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Entretien avec Isabelle Sagnes
ENTRETIENS
Entretien avec Isabelle Sagnes
Directrice de recherche CNRS au C2N, spécialiste de sources de photons sur matériaux III-V, coordinatrice scientifique du réseau RENATECH, directrice du PEPR Electronique pour le CNRS.
https:// doi. org / 10.1051 / photon / 202613815
AVEZ-VOUS TOUJOURS SOUHAITÉ TRAVAILLER DANS LES SCIENCES? A l’ origine, je voulais être chef d’ orchestre car au collège et lycée à Nice, je me suis essentiellement consacrée à la musique. C’ est pourquoi après mon bac, j’ ai d’ abord tenté une filière musicale, en passant le concours Louis Lumière pour devenir ingénieure du son à Paris. Très vite, je suis revenue à Nice où j’ ai repris des études scientifiques universitaires sur le campus de Valrose. La musique m’ avait sans doute donné une certaine intuition mathématique et j’ ai obtenu de très bons résultats. Mes enseignants m’ ont alors conseillé d’ aller à Grenoble pour faire de la physique appliquée. C’ est ainsi que j’ ai intégré le magistère de physique de Grenoble, où j’ ai véritablement découvert la physique de laboratoire, une période que j’ ai adorée.
CHERCHIEZ-VOUS À VOUS SPÉCIALISER EN MICROÉLECTRONIQUE? J’ ai plutôt suivi un DEA orienté optique et optoélectronique. J’ ai fait une thèse à Grenoble dans un laboratoire très technologique, au cœur de ce qui était alors une véritable pépite française en microet nano-électronique. J’ ai travaillé sur 4 sujets en parallèle: les détecteurs infrarouges accordables, les hétérostructures silicium – germanium pour la détection et le transport dans des gaz de trous bidimensionnels, le silicium poreux. Ma thèse constituait un état de l’ art solide sur ces différents thèmes. Je l ' ai soutenue en juillet 1994 devant un jury prestigieux, ce qui témoigne de l’ intérêt scientifique du travail.
CETTE THÈSE VOUS A-T-ELLE CONVAINCUE DE POURSUIVRE EN RECHERCHE ACADÉMIQUE? Avant même la soutenance, on m’ avait proposé un poste intéressant au CNET à Meylan, comme ingénieure France Télécom. J’ ai dû soutenir rapidement pour pouvoir être recrutée dès août 1994. Je me suis retrouvée responsable d’ une filière technologique en microélectronique avec une équipe à diriger. Ce fut une expérience intense, mais qui m’ a éloignée de la recherche. Après quelques années, j’ ai ressenti le besoin de revenir à une activité plus tournée vers la recherche. J’ ai alors demandé à changer de site et j’ ai rejoint le CNET de Bagneux pour travailler sur la croissance de matériaux III-V. J’ ai quitté la métropole grenobloise après y avoir passé 10 années. Je me suis installée en région parisienne, je suis repartie de zéro, j’ ai dû apprendre de nouvelles techniques et m’ imposer dans un environnement parfois difficile, notamment en tant que femme.
DANS QUELLES CONDITIONS AVEZ- VOUS REJOINT LE CNRS? À la fin des années 1990, le site de Bagneux a progressivement fermé. En parallèle, un nouveau laboratoire CNRS était en projet de création, le Laboratoire de Photonique et Nanostructures. J’ ai passé le concours CNRS et j’ ai été recrutée comme chargée de recherche dans une structure alors en cours de création. J’ ai mené mes premières années de chargée de recherche CNRS au CNET, avec Jean-Yves Marzin. J’ ai ensuite participé très activement à la conception et à la construction du LPN. J’ ai suivi de près le chantier avec Ali Madouri ingénieur au laboratoire, j’ ai participé aux choix techniques et travaillé avec les architectes et les équipes de sécurité.
POURQUOI VOUS ÊTES-VOUS SI FORTEMENT INVESTIE DANS LA CONSTRUCTION DE CE NOUVEAU LABORATOIRE DE RECHERCHE? J’ avais une connaissance très concrète de ce que représente une salle blanche, de son organisation, de ses contraintes et de son fonctionnement quotidien. Pendant ma thèse à Grenoble, j’ avais travaillé dans une salle blanche exceptionnelle. Puis, en arrivant à France Télécom, j’ ai eu la chance de travailler dans les salles blanches de Crolles 1 à STMicroelectronics ainsi qu’ au sein du CEA-Leti. Lorsque le nouveau bâtiment du LPN a commencé à sortir de terre, j’ étais quasiment la seule à maîtriser cet environnement dans le détail. Je savais ce que signifiait organiser les flux, les espaces, les équipements, et anticiper les usages futurs. Cela explique pourquoi je me suis retrouvée très naturellement en première ligne. C’ était ma première grande expérience de construction collective d’ un outil de recherche, et cela a été déterminant pour la suite de mon parcours. C’ était une période très intense et très vivante. J’ en garde un excellent souvenir, parce que de nombreux projets se mettaient en place et que tout restait à construire. C’ était exigeant, mais très stimulant.
COMMENT S’ EST DÉROULÉE LA CONSTRUCTION DU BÂTIMENT ET DE LA SALLE BLANCHE? Le chantier a été extrêmement rapide car la construction a été gérée par le privé, avec des fonds issus de France Télécom et d’ Alcatel, et sans les lourdeurs classiques des appels d’ offres publics. Nous travaillions directement avec les architectes, ce qui permettait une grande réactivité. C’ était une période très enthousiasmante.
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