L'Eclaireur n°11 | Page 27

Puis vient le moment où je me décide enfin à aller parler à des adultes.

Et plus particulièrement à ma prof principale, avec laquelle je reste extrêmement vague, et à la CPE remplaçante de mon lycée qui malgré ce qu'elle est normalement obligée de faire, devant la loi, me soutient et m'écoute sans transmettre ce qui m'est arrivé au proviseur. Avec elle, j'ai confiance, et parle au début seulement de harcèlement et de rumeurs qui circulent et me blessent quotidiennement, même si elles n'ont aucun rapport avec mon viol. Je lui parle de ce qui m'oppresse chez moi ou au lycée. Et petit à petit, sans l'avoir prévu, j'en viens à parler de ce viol. Seulement, j'avais accepté le fait d'avoir été victime d'un viol, mais pas d'en souffrir encore 9 mois plus tard. Après ça, je sors de son bureau. Je me cache. Et je pleure. Je viens de comprendre que j'ai encore mal et que j'aurais mal pendant longtemps encore. Malgré l'aide que cet entretien m'a apporté, et ce qu'il m'a fait comprendre, il m'est toujours difficile de parler de ça naturellement. Je n'y arrive d'ailleurs plus lorsque je suis seule en face de l'infirmière : je ne lui parle que de rumeurs, on échange autour des cours, de l'importance du préservatif et de l'amour.

De temps en temps, je m'effondre à nouveau. Je me sens enfermée dans mon corps. Alors j'ai trouvé une réponse : je marche seule, peu importe qu'il fasse jour ou nuit, parfois trente minutes, d'autres fois plusieurs heures, je m'assois quelque part, je pleure, je repars, je pleure de nouveau en marchant, la musique à fond dans mes écouteurs ou concentrée sur les bruits autour de moi. Jusqu'à ce que je me sente un peu plus calme, en paix. Je continue de le voir tous les jours, la boule dans mon ventre est toujours présente, je m'efforce de ne jamais être dans son champ de vision à la cantine, je plante mes ongles dans ma paume lorsqu'il est trop près, je fais attention à toujours savoir où il est exactement, et avec qui, lorsqu'on est dans le même couloir, le même cours, ou pire la même pièce (je vous jure j'ai cru avoir des super pouvoirs à force de réussir à le voir à chaque fois qu'il m'était physiquement possible de le voir). A certains moments, sa présence m'écrasait, à d'autres je ressentais juste une haine inqualifiable envers lui et toustes celleux qui lui parlaient.

Photo by Sydney Sims on Unsplash

Il est important de ne pas oublier que ce viol n'était pas la seule cause de ce que je ressentais, niveau haine, désespoir, solitude ou faiblesse. Mais sans ça, je crois que j'aurais eu moins de mal. Je n'aurais pas eu la sensation que l'on m'a volé quelque chose, pour toujours sûrement, sans parvenir à savoir quoi. Je n'aurais peut-être pas craqué, je me serais sûrement sentie moins seule et incomprise. J'aurais eu moins de mal à parler.

Et enfin la rentrée en terminale. J'ai peur. Durant tout le mois d'août, au moins une