L'Eclaireur n°11 | Page 44

il n’existe que 6 récits de femmes, principalement américaines comme Haret Jacob ou Hannah Crafts, contre plus d’une centaine chez les hommes. J’ai donc choisi le récit de Mary Prince, car sa parole est fondamentale et rare.

L’éclaireur  : Pourquoi avoir choisi de dénoncer l’esclavage, et donc le racisme, au lieu d’une autre cause ?

Souria Adèle  :  Principalement parce que c’est dû à mon histoire propre : je suis d'originie martiniquaise. J'ai subi le racisme quand j’étais à l’école en France, et je me rendais bien compte que les gens ne connaissent pas l'histoire de l'esclavage. Ça me touche donc personnellement. Peut-être que sinon j’aurais fait d'autres choses.

L’éclaireur  : Pourquoi avoir choisi le théâtre comme forme d’expression plutôt

que le cinéma ou la musique, par exemple ?

Souria Adèle  : Le problème de la musique, c’est que beaucoup de gens vont chanter du gospel ou du spiritual sans comprendre vraiment ce qu’ils disent et à quoi ça se rapporte. Tout le monde chante « Oh happy day », c’est sympa mais la musique c’est un piège parce qu'on peut être pris par la rythmique musicale sans percevoir le message véhiculé par le chant. Le cinéma c’est génial, ça touche beaucoup de monde, mais c’est très cher. Il faut avoir les ressources pour faire un film grand public. Le théâtre justement, ça permet de faire ce que je fais  : des spectacles très simples, mais qui permettent quand même de faire exister les paroles. De plus, je suis comédienne de métier donc je n’allais pas faire de la sculpture  !

Échanges avec la comédienne après le spectacle « Mary Prince », 14 février 2020