L'Eclaireur n°1 | Page 9

DOSSIER : Le harcèlement

D'après le site gouvernemental , le harcèlement scolaire se définit « comme une violence répétée qui peut être verbale, physique ou psychologique », ce qui comprend les insultes, les menaces, les rumeurs, les exclusions, les violences physiques - de la bousculade aux coups - les messages injurieux sur internet ou par portable...

Le harcèlement prend donc forme dans l'enceinte d'un établissement comme à l'extérieur, mais à présent aussi sur les réseaux sociaux. Les répercussions sur le harcelé peuvent aller de la dépression aux sca-rifications, à la déscolarisation, aux maladies, aux blessures physiques et mentales jusqu'au suicide. C'est ce qui est arrivé à Marion Fraisse, qui avait alors 13 ans.

Cela s'est passé en février 2013. La maman de Marion, Nora Fraisse, a retrouvé sa fille pendue. À côté d'elle, son portable était lui aussi attaché à un fil, comme un symbole. Nora Fraisse ne savait pas ce qui était arrivée à sa fille, elle l'a appris plus tard, lorsqu'elle a su que Marion avait envoyé une lettre à son collège avant de se suicider. Elle y dénonce ceux qui lui ont fait du mal. Victime de harcèlement et de cyber harcèlement, elle a été insultée et méprisée à répétition. Elle a aussi subi des violences physiques. Ses parents n'étaient au courant de rien. Les professeurs de son collège non plus, malgré le changement de comportement soudain de Marion.

Les harceleurs ne s'arrêtaient jamais. Même une fois chez elle, Marion n'était pas tranquille. Via les réseaux sociaux et le portable, les insultes et les menaces s'enchaînaient.

Dans son livre Marion, 13 ans pour toujours, Nora Fraisse raconte sa recherche pour comprendre ce qui a poussé sa fille à la pendaison. Sur Internet, sur une page dédiée à Marion, elle tombe sur cette phrase : « Ouais, maintenant, les gens viennent pleurer, mais tout le monde l'a traitée de pute. » Pourquoi des élèves se sentent-ils obligés d'en humilier d'autres, et pourquoi Marion et pas une autre ?

Les harceleurs agissent rarement par pur sadisme. Au contraire, ils ne savent pas ce que des mots peuvent engendrer. Ils le font pour se sentir en sécurité. Il n'est pas rare qu'un ancien harcelé devienne harceleur afin de ne plus subir. Lorsque l'on est au sommet, personne ne peut nous faire du mal.

Marion, 13 ans pour toujours

Dernièrement, les médias parlent d'une forme de violence qui était jusque là trop souvent attribuée à des enfantillages. Pourtant, depuis toujours, le harcèlement scolaire laisse des traces sur des générations d'élèves. Aujourd'hui, un enfant sur dix se dit harcelé. Plus précisément, d'après les chiffres du gouvernement (en 2013) 12 % des élèves de primaire, 10 % des collégiens et 3,4 % des lycéens sont harcelés.