sexuellement de moi. Quand j'ai vu mon avocat, il m'a dit avec un petit sourire : « vous savez, ce sont des jeux d'enfants, c'est classique, vous étiez sûrement un peu complices » .
« Je le voulais, puisque je me suis laissé-e faire et pas débattu-e »
Il faut savoir que pendant un viol, la victime atteint un haut stress qui entraîne un risque vital cardio-vasculaire et neurologique, contré par le cerveau qui envoie des hormones qui déconnectent physiquement et moralement la personne. Elle est alors paralysée, c'est la sidération chromatique. Et en plus, elle a l'impression de ne faire qu'assister à ce qui lui arrive, c'est la dissociation traumatique. C'est pour ces raisons qu'une victime de viol ne se débat pas, ni ne crie. Pourtant, ces symptômes sont trop souvent ignorés, y compris par les spécialistes, comme l'explique L. : « Violé-e à 6 ans par un camarade de classe, une psy m'a di[t] qu'inconsciemment, je le voulais puisque je me suis laissé-e faire et pas débattu-e. ». Ignorés aussi parfois par les personnes ayant l'autorité, comme l'explique Em : « J'ai été violée à 15 ans dans un terrain vague par un surveillant de mon lycée. J'ai pas pu dire non, j'ai laissé faire en attendant que ça se termine. Mais l'affaire a été classée sans suite, parce que « légalement c'étaient des rapports librement consentis », dixit le gendarme [...] . »
Un viol peut entraîner d'autres violences
Mais la dissociation traumatique continue même après le viol si la victime n'est pas prise en charge. La personne n'apporte alors aucune résistance et on peut tout lui faire. Ce manque de réaction, tant au niveau des actions que des émotions, peut faire croire que la victime ne ressent rien et peut agacer et rendre antipathique son entourage. Ce caractère dissocié peut aussi être à l'ori- gine d'autres violences : un second viol, du
harcèlement... Les personnes dissociées sont les cibles préférées d'individus malsains. Alice, 19 ans, écrit : « Mes « amis », et même mes professeurs, ne me croyaient pas. J'étais devenue une menteuse et une salope aux yeux de tous. J'ai entendu toutes les insanités et toutes les blagues les plus vaseuses durant des mois. »
« S'asseoir sur les genoux de son oncle à 4 ans, ce ne serait pas un peu de la provocation quand même ? »
Devant la loi, il faut des faits concrets. Or une personne violée, à cause des troubles cités plus haut, ne se souviendra plus forcément de la date exacte. « Et il n'y a pas de preuves, je ne sais même plus quand exactement a eu lieu le viol, pourtant gravé à jamais dans ma mémoire, en 2010 je crois, peut-être en 2011, c'était l'été ». (Charlotte, 24 ans). La victime peut donner deux versions différentes, être incohérente, minimiser... Alors on pense qu'elle ment. « La justice s'est interrogée sur mon consentement parce que « s'asseoir sur les genoux de son oncle à 4 ans, ce ne serait pas un peu de la provocation quand même ? » témoigne Clem' qui a aujourd'hui 21 ans. Les viols conjugaux sont ceux les moins acceptés. K., 21 ans, relate : « Lorsque j'en ai finalement parlé à une amie, elle m'a simplement répondu que ce n'était pas vraiment un viol puisque c'était mon copain. » Évidemment, pour le con-sentement, il n'y a jamais de preuve écrite.
« C'était un viol ou tu as eu un peu de plaisir ? »
En plus d'avoir à subir un questionnaire assez humiliant (anonyme, 27 ans : « La première question assassine : « Tu étais habillée comment ? ». La deuxième question assassine : « C'était un viol ou tu as eu un peu de plaisir ? »), une personne
La culture du viol est encore très présente. Ainsi les familles vont douter , comme l'écrit M. : « Les souvenirs ont commencé à revenir l'année de mes 21 ans. Et je suis toujours coupable, « pourquoi je ne l'ai pas dit (plus tôt) ? » et puis « pourquoi je n'ai pas dit non ? » On ne peut pas dire « non » au grand-père tant admiré par tous les adultes. Adultes qui m'accusent aujourd'hui d'en « faire trop », qui m'enfoncent à coups de « tu n'es pas la seule victime » et « c'était il y a longtemps, passe à autre chose »… Et puis, je devais bien y trouver mon compte, pendant toutes ces années ? Je devais me sentir
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