L'Eclaireur n°11 | Page 23

A la fin il a reculé, a sorti une paquet de cigarettes et lui en a proposé une, sans briser le silence. Puis il est remonté à l’avant. Il a attendu qu’elle remonte, il a démarré. Il a voulu savoir où elle habitait, c’est la seule fois où il lui a adressé la parole ce soir là. Voix rauque, irritée par ses mauvaises habitudes.

Avant qu’elle ne descende, il lui a pris son téléphone des mains. A inscrit son numéro dans les contacts, puis a tendu le bras pour ouvrir sa portière, avant de lui rendre l’appareil. A peine dans la rue, le froid et la pluie ont dévoré ses jambes nues.

Il s’appelait Lorenzo.

Pendant le premier mois, ils ont très peu parlé. Il l’appelait deux fois par semaine, parfois trois. Alors, ils se retrouvaient, et laissaient libre cours à leurs instincts animaux. Elle n’était plus seule. Finalement, après quelques mois, ils leur a paru évident que la chose à faire était d’emménager ensemble. Elle ne savait pas bien ce qui l’attirait chez cet homme. Avait-elle besoin de lui, ou simplement besoin de quelqu’un ? La nécessité d’une présence, qu’elle éprouvait depuis longtemps, s’était-elle muée en la nécessité de SA présence ? Probablement.

Ainsi, à l’amour s’était invité l’Amour. Pas l’Amour grandiloquent dont le récit fait sourire, mais un sentiment pur, qui fait qu’il y a un Nous.

Elle ne l’avait jamais connu doux, mais ça lui convenait. Enfin au début.

Rapidement, le quotidien a congestionné la machine. La première dispute a éclaté au sujet d’une de ses jupes. Trop courte. Elle n’avait jamais songé à aller voir ailleurs, mais elle n’avait pas envie de laisser tomber toute forme de sensualité parce que son coeur n’était plus à prendre.

Il n’était pas de cet avis.

Quand elle a cherché à lui expliquer, le premier coup est parti. Sa mâchoire a craqué sous la force de l’impact. Elle a senti le goût du sang qui se mêlait à sa salive. Il a marmonné quelques bribes incompréhensibles, et il est parti.

Après ça, elle pensait que plus rien ne serait pareil. Mais non : La situation est rapidement revenue à la normale.

Un retour au bonheur avant de plonger irrémédiablement dans les abysses.

Bien sûr qu’elle avait peur. Elle se remettait en question. Avait-elle bien fait d’accueillir aussi vite dans sa vie un homme qu’elle connaissait si peu ? Mais le fait est que la question n’était pas là. Ce qu’elle se demandait vraiment, c’est si elle était prête à se retrouver seule à nouveau. Et cette fois, une réponse s’imposait au dessus de toutes les autres : NON. Cette chaleur, cette présence, elle en avait besoin. Alors tant pis si quelquefois, le soir, quand il rentrait ivre, elle devait en souffrir.

Dommage qu’elle ne se soit pas dit qu’on est mieux seule que mal accompagnée.

Quand elle a entendu ses pas dans le couloir elle a su. Alors, quand il est entré en