par exemple, Beigbeder, qui, perdus dans une
version ubuesque de la société des loisirs, se paro-
dient, par le vecteur des drogues, dans une version
artificielle de ce qu’aurait pu être une existence mar-
ginale et authentique.
Symbole de rébellion, les drogues se sont in-
crustées dans une certaine esthétique de l’art, et de
l’artiste en général, afin de former un mythe tenace ou
encore devenir un gage et un synonyme d’inspiration,
de liberté et d’authenticité. Or, le génie de tous ces au-
teurs ne saurait se résumer à leur consommation, tout
au contraire, très peu en gardent de bons souvenirs.
Le propre de ces esprits, au-delà de leur fragilité pro-
fonde, de leur curiosité débordante, de leur enclin à la
mélancolie, et de leur vécu souvent hors du commun,
en font des proies faciles, que ce soit pour découvrir et
sentir le monde autrement, mieux se connaître, autant
que pour mieux oublier, et ne plus rien sentir. Loin
d’être une nécessité artistique, ou le propre des bon
écrivains, l’extase de la solution facile, puis l’addiction,
en embuscade, a certainement précipité la mort d’une
grande partie des auteurs cités.
Nécessité ou caprice ? Échappatoire ou refuge ? La bois-
son et puis la drogue jalonnent le parcours de la littéra-
ture du 19 ème au 21 ème siècle. Si l’alcool, lubrifiant social
ou étang à chagrins, semble faire l’unanimité autant
dans les milieux artistiques que populaires, autant pour
exalter qu’oublier, il n’en va pas de même pour les dro-
gues. De l’opium chanté par Quincy, boudé par Baude-
laire et Balzac, à la mescaline, et puis à la coke et au LSD
des beatniks, l’artifice fut plus tabou, moins assumé, et
surtout, plus vicieux. Depuis, si certains le revendiquent
encore comme source d’inspiration et outil créatif, il fit
les mauvais jours de plus d’un auteur et précipita la
chute de nombreux d’autres. Il n’en demeure pas moins
que cette relation est plus étroite et durable qu’on le
pense lorsqu’il s’agit des artistes, plus enclins à l’aven-
ture et surtout à la dérive.
ReMed Magazine - Numéro 6
39