Esther
Le consentement et les lycéen.ne.s
"A quatre heure du matin, je sors de soirée et marche seule dans Grenoble. L'esprit embrumé par l'alcool, je zigzague, de droite à gauche, de gauche à droite, ne pensant qu'à ce moment où je pourrai m'écrouler sur mon lit. Au croisement, je décide de prendre à droite, dans une petite ruelle mal éclairée. N'était-ce pas là une sorte de provocation de ma part ? Tout à coup, c'est le drame. En arrivant subitement par derrière, un homme m'attrape et m'empêche de crier. Son complice l'aide alors à me déshabiller et j'aperçois un revolver dans la main du premier... » Tous les éléments semblent alors réunis pour le viol parfait, celui que l'on croise au cinéma ou dans les séries. Au risque de vous décevoir, ce n'est pas toujours comme ça que les choses se passent en réalité. Rien de semblable en fait, car dans la majorité des cas de viol recensés la victime connaît par exemple bien son agresseur. Donc à toustes celleux auxquel.le.s on a appris, tout au long de leur existence, qu'un viol n'en est pas un du moment que la victime n'avait pas un couteau sous la gorge ou un pistolet colleé sur la tempe, ou que l'agresseur était un individu reconnu et d'apparence respectable, cet article, ainsi que les témoignages et illustrations qui l'accompagnent, vous sont dédié.e. s.
A l'heure où j'écris ces lignes, je suis donc (plus pour longtemps) une jeune fille de 17 ans en terminale dans un lycée de Grenoble. Et si vous me lisez, je peux presque affirmer que vous m'avez déjà au moins croisé, sinon parlé, ou que vous connaissez quelqu'un qui me connaît. D'ailleurs, je préfère le rappeler, je suis comme tout le monde. Un seul petit détail me différencie de la plupart des autres gens (et de vous, je l'espère sincèrement) : j'ai été violée, il y a un peu plus de deux ans aujourd'hui. Alors oui, je ne suis qu'une lycéenne, innocente si vous voulez, qui ne devrait pas avoir vécu ça et qui ne devrait pas davantage en parler, pour ne pas perturber la douce (ou moins douce) vie d'éventuel.le.s lecteurs/trices. Mais ce sujet a beau être tabou, je compte l'évoquer en détails dans cet article.
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En parlant de détails, certain.e.s souhaiteront peut-être savoir comment tout s'est déroulé exactement, minute par minute. Pour s'assurer de ma légitimité peut-être. Mais ce que vous saurez seulement là dessus c'est que je n'ai pas été physiquement menacée. J'avais bu et certain.e.s diront que c'est de ma faute, pour ça et diverses autres raisons. Seulement, sans vouloir vous brusquer, votre avis m'importe peu, voire même pas du tout.
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