L'Eclaireur n°11 | Page 41

Nos élus ne nous représentent peut-être pas réellement — on le voit notamment à la faible présence des ouvriers dans les institutions républicaines, mais au moins, nous les choisissons en fonction de notre sensibilité politique. À l’inverse, qui peut dire avec certitude que le tirage au sort ne sélectionnera pas une minorité politique pour nous gouverner ? Comment s’assurer que les heureux élus (sans mauvais jeu de mot) ne seront pas majoritairement royalistes, quand bien même une large majorité ne le serait pas (ou inversement) ? Pour autant, il convient de noter quelques avantages du tirage au sort : en théorie, par le jeu des probabilités, les gouvernants désignés devraient respecter les proportions réelles de la population française en termes d’ethnie, d’origine sociale, de richesse, de genre, entre autres (même si rien ne le garantie). Ce serait ainsi un moyen d’éviter tout élitisme politique.

Dans cette série, une position franche semble être prise : la production paraît prendre parti pour la démocratie représentative. En réalité, il s’agit plutôt d’une déclaration d’amour à la Politique au sens le plus noble du terme. En donnant des airs de Mussolini prêt à tout pour s’emparer du pouvoir à Christophe Mercier, les show runners10 font l'éloge du débat républicain, où chacun peut s’exprimer pour défendre une opinion et, si l’envie s’en ressent, se présenter aux suffrages. Une fois n’est pas coutume, je ne trancherai pas le débat, ne serait-ce que parce que nul n'y est parvenu depuis les premières démocraties directes de l'antiquité... Je laisse à chacun le soin de se forger son propre avis sur la question.

Une réussite totale

Baron Noir est un pari réussi. S’imposant comme un géant de la série télévisée, la chaîne propose une oeuvre artistique — et je pèse mes mots — qui a sa place aux côtés des séries politiques les plus réussies, à commencer par House of Cards.

La série House of cards a commencé en 2013 et comporte 6 saisons

Avec un réalisme hors pair, les show runners parviennent à une véritable « représentation de la société », pour reprendre les termes de Howard S. Becker11, qui apparait totalement complémentaire aux travaux des sciences sociales. Canal+ semble de plus en plus apprécier ce genre de productions, comme en témoigne ses autres séries phares qui cherchent également à montrer la réalité de certaines sphères professionnelles et/ou sociale : par exemple, la nouvelle série Validé peint le milieu du rap, pas beaucoup plus apaisé que celui de la politique.

À travers un scénario bien ficelé, des acteurs qui sont dans leur élément et des musiques qui collent à l’intrigue, nous sommes totalement emportés dans Baron Noir, et nous enchaînons les