ENTRETIENS
VOUS AVIEZ QUITTÉ LE CNRS DÈS LA CRÉATION DE L’ ENTREPRISE? J’ avais d’ abord bénéficié d’ une mise à disposition, puis d’ un détachement, avant de quitter définitivement le CNRS. J’ ai profité de la loi Allègre sur l’ innovation, votée en 1999, qui facilitait grandement ce type de parcours. Le fait d’ avoir un droit au retour pendant quelques années est un véritable soutien pour la prise de décision, même si, une fois l’ entreprise sur les rails, on n’ y pense plus du tout.
L’ ENTREPRISE SE DÉVELOPPE ENSUITE SUR DE NOMBREUSES APPLICATIONS. Oui, la technologie des modulateurs électro-optiques a trouvé de multiples débouchés hors télécoms. Au fil des années, Photline a connu une croissance continue, avec une diversification des marchés et une forte rentabilité. En 2015, nous avons décidé de rejoindre iXblue, qui était déjà l’ un de nos clients. iXblue avait une stratégie claire d’ intégration verticale que nous partagions, visant à maîtriser en interne toutes les briques technologiques nécessaires aux gyroscopes à fibre optique: fibres spéciales, circuits optiques, modulateurs, lasers, etc.
QUELLE ÉTAIT LA TAILLE DE PHOTLINE AU MOMENT DU RACHAT? En 2015, nous étions environ 40 salariés, avec un chiffre d’ affaires de l’ ordre de 8 M €, et une rentabilité solide. Photline est alors devenue l’ un des sites industriels d’ iXblue, spécialisé dans les modulateurs optiques.
COMMENT S’ EST CONSTRUITE, ET MAINTENUE DANS LE TEMPS, CETTE COLLABORATION ENTRE LE MONDE ACADÉMIQUE ET L’ ENTREPRISE? La collaboration avec le département d’ optique de FEMTO-ST à Besançon a toujours été centrale et ne s’ est jamais interrompue, y compris après la création de Photline puis son intégration dans iXblue et Exail. Dès le départ, il n’ a jamais été question de couper les liens avec le laboratoire, mais au contraire de faire évoluer les travaux académiques vers des thématiques complémentaires de celles développées industriellement. Au laboratoire, l’ objectif n’ était plus de travailler sur des modulateurs directement exploitables, mais d’ explorer des architectures nouvelles, plus amont. Plusieurs chercheurs ont joué un rôle clé dans cette dynamique, notamment Nadège Courjal sur de nouvelles architectures en niobate de lithium, et Matthieu Chauvet sur les PPLN en couches minces. La montée en puissance de plateformes technologiques comme MIMENTO a également été déterminante, en permettant des travaux communs sur des procédés avancés: gravure, photolithographie, traitements thermiques ou diffusion du titane. Cette interaction s’ est aussi traduite par des thèses CIFRE, des collaborations avec plusieurs départements de FEMTO-ST, et une circulation continue des compétences. De notre côté, nous disposions d’ une équipe R & D solide et avons recruté de nombreux doctorants et ingénieurs issus du laboratoire. Nous n’ avons jamais cherché à fonctionner en vase clos: les collaborations académiques, en France comme en Europe, ont été essentielles pour maintenir un haut niveau d’ innovation et explorer de nouveaux marchés, notamment dans le spatial. Aujourd’ hui encore, les contacts avec FEMTO-ST restent fréquents et illustrent une coopération académique-industrielle inscrite dans la durée.
QUEL A ÉTÉ VOTRE RÔLE APRÈS L’ INTÉGRATION DANS IXBLUE? Je suis évidemment devenu directeur du site de Besançon pendant environ cinq ans. Ensuite, la direction m’ a confié un rôle plus transverse: le pilotage de la stratégie photonique du groupe. J’ ai progressivement transmis la direction opérationnelle du site à Pascal Mollier et Guillaume Alixant, responsable de production, qui en ont aujourd’ hui la responsabilité collégiale, et j’ ai travaillé sur la croissance externe, la stratégie technologique et commerciale, ainsi que les recrutements clés. C’ est dans ce cadre que nous avons intégré plusieurs sociétés photoniques, notamment à Bordeaux et Limoges, et structuré un véritable pôle photonique au sein du groupe.
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