ReMed 2018 ReMed N°6 - Addiction | Seite 37

Des Enfers aux Paradis Artificiels : L’Historique d’une Addiction Littéraire M’hamed BELBOUAB New York, Londres ou encore Paris. Un homme voûté au-dessus d’une pile de feuilles éparpil- lées ou encore d’une machine clinquante et cré- pitante. A la lumière de quelques bougies que l’on devine au travers d’une fumée épaisse, il empile les feuillets comme les heures, en jette plus qu’il en garde. A ses côtés, une bouteille (du whisky de préférence) bientôt vide, une pipe, un cigare, ou encore un joint, et puis une cuillère, parfois même une seringue. C’est un mythe, un cliché qui a la peau dure, celui d’une alchimie rêvée entre l’écrivain, l’ivresse et la défonce. Vu parfois comme partie intégrante du processus de création, nous tenterons de retracer le phénomène à sa source et de saisir l’ampleur depuis bientôt deux siècles. C ela devait commencer vers le 19 ème siècle. Plantation du décor : Une France en plein changements sociaux et politiques, une socié- té prise par le « mal du siècle ». C’est « la maladie abominable » de Chateaubriand, « la vague des pas- sions », ou encore l’« école du désenchantement » de Balzac. C’est déjà un peu le spleen de Baudelaire qui flotte dans l’air, et puis c’est certainement l’ennui chez Flaubert. Le mécénat n’existe plus, et les plumes en viennent souvent à vendre leur liberté littéraire, comme Gautier et Gérard de Nerval qui se sont faits journalistes. La drogue devient une marchandise dont la consommation progresse et se banalise. Les plus aisés introduisent les drogues dans leur milieu social. Se droguer devient une marque de sophistication, tout comme boire, des breuvages rares et chers néanmoins. La mode est alors à fumer le haschich « comme un ReMed Magazine - Numéro 6 37