Des Enfers aux Paradis
Artificiels :
L’Historique d’une Addiction Littéraire
M’hamed BELBOUAB
New York, Londres ou encore Paris. Un homme
voûté au-dessus d’une pile de feuilles éparpil-
lées ou encore d’une machine clinquante et cré-
pitante. A la lumière de quelques bougies que
l’on devine au travers d’une fumée épaisse, il
empile les feuillets comme les heures, en jette
plus qu’il en garde. A ses côtés, une bouteille (du
whisky de préférence) bientôt vide, une pipe, un
cigare, ou encore un joint, et puis une cuillère,
parfois même une seringue.
C’est un mythe, un cliché qui a la peau dure, celui
d’une alchimie rêvée entre l’écrivain, l’ivresse et
la défonce. Vu parfois comme partie intégrante
du processus de création, nous tenterons de
retracer le phénomène à sa source et de saisir
l’ampleur depuis bientôt deux siècles.
C
ela devait commencer vers le 19 ème siècle.
Plantation du décor : Une France en plein
changements sociaux et politiques, une socié-
té prise par le « mal du siècle ». C’est « la maladie
abominable » de Chateaubriand, « la vague des pas-
sions », ou encore l’« école du désenchantement »
de Balzac. C’est déjà un peu le spleen de Baudelaire
qui flotte dans l’air, et puis c’est certainement l’ennui
chez Flaubert.
Le mécénat n’existe plus, et les plumes en
viennent souvent à vendre leur liberté littéraire,
comme Gautier et Gérard de Nerval qui se sont faits
journalistes.
La drogue devient une marchandise dont la
consommation progresse et se banalise. Les plus aisés
introduisent les drogues dans leur milieu social. Se
droguer devient une marque de sophistication, tout
comme boire, des breuvages rares et chers néanmoins.
La mode est alors à fumer le haschich « comme un
ReMed Magazine - Numéro 6
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