considère comme un honnête joueur amateur, l’équivalent aux échecs d’un joueur classé 15/3 au tennis, je suis tout à fait incapable de remporter une seule partie contre un "Magnus" de 9 ans. Normal : à 13 ans, le vrai Magnus obtenait une partie nulle contre le terrible Gary Kasparov, dit « l’ogre de Bakou », incontestable meilleur joueur du monde dans les années 90. Le volcanique champion russe en fut paraît-il si agacé qu'il déclina l'invitation qui lui fut faite de disputer une seconde partie…
Prenez cinq minutes de votre temps pour aller voir l’incroyable vidéo de ce match historique sur Youtube :
A 13 ans, le petit Magnus en paraît à peine 10 ; et vous verrez la tête que fait Kasparov, 41 ans, lorsqu’il prend conscience qu’il pourrait bien être battu par cet adorable petit blondinet qui le dévisage avec de grands yeux noirs.
Gary au tapis (de souris)
Le mois de mai 1997 marque une étape aussi glorieuse pour l’Histoire de l’Intelligence Artificielle que sinistre pour celle de l’intelligence humaine : à l’issue d’un match ultra-médiatisé entre le logiciel « Deep Blue » et Gary Kasparov, le cerveau mécanique a pour la première fois triomphé du cerveau humain. La défaite du champion russe fit le tour du monde, car la plupart des observateurs de l’époque étaient encore persuadés que bien jouer aux échecs exigeait des qualités intellectuelles si complexes que jamais une vulgaire « boîte de conserve », fût-elle programmée par les plus brillants in-formaticiens, ne parviendrait à rivaliser avec l’instinct stratégique génial du meilleur joueur du monde. Erreur… C’était sans compter sur la puissance de calcul quasi infinie de cette bête de silicium (trois cent MILLIONS de coups possibles analysés par seconde !), et sur sa mémoire infaillible lui donnant accès à des centaines de milliers de parties stockées dans ses circuits imprimés. C’était sous-estimer également un facteur psychologique décisif : un ordinateur ne ressent jamais aucun stress (sauf peut-être ceux du lycée, lorsqu’ils se retrouvent à la merci d'une classe de STGM un vendredi après-midi). Un ordinateur ne ressent pas la « pression », cette tension nerveuse qui a fait trembler la main de Kasparov lui-même, trop conscient sans doute de représenter l’Humanité toute entière dans sa lutte contre la Machine.
Et aujourd’hui ? En 1997, « Deep blue » était une merveille technologique unique en son genre, dont la conception avait mobilisé une armée d’ingénieurs surqualifiés et coûté plusieurs millions de dollars. Vingt ans plus tard, faites un tour à la fnac : pour 40 euros, vous pourrez faire l’acquisition d’un logiciel d’échecs qui écraserait « Deep Blue » sans bouger une oreille. Oui, c’est une image.
Nicolas Chazel