Clara
Nouvelle
Charlotte
Son coeur brûlait d'un désir tel que tout son corps en était foudroyé, parcouru de décharges minuscules. La fièvre habitait ses jours et ses nuits, et parfois elle se réveillait en sursaut, l'impression encore fraîche d'un baiser volé au goût amer.
Chaque respiration, chaque battement de coeur lui était consacré, c'est simple : elle vivait pour lui.
Des traits fins de son visage à la rudesse de ses pieds, en passant par les courbes voluptueuses de ses hanches, son corps lui appartenait.
Voilà ce qu'elle aurait pu dire. Elle aurait pu atténuer sa culpabilité en disant que ce qui l'avait retenu au début, c'était l'amour. Un amour fou. Avant que la peur ne prenne le relais. Mais à quoi bon ? La vérité, c'est qu'elle déambulait sans but depuis trop longtemps. Alors quand elle l'a vu, elle s'est dit : pourquoi pas ? Pas de coup de foudre. Seulement un être à qui s'agripper pour y puiser un peu d’énergie, une âme à laquelle sceller son destin... C'est toujours tentant non ?
Ici, l’élan vital c’est l’amour, ou du moins l’affection. Rechercher quelqu’un avec qui partager les phéromones qu’elle ne pouvait plus garder pour elle seule. Avoir une présence dans son lit, qu’elle pourrait effleurer la nuit si elle allongeait son bras. Une deuxième tasse de café à la table du petit déjeuner. Une paire de fauteuils dans le salon, et pas seulement pour que le chat puisse s’y blottir. Et pourquoi pas avoir des enfants, enfin créer une vie pour faire quelque chose de la sienne.
Voilà pourquoi, quand elle l'a vu s'installer au bar et la mater d’un oeil, elle qui dansait, elle s’est laissée tenter. La danse est devenue une parade, bestiale en quelque sorte. La musique résonnait dans ses oreilles, murmure enivrant, qui rythmait ses mouvements sulfureux. Et puis elle est passé au regard. Elle cherchait à le dompter, l’apprivoiser, le faire sien. Il ne s’est pas levé pour la joindre, préférant siroter son whisky sur glace. Puis il est parti. Elle a cru que ses avances avaient été vaines. Quitté le bar à son tour.
Il l’attendait. Faisant mine d’allumer sa cigarette, au volant de sa camionnette, sans la regarder. D’un air nonchalant, elle a ouvert la portière, elle est monté, il a démarré. Sans un mot. Dans l’habitacle : odeur de tabac humide et d’alcool. Nauséabond. Pourtant, elle n’a pas demandé qu’il s’arrête. N'a pas brisé le silence. N'a tout simplement pas voulu descendre.
Elle s’est offerte à lui. Pour la première fois, à l’arrière de la camionnette, sur les docks, entre deux conteneurs. Il a baissé sa culotte, et l’a prise sans ménagement. Encore cette odeur d’alcool, son haleine cette fois. Permanente. Toujours aucun mot, seulement des râles. Mais enfin, au milieu de la nuit, du froid de l’air marin, et de la puanteur constante, elle retrouvait un peu de chaleur humaine.