Mes Premiers Pas en Médecine
Sarah LAMARA - MED
L
e bac ? Ah… le bac, chacun tressaillit à la mention
de ce mot. A son écoute, un petit rictus jaillira sur
le visage de certains ; ces derniers n’étant per-
sonne d’autre que les plus studieux d’entre nous, à qui
ce mot évoquera une trame de souvenirs marquants.
En l’occurrence, il leur rappellera cette année érein-
tante caractérisée par leur première initiation à la phi-
losophie, une pile de sujets d’examens collectionnés,
ainsi que leur oscillation entre cours du lycée et cours
de soutien. En revanche, il suscitera plutôt un sou-
rire nostalgique chez les plus nonchalants et désin-
voltes d’entre nous, car il les renverra vers une époque
joyeuse mais révolue ; une période où la médecine ne
les malmenait pas encore, une période où ils jouis-
saient de longues nuits de sommeil, une période où ils
ne se retrouvaient pas pris en otage à la bibliothèque
par leur manuel d’anatomie et enfin, une période où
« examens » ne rimaient pas avec « veillées jusqu’au
petit matin ».
Néanmoins, en dépit de cet étalage de réac-
tions adverses, là où nous convergeons tous assu-
rément ; c’est en cette indicible euphorie qui nous
submerge à l’obtention de notre baccalauréat. Nous
ressentons que nous avons déverrouillé une porte
colossale ; une porte que nous franchissons à pas
de géant en direction de ce futur radieux que nous
convoitons.
Et au fur et à mesure que les journées esti-
vales défilent, cette joie se tasse pour céder la place
à une autre émotion tout aussi ineffable, un senti-
ment qui nous plonge dans un état d’alerte mêlé à de
l’excitation. Vous l’avez reconnu ? Non ? Il s’agit de la
rentrée universitaire, et de tout ce qu’elle inspire aux
bacheliers nouvellement diplômés.
Les prémices de l’arrivée de l’automne se
succèdent : le climat se rafraichit graduellement, les
arbres revêtissent des teintes jaunâtres à orangées, et
les plages se voient de plus en plus désertées à la
faveur des rayons de fournitures scolaires qui ne dé-
semplissent plus. Pendant ce temps, nous prêtons une
oreille attentive aux dires des autres admis à travers
nos réseaux sociaux que nous sondons nerveusement,
afin de nous enquérir de la date de cette rentrée.
Après plusieurs rumeurs contradictoires, cette
échéance est enfin fixée et nous la marquons sur notre
calendrier d’un cercle de fluorescent rose qu’on aura
préalablement acheté. Puis, nous nous abandonnons
à nos rêveries éveillés. Nous lâchons la bride à notre
imagination et nous nous laissons séduire par le ta-
bleau chimérique qu’elle dépeint de cette journée. En
un après-midi, nous passons en revue tous les scéna-
rios concevables et nous nous glissons dans la peau
de mille et un scénaristes.
Enfin, le jour tant attendu de la rentrée arrive.
La veille, au moment de succomber à la douceur du
sommeil, nous nous heurtons à un paradoxe. D’une
part, nous avons tant hâte d’être au lendemain que
nous aimerions que la nuit s’écoule en un battement
de paupière. D’autre part, épuisés que nous sommes,
nous souhaiterions que la nuit se prolonge pour y re-
couvrer nos forces. Or, ce bourdonnement d’idées qui
transforme notre tête en une véritable ruche empêche
Morphée de nous accueillir en son royaume. Puis, fina-
lement, nous perdons connaissance, un air sémillant
gravé sur le visage. Et voilà que les premiers rayons du
soleil se fraient un chemin jusqu’à notre lit, s’y joint le
réveil avec sa sonnerie stridente et les bruits de pas
de la famille qui s’affairent dans les pièces adjacentes.
Tant d’éléments contre lesquels nous pestons d’abord
puis à travers cette brume qui règne dans notre esprit,
nous nous rappelons la journée prometteuse qui se
profile à l’horizon. Cette pensée vivifiante nous pro-
digue donc la force de nous lever et, avant même que
nous le réalisions, nous nous retrouvons dans la sta-
tion de Cous à guerroyer pour nous frayer une place. A
défaut d’un siège décent, nous goûtons aux joies des
exercices d’équilibre debout à chaque coup de frein
sec du chauffeur qui, d’ailleurs, ne manquera pas de
ReMed Magazine - Numéro 6
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