Brèves
L’ Histoire des Drogues
Mehdi KHETTAB
L’ histoire des drogues fait partie intégrante de l’ histoire des hommes. Drogue, étymologiquement, mêle santé( médicament) et maladie( toxique), mêle aussi aide et entrave, bien-être et mal-être. De nos jours, l’ utilisation qui monte en flèche chez les plus jeunes, malgré l’ interdiction de telles substances, nous laisse croire que ce fléau est un phénomène social moderne et que la consommation des drogues est un mal qui afflige le monde depuis quelques décennies seulement, d’ où les questions: « La consommation de psychotropes est-elle exclusive aux temps modernes? », « A quel moment la présence de ces substances est-elle devenue chose commune dans nos sociétés? ». Répondons à ces interrogations en soulignant plusieurs coutumes sociales de différents peuples à travers l’ histoire des hommes.
Les sociétés musulmanes et le cannabis
Au moyen âge, contrairement aux royaumes occidentaux qui considérèrent l’ utilisation de toute plante médicinale comme hérésie et charlatanisme, les musulmans virent dans le cannabis non seulement un moyen efficace pour remplacer l’ alcool qui fut interdit par l’ Islam, mais aussi une source riche en vertus thérapeutiques. Le chanvre, plante qui est à la base de la préparation du cannabis, est aussi utilisée pour la fabrication du papier, ce qui poussa les autorités à la planter en masse afin de faciliter la diffusion du savoir. Ainsi, l’ usage du cannabis se répandit à travers le califat, de la Perse à la péninsule ibérique en passant par le Maghreb. « Ibn el Baytar » le mentionne comme « Qanab el Hindi », et il fut par la suite mentionné dans la « Umdat at-tabîb » pour sa présence en Afrique du Nord.
Pour l’ anecdote, certains étymologistes raccordent le mot « assassin », mentionné la première fois dans les récits des Croisades, à une ancienne secte musulmane chiite ismaélite dite « Hachachines », responsable de l’ assassinat de dizaines de hauts responsables du califat, dont les adeptes furent connus pour leur consommation de breuvages à base d’ opium, d’ hallucinogènes et de « hashish » avant de commettre leurs crimes.
L’ inde et sa médecine traditionnelle
La signature de la convention internationale de l’ opium à La Haye en 1912 visant à criminaliser le cannabis et les produits opiacés à travers le monde, transforma complètement l’ usage de la drogue en Inde, pays où l’ usage maitrisé de ces substances était communément admis depuis bien plus de mille ans.
En effet, l’ Ayurveda, Siddha, Unani et Tibbi, des systèmes de médecine ancestraux, faisaient usage du cannabis et de l’ opium dans la composition des médicaments pour une panoplie de remèdes familiaux, de médications tribales et de pratiques médicales populaires. L’ usage du « Cannabis Sativa » par exemple, était employé pour traiter plusieurs maux( tétanos, hydrophobie, delirium tremens, convulsions infantiles, asthme, accouchement difficile, insomnie, choléra... etc.). De son côté, l’ opium trouvait sa place chez les adeptes de l’ école « Tibbi » qui le voyaient comme un « stimulant temporaire du cerveau faisant naître une sensation de plaisir, de vigueur physique et de chaleur ». Il fut utilisé dans des préparations médicinales permettant de traiter la douleur, la toux, l’ asthme, le hoquet, les délires maniaques et les états inflammatoires du cerveau, ainsi que la diarrhée et la dysenterie.
Cependant, il est à noter qu’ en vue des prix élevés de la médecine occidentale, des millions d’ indiens continuent de se munir de ces remèdes traditionnels, à base de cannabis et d’ opium, malgré les interdictions internationales.
ReMed Magazine- Numéro 6 31