L'Eclaireur n°1 | Page 10

D'autres le font parce qu'ils en ont besoin : ils rejettent alors leur colère sur quelqu'un de « plus faible » pour se soulager.

Les harceleurs choisissent leur victime. Il n'y a pas vraiment besoin de raison. Pour Marion, c'était parce qu'elle avait de bonnes notes :  on passe pour une "bolosse" quand on travaille bien . Pour d'autres, c'est à cause d'une couleur de cheveux, d'une orientation sexuelle, d'un problème physique ou mental, d'un problème d'élocution, parce qu'une personne de la famille est professeur... tout est bon à prendre. Le seul lien entre les victimes, c'est qu'ils sont soit plus vulnérables physiquement, soit sans appui ou avec peu d'appui.

Souvent, autour du harceleur principal, il y a un groupe composé de suiveurs qui « joue » le jeu du harceleur tandis que d'autres se contentent de regarder comme des témoins passifs  ; ils ne défendent pas le harcelé par peur que cela se retourne contre eux, même s'ils ne sont pas d'accord avec ce qui se produit sous leurs yeux. Ils pensent qu'ils ont le choix entre regarder quelqu'un être exclu, ou être exclu à leur tour. Malheureusement, le harceleur principal peut aussi vouloir que le témoin passif agisse pour être sûr de sa « fidélité » et pour avoir sa complicité. Le chantage est facile : « Si tu me dénonces, je te dénonce. »

Le rôle de tout le personnel est d'aider les harcelés et de les protéger contre le harcèlement. Cependant ils ne voient pas forcément ce qu'il se passe, et rares sont les élèves qui en parlent à quelqu'un d'autre qu'un ami  ; les harcelés camouflent énormément leurs problèmes car ils les minimisent même s'ils en souffrent beaucoup.

Nora Fraisse se demande : « Pourquoi ne nous as-tu rien dit ? » et cette question est compréhensible. Marion était harcelée et elle n'a rien dit à ses parents alors que plusieurs fois, dans des messages adressés à un ami, elle écrit : « Heureusement que j'ai encore ma famille et quelques potes. »

Ce n'est pas un cas à part. Un harcelé ne dira rien pour diverses raisons. Il peut avoir peur d'embêter sa famille avec des « enfantillages », peur qu'on ne le croit pas, peur de ne pas être entendu, peur de ne pas être compris, peur d'impliquer les parents dans l'histoire mais aussi peur que parler amplifie le harcèlement.

En plus, un harcelé ne comprend pas forcément ce qui lui arrive. Il est mis à l'écart, rabaissé, battu, et ne saisit pas le sens de ce qui se passe. S'il parle, c'est à demi mot, et le parent ou le professeur en face de lui doit être très empathique pour comprendre ce qu'il veut dire.

Le harcèlement scolaire existe, mais il faut aussi savoir qu'il peut s'arrêter. Et pour cela, le harcelé doit parler. Il n'est pas évident de dire « stop », mais il faut le faire. Le témoin ne doit plus rester passif. Il faut au moins qu'il prévienne un adulte, quitte à préciser qu'il ne veut pas être mêlé à l'histoire. L'important c'est que le harcelé puisse s'en sortir. Le harceleur doit se rendre compte des conséquences que peuvent avoir ses actes. Même une insulte, une toute petite insulte, à répétition, peut devenir une arme contre la vie d'une autre personne. L'ensemble du personnel scolaire est là pour aider. La plupart des écoles sont en train de mettre en place des luttes contre le harcèlement  ; dans notre lycée, une permanence d'écoute est à présent ouverte près de l'infirmerie, tant pour les harcelés, que les témoins de harcèlement ou les harceleurs... N'importe qui peut y aller, sur les heures inscrites sur la porte. C'est la meilleure solution trouvée pour l'instant. Cette permanence a été mise en place pour mettre fin à ce fléau, n'hésitez pas !

Le harcèlement peut s'arrêter. Il ne faut plus se taire, les mots peuvent protéger.

Zoé