ReMed 2018 ReMed N°6 - Addiction | Page 32

Deux guerres déclenchées pour l’opium en Europe I l est curieux de constater que dans beaucoup de films ou bandes-dessinées, on représente toujours le trafi- quant d’opium sous la forme d’un chinois, de préfé- rence maigre, sans scrupule et prêt à tout pour vendre son précieux sésame pour enrichir ses créanciers. Néan- moins, cette image ne concorde pas tout à fait avec la réalité, c’est même l’inverse qui se produit ! Au début du 19 e siècle, la dynastie Qing, qui gouvernait alors la chine, s’opposait farouchement au commerce de l’opium sur ses terres. Malheureusement, l’envahis- seur Britannique et ses acolytes Français et Russes ne virent pas les choses du même œil. La perspective d’un commerce à croissance exponentielle et aux revenus quasi-illimités ne les fit pas hésiter très longtemps avant d’entreprendre tout ce qui était en leur pouvoir pour faire plier les chinois. C’est ainsi qu’ils déclenchèrent deux redoutables offen- sives, en 1839 puis en 1856. Les chinois furent malheu- reusement battus et les bourreaux, en plus d’imposer le commerce massif de l’opium, en profitèrent pour faire signer aux chinois nombres de traités inégaux et ga- gner de multiples concessions. C’est ainsi qu’ils mirent la main sur Hong-Kong et créèrent la banque HSBC (Hong-Kong & Shanghai Banking Corporation). Les shamans d’Amérique du Sud D ans l’Amazonie Indienne, les shamans font office de guérisseurs depuis des millénaires. Leurs mé- thodes visent à soigner l’âme du malade avec des plantes psychotropes comme le tabac et l’ayahuasca. Longtemps méprisée par l’Occident, cette mé- decine parallèle commença à être sérieusement étu- diée à partir de 1970, donnant naissance à une vague de chercheurs, d’anthropologues, d’ethnologues, de psychologues et d’ethnobotanistes n’hésitant pas à consommer les substances pour mieux les comprendre. Selon eux, les cérémonies mixées à la prise de puis- santes herbes jouent un rôle dans la guérison. Ayahusca, venant d’une fusion entre « aya ; mort », et « husca ; liane », voit son usage remonter à plusieurs millénaires dans la culture amazonienne vénézuélienne, colombienne, péruvienne, bolivienne, équatorienne et brésilienne. Utilisée seulement lors de cérémonies religieuses, cette plante d’Amazonie permettrait de rentrer en transe afin d’accéder à des visions divinatoires, ou encore comme outil de purifi- cation pour guérir certains traumas. Selon l’anthropo- logue américain Michael Harner, leader du mouvement de recherche, cette substance offre aux malades une possibilité de se « réunifier avec soi-même » et de profi- ter d’une sorte de « guérison cathartique » à travers des hallucinations. 32 Été 2018