L'Eclaireur n°11 | Page 26

J'ai d'ailleurs parcouru un long chemin avant de réussir à ressentir cette indifférence vis à vis de l'opinion des autres, un long chemin surtout avant de me relever après avoir subi ce viol. C'est de ce chemin que je compte vous parler, c'est ce chemin qui devrait vous intéresser, c'est comme ça que l'on peut comprendre et peut-être même aider d'autres victimes.

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Alors d'abord, pendant une brève période, je me suis sentie coupable, responsable, avant même d'avoir conscience que j'avais été violée. Parce que l'opinion des autres compte au moins sur le moment, et qu'on m'avait dit et convaincu que je l'avais dragué, chauffé, en somme on m'a dit que j'avais eu envie de lui. Et j'ai cru cela, bien sûr. Dans le même temps donc, car ça va ensemble, j'étais dans le déni. Je me sentais constamment oppressée et isolée, je ne supportais plus de le croiser tous les jours au lycée, je me sentais à la fois faible et pleine d'une colère sans nom lorsque c'était le cas. De même au moment de croiser les gens présents à la soirée durant laquelle ça c'est passé. J'avais du mal à m'endormir, voyais son visage sans raison apparente, j'avais besoin de toujours être dehors. J'étais épuisée au lycée, je pleurais régulièrement, parfois sans pouvoir m'arrêter pendant des heures lorsque j'étais seule, peu importaient le lieu et le moment. J'avais besoin d'enfoncer mes ongles dans mes paumes au moment de passer le portail tous les matins. Et malgré tout je ne pensais pas qu'il m'était réellement arrivé quoi que ce soit, je croyais que c'était seulement dû aux rumeurs qui circulaient à mon sujet, du harcèlement que je subissais ou avais subi. Ou pire encore, j'arrivais à me convaincre, et les gens autour de moi avec, que tout allait parfaitement bien et qu'il n'y avait pas de raisons de s'inquiéter. Je veux dire, je savais qu'il y avait un problème, mais j'étais le problème.

Ma faiblesse face à quelqu'un qui était simplement un mec que je n'aimais pas, c'était ça le problème. Je me sentais faible et refusais de l'être. Peu importait la raison derrière tout ça. Enfin bon, nous voilà à la fin de la seconde, les vacances d'été passent, je m'efforce de ne plus y penser, d'oublier. Mais petit à petit, je comprends. Et à la rentrée, je le sais :

J'ai été violée. Et c'est de sa faute, de la sienne seulement.

Ces phrases vous paraissent sûrement simples. J'aurais préféré qu'elles le soient. En le disant ou juste en le pensant, ces mots signifient que j'admets être une victime, ce qui est franchement douloureux et dur à porter dans une société où le mot « victime » est synonyme de faiblesse, et où être faible, même par moments, est si péjoratif. Mais je l'accepte.