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ENTRETIENS
Une fois que j’ ai compris que le matériau et sa technologie étaient accessibles, j’ ai dit à l’ équipe:“ on y va”. Et, très vite, une filière solide s’ est mise en place, au point de contribuer à une dynamique désormais visible à l’ échelle européenne. Ce qui a été important, c’ est la confiance: on m’ a laissé construire, développer, stabiliser. Ensuite, la jeune génération a pris le relais, et c’ est exactement ce que je voulais.
VOUS INSISTEZ SOUVENT SUR L’ IMPORTANCE DU TRAVAIL COLLECTIF. Je n’ ai jamais travaillé seule. Il y a toujours eu, autour de moi, des technologues, des spécialistes matériaux, des opticiens, des partenaires applicatifs. Ce qui m’ intéresse, c’ est précisément l’ interface entre ces mondes. Et si vous n’ avez plus cette capacité à transformer une compétence individuelle en dynamique d’ équipe, vous perdez l’ essentiel. Les restructurations institutionnelles, les départs à la retraite, les réorganisations ont parfois affaibli des dynamiques collectives. J’ ai toujours été convaincue qu’ on n’ a pas le droit de casser une chaîne de valeur, surtout lorsqu’ elle repose sur des compétences rares, construites patiemment. C’ est aussi cela qui m’ a poussée à m’ investir davantage dans la structuration nationale: protéger les communautés techniques, assurer la continuité, maintenir le lien entre recherche, technologie et industrie.
COMMENT AVEZ-VOUS ANIMÉ ET COORDONNÉ LE RÉSEAU RENATECH? Au comité national, j’ ai découvert des tensions, des différences culturelles, mais aussi une nécessité: si l’ on veut défendre la technologie et les plateformes, il faut se mettre en réseau. Ce sont des visions portées initialement par les directions d’ unité et les pionniers de ces réseaux; moi, j’ ai surtout contribué à les rendre opérationnelles, à les faire vivre concrètement. Nous avons mis en place des outils d’ échange entre permanents, par exemple une liste et un espace de discussion technique. Cela peut sembler simple, mais l’ effet est considérable: dès qu’ un site rencontre un problème, quelqu’ un ailleurs en France peut répondre, partager une solution, une recette, une méthode. On voit alors apparaître une confiance collective, une capacité à s’ entraider qui est rare et précieuse.
DANS QUELLES CONDITIONS AVEZ-VOUS ÉTÉ APPELÉE À COORDONNER LE PEPR ELECTRONIQUE? Le CNRS devait porter le programme, une lettre de mission est arrivée, et en un temps très court il a fallu identifier une personne capable de fédérer la communauté. J’ ai été sollicitée et, après réflexion, j’ ai accepté, à condition de ne pas le faire seule et de m’ entourer. Les débuts ont été très intenses: en quelques mois, il fallait rassembler la communauté, structurer des filières technologiques, construire une gouvernance, définir des priorités scientifiques. Cela a été très stimulant mais aussi éprouvant. Au final, je suis très satisfaite de ce que nous avons réussi à imposer avec mon co-porteur Thomas Ernst du CEA-Leti: une structuration par la science et par les projets, et non par des discours. Bien sûr, tout n’ est pas parfait: on manque toujours de moyens et il faut faire des choix. Mais l’ architecture est là, la dynamique existe, et l’ évaluation a montré la pertinence de certaines orientations prises dès le départ, notamment sur l’ intégration des photons dans une vision large de l’ électronique.
QUELLE SUITE DONNER AU PEPR ÉLECTRONIQUE? Pour moi, deux priorités s’ imposent. La première, ce sont les matériaux semi-conducteurs: il faut absolument préserver ces compétences. Ce sujet dépasse les étiquettes « électronique » ou « photonique »: ce sont les mêmes matériaux, les mêmes briques technologiques, et ils irriguent toutes les filières. Or, nous sommes en train de perdre des savoir-faire: la
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