«J'ai vu Dieu face-à-face, et pourtant ma vie est sauve».
J'ai choisi d'utiliser la version latine parce qu'une langue
morte, qui n'est plus utilisée pour la communication ordinaire,
est plus évocatrice, appropriée pour pénétrer dans le symbolique,
dans le mythe, dans le mystère, dans l'inconscient collectif.
J'ai placé les inscriptions en bas, comme des légendes, en
bas de la scène, pour faire remarquer que l'auteur du texte
raconte une histoire à laquelle il n'est pas présent. D'autre part,
l'écriture fixe la mémoire d'une circonstance et la lecture restitue
ce vécu à l'esprit, mais les images renouvelle puissamment les
émotions physiques de la scène réelle, en amont des processus
intellectuels. L'implication de l'observateur est plus concrète que
mentale.
La couleur des écrits est apparentée à celle du fonds pour ne
pas prévaloir sur la scène. Les initiales sont plus claires et
contrastées pour faire vibrer l'écriture. Cela rappelle un peu
l'usage ancien, fréquent chez les scribes du Moyen Age, de
caractériser les initiales en les enluminant par rapport à
l'écriture noire.
Pour signer mes tableaux des dernières années j'utilise une
sorte de cachet rouge inspiré des timbres chinois ou japonais,
bien qu'il soit complètement occidentalisé dans la forme et dans
l'exécution. La position du sceau en Orient, bien qu'elle suive
des règles précises, est toujours intégrée à la composition de
l'œuvre. Dans mon cas aussi, en particulier pour le tryptique, la
disposition des cachets accompagne les formes géométriques
dans leur mouvement ascendant. Sous la sigle il y a un
carré avec la date et trois lignes, deux brisées et une pleine.