-proche de son but, mais il doit encore faire face à des adversaires de taille, dont un qui pose de façon explicite la question du populisme.
Qu’est-ce que le populisme ? Il s’agit d’une idéologie politique qui oppose de façon frontale et systématique le peuple à des « élites ». Ici, un candidat à l’élection présidentielle, Christophe Mercier (Frédéric Saurel), prône le tirage au sort pour « dégager » de prétendues élites politiques. Selon lui, la démocratie représentative ne serait pas réellement une démocratie. La question de la place des élus dans le processus démocratique est brûlante ; elle fut notamment au centre des débats instaurés par les Gilets Jaunes qui réclamaient la mise en place de référendums convoqués par le peuple lui-même, les Référendums d’Initiative Citoyenne (RIC), pour replacer le citoyen au coeur de la prise de décision. Encore une fois, Baron Noir réussit à mettre en scène les débats contemporains, de manière fine et réaliste.
Il faut dire que cette production Canal+ profite du jeu d’acteur de talentueux comédiens. Kad Merad, qu’on connaît surtout pour des comédies (Bienvenue chez les Ch’tis, pour n’en citer qu'une), arrive à rendre palpable la noirceur d'un monde politique marqué par la manipulation et la compétition. Un langage grossier permet d’accentuer une violence verbale, tout en restant cohérent. D’autres acteurs de renom viennent donner la réplique à Kad Merad, et nous devons bien avouer qu’ils y arrivent à merveille. Alors que trop de séries disposent de seconds rôles dont le jeu laisse parfois à désirer, Baron Noir ne fait pas cette erreur. Pour n’en citer que quelques-uns, Anna Mouglalis joue Amélie Donrendeu, une jeune énarque qui va grimper les échelons et tantôt être alliée à Rickwaert, tantôt son adversaire ; François Morel se met dans la peau de Michel Vidal, une réplique de l’insoumis Jean-Luc Mélenchon.
François Morel est Michel Vidal, personnage inspiré de Jean-Luc Mélenchon
Au-delà de dialogues étincelants et d’un scénario bien ficelé qu’on doit, rappelons-le, à Eric Benzekri, il faut également souligner la présence d’une bande originale qui donne de la profondeur à la série : Evgueni Galperine et Sacha Galperine9 réussissent à merveille à nous transmettre l’angoisse, le frisson, le désespoir de personnages rongés par une compétition qui est celle de leur vie mais qui les pousse à bout pour atteindre un pouvoir, le pouvoir, qui semble dérisoire à côté des sacrifices menés.
Évidemment, la question du populisme est poussée à son paroxysme, en opposant démocratie représentative et démocratie directe. Tandis que Mercier défend le tirage au sort comme unique mode de gouvernance, censé être plus représentatif, Rickwaert fait l’éloge de l’incarnation de la souveraineté populaire par les élus. L’avantage de l’élection de représentants est la campagne qui la précède, où des opinions contradictoires peuvent s’affronter.