L'Eclaireur n°12 | Page 26

« Le Jeu de la Dame » : une série à succès

au cœur des enjeux politiques historiques et contemporains

Rémy

Les amateurs et amatrices de séries Netflix ont pu découvrir récemment une nouvelle production, « Le Jeu de la Dame », qui relate l’ascension d’une jeune femme dans le milieu des échecs, luttant contre ses addictions à l’alcool et aux médicaments1. Si cette série est particulièrement émouvante, elle est plus politique qu’elle n'en a l’air.

Jouer en temps de guerre froide

La série est adaptée du roman de Walter Tevis2. Beth Harmon, une jeune femme, incarnée par Anya Taylor-Joy (qu’on retrouve également dans Peaky Blinders), dont le destin semble tragique, se retrouve en orphelinat. Elle y rencontrera Shaibel, qui va lui apprendre « l’art des échecs » : elle va se révéler extraordinairement douée. De championnats en championnats, à travers les Etats-Unis, en Europe et même chez les soviétiques, rien ne semble l’arrêter.

La série prend place au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, dans les années 1960. Les passionnés de séries historiques aimeront y retrouver une ambiance propre à cette époque, dans le pays de l’Oncle Sam, où se développe doucement une classe moyenne encore instable. Si cette question n’est pas au premier plan dans l’intrigue, la Guerre froide demeure au cœur de l’environnement dans lequel évoluent les personnages. Le sport étant un moyen pour une nation de développer son soft-power3, c’est-à-dire une manière

d’attirer autour de ses valeurs, il est fondamental pour la puissance américaine dont l’une des principales préoccupations est de rivaliser avec l’URSS. Tandis que les Russes dominent à l’échelle mondiale le milieu des échecs, l’objectif pour Beth Harmon sera véritablement de les affronter.

Une série socio-politique, davantage qu'une série « sur » les échecs

On ne peut s’empêcher, en regardant la série, de faire un parallèle avec le féminisme, dont les combats sont vifs à l’époque historique dans laquelle se déroule la série, peu après la publication du livre de Simone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe4. Beth Harmon va évoluer dans un secteur sportif où les hommes dominent : Dans une scène emblématique sur ce plan, la joueuse d’échecs provoque l’étonnement du bureau d’inscription qui va la rediriger vers des concours qui seraient « plus adaptés » pour elle, selon les stéréotypes de genre ô combien présents dans les esprits. Plus généralement, le spectateur est le témoin du sexisme ambiant dans les sociétés occidentales de l’époque : la mère adoptive de Harmon doit vivre dans le secret après que son mari l’ait quittée pour ne pas perdre sa garde, ayant retrouvé le peu enviable statut de femme célibataire.

Photo by

Steve Johnson.

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