ReMed 2018 ReMed N°6 - Addiction | Page 29

Mes Premiers Pas en Médecine Sarah LAMARA - MED L e bac ? Ah… le bac, chacun tressaillit à la mention de ce mot. A son écoute, un petit rictus jaillira sur le visage de certains ; ces derniers n’étant per- sonne d’autre que les plus studieux d’entre nous, à qui ce mot évoquera une trame de souvenirs marquants. En l’occurrence, il leur rappellera cette année érein- tante caractérisée par leur première initiation à la phi- losophie, une pile de sujets d’examens collectionnés, ainsi que leur oscillation entre cours du lycée et cours de soutien. En revanche, il suscitera plutôt un sou- rire nostalgique chez les plus nonchalants et désin- voltes d’entre nous, car il les renverra vers une époque joyeuse mais révolue ; une période où la médecine ne les malmenait pas encore, une période où ils jouis- saient de longues nuits de sommeil, une période où ils ne se retrouvaient pas pris en otage à la bibliothèque par leur manuel d’anatomie et enfin, une période où « examens » ne rimaient pas avec « veillées jusqu’au petit matin ». Néanmoins, en dépit de cet étalage de réac- tions adverses, là où nous convergeons tous assu- rément ; c’est en cette indicible euphorie qui nous submerge à l’obtention de notre baccalauréat. Nous ressentons que nous avons déverrouillé une porte colossale ; une porte que nous franchissons à pas de géant en direction de ce futur radieux que nous convoitons. Et au fur et à mesure que les journées esti- vales défilent, cette joie se tasse pour céder la place à une autre émotion tout aussi ineffable, un senti- ment qui nous plonge dans un état d’alerte mêlé à de l’excitation. Vous l’avez reconnu ? Non ? Il s’agit de la rentrée universitaire, et de tout ce qu’elle inspire aux bacheliers nouvellement diplômés. Les prémices de l’arrivée de l’automne se succèdent : le climat se rafraichit graduellement, les arbres revêtissent des teintes jaunâtres à orangées, et les plages se voient de plus en plus désertées à la faveur des rayons de fournitures scolaires qui ne dé- semplissent plus. Pendant ce temps, nous prêtons une oreille attentive aux dires des autres admis à travers nos réseaux sociaux que nous sondons nerveusement, afin de nous enquérir de la date de cette rentrée. Après plusieurs rumeurs contradictoires, cette échéance est enfin fixée et nous la marquons sur notre calendrier d’un cercle de fluorescent rose qu’on aura préalablement acheté. Puis, nous nous abandonnons à nos rêveries éveillés. Nous lâchons la bride à notre imagination et nous nous laissons séduire par le ta- bleau chimérique qu’elle dépeint de cette journée. En un après-midi, nous passons en revue tous les scéna- rios concevables et nous nous glissons dans la peau de mille et un scénaristes. Enfin, le jour tant attendu de la rentrée arrive. La veille, au moment de succomber à la douceur du sommeil, nous nous heurtons à un paradoxe. D’une part, nous avons tant hâte d’être au lendemain que nous aimerions que la nuit s’écoule en un battement de paupière. D’autre part, épuisés que nous sommes, nous souhaiterions que la nuit se prolonge pour y re- couvrer nos forces. Or, ce bourdonnement d’idées qui transforme notre tête en une véritable ruche empêche Morphée de nous accueillir en son royaume. Puis, fina- lement, nous perdons connaissance, un air sémillant gravé sur le visage. Et voilà que les premiers rayons du soleil se fraient un chemin jusqu’à notre lit, s’y joint le réveil avec sa sonnerie stridente et les bruits de pas de la famille qui s’affairent dans les pièces adjacentes. Tant d’éléments contre lesquels nous pestons d’abord puis à travers cette brume qui règne dans notre esprit, nous nous rappelons la journée prometteuse qui se profile à l’horizon. Cette pensée vivifiante nous pro- digue donc la force de nous lever et, avant même que nous le réalisions, nous nous retrouvons dans la sta- tion de Cous à guerroyer pour nous frayer une place. A défaut d’un siège décent, nous goûtons aux joies des exercices d’équilibre debout à chaque coup de frein sec du chauffeur qui, d’ailleurs, ne manquera pas de ReMed Magazine - Numéro 6 29