L'Eclaireur n°11 | Page 24

claquant la porte, la peur l'a fait frémir. De la chambre, elle l’entendait tituber dans

le salon. Maintenant, il l’appelait. Pétrifiée, elle n'a pas bougé. Elle a retenu sa respiration.

La porte s’est ouverte, et elle a vu toute sa rage se diriger sur elle. Les larmes embuaient ses yeux, l’odeur omniprésente du whisky troublait ses sens.

L’odeur de leur rencontre.

Elle n’a pas entendu ce qu’il lui a dit, se préparant déjà à encaisser le premier coup qui n'a pas été long à arriver. Suivi d’un autre. Le silence de la nuit était entrecoupé par ses cris. Encore un.

Plus rien.

Lentement, elle a planté son regard dans le sien. Il grimaçait. Son poing s’était fracassé contre l’angle du mur. Juste à côté d’elle. Bien trop près.

Quand il a vu qu’elle le regardait, la colère a pris le pas sur la douleur, et il a empoigné ses cheveux. Elle s'est demandée si c’était sa faute si elle se retrouvait dans cette situation. Alors qu’il frappait encore une fois, La peur s'est envolée. Parce qu’elle savait que ce serait bientôt fini. Bientôt, elle n’aurait plus mal.

Juste avant que sa tête ne heurte le coin du lit, elle a aperçu le réveil.

Elle ferait partie des six femmes qui trouveraient la mort dans le monde, ce 10 septembre 2019, aux alentours de 23h00.

Note de l'auteur

La volonté de cette nouvelle est de démystifier l’image de la femme. La femme ne vit pas dans le seul but de trouver son prince charmant, comme bon nombre de contes de fées peuvent nous le faire penser. Une femme a des désirs, des attirances purement sexuelles. Pourquoi la masturbation féminine devrait-elle rester tabou alors que les hommes en parlent beaucoup plus librement ? Pourquoi une femme qui décide d’envoyer des photos de son corps est méprisée, alors que les “dickpics” sont si courantes ? Ce n’est pas parce qu’une femme s'amourache d’un homme qu’elle sait violent, ou qu’elle décide de rester avec lui, qu’elle est à blâmer, contrairement à ce que nous suggère une certaine culture du viol, avec ses “elle l’a bien cherché” ou “elle n’avait pas qu’à...”. Dans tous les films ou téléfilms qui abordent la question des violences faites aux femmes, ces dernières rencontrent toujours “l’homme de leur vie” dont elles sont follement éprises, avant que celui-ci passe du vaillant chevalier au vilain tortionnaire. Mais qu’en est-il si l’homme ne s’est jamais caché derrière une belle armure? La femme doit-elle être reconnue coupable des violences qu'elle a subies et qu’elle n’a pas voulu voir venir? Je ne crois pas.

Le seul coupable est et sera toujours l’auteur des violences, qu’il soit femme ou homme..