Témoignage d ' entrepreneur: Henri Porte
ENTRETIENS
Témoignage d ' entrepreneur: Henri Porte
Entretien avec Henri Porte, chercheur CNRS puis cofondateur de la société Photline Technologies spécialisée dans les modulateurs électro-optiques, rachetée par iXBlue devenue aujourd’ hui Exail.
https:// doi. org / 10.1051 / photon / 202613812
VOUS AVEZ COMMENCÉ VOTRE CARRIÈRE PAR LA RECHERCHE ACADÉMIQUE. POUVEZ-VOUS REVENIR SUR VOTRE PARCOURS INITIAL? Oui, bien sûr. J’ ai aujourd’ hui 65 ans et j’ ai commencé mes études à la fin des années 1970 à l’ université de Besançon. Mon parcours est très classique: un cursus entièrement universitaire. J’ ai découvert l’ optique et la photonique assez naturellement, car beaucoup d’ enseignants étaient issus du laboratoire d’ optique de Besançon, qui était déjà très fortement positionné sur ces thématiques. À travers les travaux pratiques, j’ ai découvert le laser, puis plus spécifiquement les matériaux électro-optiques, qui m’ ont immédiatement séduit. À l’ issue de ma maîtrise, j’ ai poursuivi par un DEA d’ optique au laboratoire, puis par une thèse de troisième cycle que j’ ai commencée en 1983 et soutenue en 1985. À l’ époque, les thèses duraient au minimum deux ans.
QUEL ÉTAIT LE SUJET DE VOTRE THÈSE? J’ ai travaillé en particulier sur l’ accordabilité dynamique des lasers à colorant à l’ aide de modulateurs électro-optiques, à travers différents schémas de multiplexage, de modulation et de traitement de l’ information. Les lasers à colorant étaient alors un remarquable moyen d’ obtenir des sources accordables sur pratiquement tout le spectre visible, précédant alors l’ émergence du laser titane-saphir. C’ était une période extrêmement stimulante, avec des dispositifs spectaculaires.
À L’ ISSUE DE VOTRE THÈSE, VOUS ENTREZ TRÈS JEUNE AU CNRS. Oui, j’ ai eu cette chance. J’ ai intégré le CNRS à 25 ans, ce qui serait quasiment impossible aujourd’ hui. J’ ai alors rejoint l’ équipe d’ opto-électronique du laboratoire P. M. Duffieux à Besançon, sous la direction de Jean-Pierre Goedgebuer, et j’ ai poursuivi des travaux sur les modulateurs optiques, avec l’ idée de développer des dispositifs intégrés pour des applications en télécommunications.
QUELLES ÉTAIENT LES APPLICATIONS VISÉES? Nous travaillions sur des architectures de multiplexage par retards optiques, fondées sur des concepts de cohérence et d’ interférométrie. En utilisant des cascades de modulateurs électro-optiques introduisant des différences de chemins optiques progressivement croissantes, il était possible d’ encoder des informations dans le spectre d’ une source à large spectre. À la réception, des interféromètres similaires disposés en parallèles permettaient de décoder l’ information canal par canal. C’ était très original, mais nous utilisions alors des modulateurs massifs nécessitant des tensions de commande élevées. Il est vite apparu que, pour des applications télécom réalistes, il fallait basculer vers des composants à faible tension. L’ optique intégrée s’ est donc imposée naturellement.
C’ EST LÀ QUE VOUS DÉVELOPPEZ UNE FILIÈRE TECHNOLOGIQUE COMPLÈTE EN PHOTONIQUE INTÉGRÉE? Exactement. À la fin des années 1980, nous avons décidé de développer nous-mêmes une filière d’ optique intégrée sur niobate de lithium. L’ équipe s’ est étoffée, nous avons créé une salle blanche, obtenu des soutiens de France Télécom, de la DGA, de la région, et monté une véritable chaîne technologique. Tout au long des années 1990, nous avons publié de nombreux travaux, déposé des brevets et encadré une douzaine de thèses dans ce domaine.
À LA FIN DES ANNÉES 1990, LE CONTEXTE TÉLÉCOM ÉVOLUE TRÈS VITE. Oui. En 1999, avec l’ essor d’ Internet, le secteur des télécoms était en pleine explosion. Alcatel connaissait bien nos travaux et est venu nous proposer de créer une start-up à Besançon, afin de développer une filière européenne de modulateurs en niobate de lithium, pour des raisons de souveraineté technologique, face à une forte dépendance vis-à-vis de fournisseurs américains et japonais. À titre personnel, j’ avais 39 ans, je venais de devenir directeur de recherche, et je sentais que la recherche académique sur le niobate de lithium arrivait à un certain tournant. Le projet industriel m’ a immédiatement séduit.
EST-CE DANS CE CONTEXTE QUE VOUS CRÉEZ PHOTLINE TECHNOLOGIES? En effet, nous créons alors la société Photline Technologies en septembre 2000, avec deux de mes anciens doctorants devenus maîtres de conférences, Pascal Mollier et Jérôme Hauden, associés dans cette aventure. Nous avons bénéficié du soutien d’ investisseurs industriels, notamment Alcatel, Thales, et également Photonetics qui était intéressé par des modulateurs de phase pour les gyroscopes à fibre optique. Le marché télécom s’ est malheureusement effondré dès 2001, juste après la création de l’ entreprise. Mais nous avions eu la chance de nous positionner très tôt sur le marché des capteurs, en particulier les gyromètres à fibre optique, qui nous ont permis de traverser cette période critique.
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