Nouvelle Cité Afrique Ouest N.2-17 12 NCA Avril-mai-juin 2017 | Page 14

Société par Urbain GUEU

naliste n’ est palpable que lors des victoires des équipes nationales de football pour ne citer que celleslà. La vie politique n’ inspire plus confiance, surtout en prenant en compte le rôle prépondérant des armées à la solde des clans présidentiels, n’ hésitant pas à retourner leurs armes contre leurs propres concitoyens et à renverser des présidents démocratiquement élus, au lieu d’ être des armées impartiales et républicaines. Tous ces éléments expliquent bien le climat irrespirable qui règne sur les Pays à l’ approche des élections.
Une Afrique en marche vers la démocratie
L’ Afrique a enregistré des avancées notables et des échecs. Avec ses multiples accords, traités continentaux, internationaux, et régionaux, l’ Afrique a déjà un cadre propice à l’ émergence de véritables démocraties.
Ces textes montrent qu’ un effort considérable est fourni, du moins dans un cadre théorique, pour trouver un bon moule à la taille des aspirations pressantes des peuples africains qui ont soif de démocratie. Les manifestations du « printemps arabe » des Tunisiens, Égyptiens et Libyens ont contribué à mettre la question de la démocratie à l’ ordre du jour dans les pays d’ Afrique noire.
Il s’ agit à présent de mettre à profit les mutations internes et les apports de la communauté internationale dans l’ édification de véritables démocraties en Afrique.
Les mutations internes
Il faudrait travailler à l’ instauration d’ une culture de l’ alternance, un principe inviolable de la démocratie, de prévoir un statut de l’ opposition et oser aller vers une bipolarisation de la vie politique qui aura pour avantage d’ éliminer les nombreux partis politiques à caractère tribaliste, sans fondement national, voire sans idéologie politique claire et dirigés par des individus guidés par des intérêts inavoués.
Une moralisation de la vie politique est souhaitable, on ne cessera de le dire. « On ne fait pas de la politique avec la morale, on n’ en fait pas davantage sans »( André Malraux). Cela doit passer par l’ arrêt de la pratique répandue des achats de consciences et de votes, une libéralisation encadrée des médias, une véritable lutte contre l’ impunité et la consolidation de l’ État de droit. La nécessité de la réinstauration des services militaires obligatoires ou des travaux d’ intérêt général pour renforcer le lien patriotique et inculquer des valeurs citoyennes se fait sentir pour parachever l’ œuvre de création des nations, aux dimensions des États qui se sont imparfaitement constitués.
Les apports de la communauté internationale
La communauté internationale doit véritablement accompagner le processus de démocratisation de l’ Afrique dans le respect du droit des peuples africains à disposer d’ euxmêmes. Le rôle joué par la communauté internationale, gardienne de valeurs, dans la résolution des conflits, voire dans leur prévention, est louable et souhaitable au regard des difficultés à régler des crises internes. Cependant, elle doit éviter de défendre des intérêts. Le pas est vite franchi quand certaines nations, pour protéger leurs intérêts économiques, sont visiblement tolérantes avec des régimes aux pratiques peu démocratiques ou, pire, quand elles n’ hésitent pas à faire de ces régimes illégitimes et mafieux des partenaires privilégiés leur assurant des pouvoirs à vie et des successions dynastiques au grand dam des populations. Il faut que cela cesse!
Les conditions de l’ aide au développement devraient être respectées sans régime de faveur.
Heureusement en Afrique, il y a quelques bons élèves et quelques signes d’ espérance: notamment le Ghana avec sa lutte contre la corruption, la résolution positive des longs conflits( Sierra Leone et Liberia), le soulèvement populaire au Burkina qui a évité un bain de sang et tout récemment la résolution de la crise de la Gambie.
La démocratie n’ est pas qu’ une affaire des politiques, c’ est une affaire pour nous tous: il est finalement impérieux de rappeler que « la démocratie n’ est pas dans les institutions, mais dans les hommes ».( Georges Burdeau)
Référence: Biléou Sakpane-Gbati, « La démocratie à l’ africaine », Éthique publique [ En ligne ], vol. 13, n ° 2 | 2011
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